09 février 2009
Vers une normalisation des relations russo-américaines ?
L'administration américaine a envoyé un signal très fort en déclarant vouloir reprendre le dialogue russo-américain sur toutes les questions d'intérêt commun, et ce signal a été entendu. C'est en guise de réponse aux propos du vice-président américain Joe Biden, qui s'est exprimé hier à la tribune du conseil de sécurité de l'OTAN, que le vice premier ministre russe Sergueï Ivanov a adressé cette phrase prometteuse dans l'optique d'une normalisation des relations russo-américaines, fortement compromises en raison des incidents géopolitiques qui sont survenus cet été dans le Caucase. Cette prise de contact entre les deux hommes laisse par ailleurs envisager qu'un compromis sera prochainement établi afin de mettre un terme à la "crise des missiles", qui avait empoisonné les relations entre Russes et Américains dans le courant des deux derniers mois.
Obama : une politique étrangère basée sur le dialogue
D'un point de vue général, l'élection de Barack Obama à la Maison Blanche a incontestablement inversé une tendance qui n'incitait pas à l'optimisme sur le dossier délicat que constitue les relations entre les deux super-puissances du siècle dernier que sont la Russie et les Etats-Unis. En conformité avec la politique internationale d'ouverture et de dialogue que prône Barack Obama, son vice-président Joe Biden a posé les bases de la nouvelle relation que l'administration américaine compte établir avec la Russie, affirmant que le moment est venu d'appuyer sur le bouton de redémarrage et de réexaminer les nombreux domaines dans lesquels nous pouvons et devrions travailler ensemble. Ce désir de renouer le dialogue avec la Russie a d'ores et déjà porté ses fruits puisque la "crise des missiles" est en passe de prendre fin, après deux mois de passes d'armes à haute tension. Le dialogue entre les deux parties a lui aussi été engagé, Barack Obama ayant pris sept jours suivant son intronisation, l'initiative d'appeler Dimitri Medvedev.
La "crise des missiles" sur la voie de la résolution
Ce remake de l'affaire de la baie des cochons avait été engendré par un projet de défense américain qui prévoyait l'installation de dix missiles intercepteurs en Pologne, couplés à un système de radar, quand à lui basé en République Tchèque. L'administration américaine avait justifié ce déploiement en invoquant la menace que constituaient à terme, les états voyous tels que l'Iran ou la Corée du Nord. Reste que Moscou avait livré sa propre interprétation des choses en affirmant voir dans ce bouclier américain en Europe de l'est une menace directe pour sa sécurité, annonçant en guise de réponse, et cela le lendemain de l'élection de Barack Obama, la mise en place de missiles Iskander, d'une portée de 300 kilomètres, dans l'enclave de Kaliningrad.
Cette escalade verbale semble aujourd'hui sur la voie de la résolution, Barack Obama ayant dés son investiture appelé son homologue russe pour tenter de solutionner cette problématique, qui a quand à lui précisé par le biais de M.Ivanov que s'il n'y avait pas d'intercepteurs installés en Pologne et en République tchèque, comme le prévoyait la précédente administration (américaine), il est clair qu'il n'y aurait pas de Iskander à Kaliningrad.
L'entrée controversée de la Géorgie dans l'OTAN
Première source de tensions entre la Russie et les Etats-Unis, la volonté d'autonomie des anciennes républiques de l'URSS n'est pas acceptée par la Russie, d'autant plus que certaines d'elles, à l'image de l'Ukraine, de la Géorgie et des pays baltes, œuvrent pour un rapprochement avec les Etats-Unis. En première ligne, la Géorgie a déjà exprimé son désir d'autonomie vis à vis de la Russie, en se portant candidate à l'adhésion à l'OTAN; adhésion, qui, en dépit de nombreuses déclarations affirmant le contraire, se trouve aujourd'hui compromise en raison de l'incursion russe en Géorgie, survenue l'été dernier.
Effectivement, l'adhésion de la Géorgie à l'OTAN contraindrait les autres états membres de l'organisation à déclencher une guerre si la Géorgie venait à être attaquée, et donc, si le conflit de l'an dernier venait à être réédité, à entrer en conflit avec la Russie. Or, cette dernière ne se montre pas encline à laisser la Géorgie se rapprocher de l'occident, alors que la république caucasienne est un pays de transit important des gazoducs russes; en cas d'entrée de la Géorgie dans l'OTAN, les Etats-Unis et l'Europe possèderaient un important moyen de pression pour dissuader les russes de recourir aux traditionnels moyens de pression gaziers dont ils ont fait bonne usage ces dernières années...
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14 janvier 2009
Quand s'arrêtera la crise démographique russe ?
Après deux décennies de baisse successive de sa population, la Russie semble s'engager lentement sur la voie de la stabilisation démographique, qui constituait une des priorités de Vladimir Poutine. La chute de l'U.R.S.S a en effet provoqué une importante crise démographique, causée par un taux de natalité particulièrement faible (1,092%) et un taux de mortalité (1,604%) comparable à ceux enregistrés dans des pays en voie de développement. Pour nombre d'experts, cette tendance serait amenée à se confirmer, de façon que la population russe pourrait atteindre en 2050 les quelques 77 millions d'habitants, soit une baisse de la population de l'ordre de 47% depuis 1992. La régression de l'espérance de vie, engendrée par les troubles politiques et économiques des années 1990 n'est pas étrangère à ce déclin démographique. La différence qui subsiste entre hommes et femmes est tout aussi frappante, puisqu'alors qu'un russe décède en moyenne à l'âge de 59 ans, une russe atteint en moyenne les 72 ans. Cet écart entre les deux sexes n'a fait qu'amplifier lors de l'adaptation dans les années 90 à l'économie marché et la régression du niveau de vie des populations, puisqu'alors que l'espérance de vie féminine ne régressait que très légèrement, celle des hommes chutait de 4 ans !
Booster la natalité
Conscient de la menace à long terme que représentait cette crise, Vladimir Poutine a engagé depuis sa prise de pouvoir les réformes nécessaires à la stabilisation démographique, qui, conjuguées à une nette amélioration de la situation économique du pays ont permis de limiter la casse (cf. graphique ci-dessus). Tout d'abord, les différentes administrations sous Vladimir Poutine ont développé les campagnes d'incitation à la procréation et revalorisées les allocations familiales de maternité. Ainsi, en juillet dernier, Vladimir Poutine avait annoncé une importante revalorisation de la prime mensuelle reversée lors de la naissance d'un premier enfant (accordée 18 mois durant), qui, de 16€/mois auparavant était relevée à 35€/mois. Cette mesure avait été suivi de la création d'une allocation pour un deuxième enfant, d'un montant de 71€ mensuels et couplée avec le reversement d'un compte bancaire d'investissement de quelques 6000€. L'administration russe ne lésine ainsi pas sur les moyens pour rétablir une croissance démographique positive, en s'attaquant à tout facteur susceptible de mettre à mal une des priorités de Vladimir Poutine.
L'alcool, fléau pour l'espérance de vie
La pente descendante dans laquelle s'était engagée l'espérance de vie au lendemain de la désarticulation de l'URSS semble s'être inversée depuis 2004 (cf. évolution de l'espérance de vie) mais reste très éloignée des taux enregistrés sous la période soviétique. Pour expliquer cette dégradation subite de l'espérance de vie, les experts avancent les chiffres alarmants de la consommation d'alcool, qui serait la cause de 30% des décès des hommes. Ainsi, la Russie compte 1 homme alcoolique sur 3 et 1 femme sur 7, un chiffre qui n'a cessé de croître depuis l'avènement des années 1990, de façon que la consommation d'alcool a grimpé de 30% en moins de 20 ans ! L'augmentation des prix de l'"alcool traditionnel" n'ont fait qu'empirer la situation, avec l'apparition sur le marché noir d'alcools artisanaux à la composition douteuse comme mortelle. La présidence de Boris Eltsine a par ailleurs annihilé l'ensemble des avancées enregistrées sous son prédécesseur Mikhail Gorbatchev, avec la perte de contrôle de l'état sur le marché de l'alcool et la suspension des principaux freins à la consommation d'alcool.
Un climat économique sous tension
Aucune des campagnes menées par l'administration Russe depuis Mikhail Gorbatchev n'ont permis de résorber la consommation d'alccol, témoignant de l'ancrage profond de cette maladie dans la société russe. Récemment, la fondation Obchtchestvennoïé mnienié tentait via une enquête d'opinion de grande ampleur de repérer les causes de l'alcoolisme. Il est ressorti de ce sondage que 32% des sondés impliquaient le désespoir,le stress et autres problèmes sociaux dans la consommation excessive d'alcool. D'un point de vue général, les problèmes d'ordres sociaux sont d'ailleurs une des, si ce n'est la, principale raison de la crise démographique russe. Le faible taux de fécondité (1,39 enfants par femme) peut ainsi être amputé au climat économique sous tension, qui n'incite pas à la procréation.
En effet, les taux de croissance particulièrement élevés enregistrés en Russie depuis le commencement du troisième millénaire n'ont pas rehaussé de manière conséquente le niveau de vie des 140 millions de russes, la croissance du PIB ne profitant qu'à une minorité citadine, regroupée dans les métropoles de Moscou et St-Pétersbourg ou à proximité d'importants gisements gaziers ou pétroliers. Ce problème récurrent déjà présent mais dissimulé sous la période de l'URSS devra être amoindri dans les prochaines années, élément indispensable du rebond démographique tant attendu.
La banalisation de l'avortement
L'avortement massif est une autre problématique, d'autant plus qu'elle est incontestablement lié à la crise démographique russe. Pour 100 naissances annuelles, la Russie recense en effet 105 avortements ! La banalisation d'une telle pratique, considérée parmi les populations comme un simple moyen de contraception, au même titre que le préservatif suscite l'inquiétude parmi les classes dirigeantes, qui ont entrepris un certain nombre d'action ces dernières années. La Douma s'est ainsi prononcée en faveur d'une réduction de la date limite de l'avortement, qui de 22 semaines après la conception de l'enfant avait été réévalué à 12 semaines après la conception, une modification de la loie en vigueur qui avait été suivi par l'interdiction de la publicité en faveur de l'avortement. Les conditions nécessaires à la pratique d'un avortement sont aussi régulièrement modifiées, et deviennent nettement plus exigeantes. Mais en dépit d'une volonté politique certaine, l'administration russe peine à modifier l'image de l'avortement, tant cette pratique a été légalisée très tôt, et donc désormais considérée comme naturelle.
Conclusion
La crise démographique dans laquelle s'est engagée la Russie au lendemain de la période incertaine que représentait la chute de l'U.R.S.S semble s'être quelque peu ralentie grâce à l'action de Vladimir Poutine qui pour encourager la natalité s'est résolu à une nette revalorisation des primes de maternité. La faible espérance de vie des hommes quand à elle, semble se stabiliser, mais ne sera vraisemblablement pas soumis à une forte hausse, du fait de l'ancrage profond de l'alcool dans la société russe, à l'origine de 30% des décès masculins. Par ailleurs, le climat économique sous tension, et la paupérisation de la population n'encouragent pas à la procréation. Enfin, un rebond démographique ne pourra avoir lieu sans une déconsidération de l'avortement, pratique devenue banale.
Cet article à été repris par Yahoo! à l'adresse suivante : http://fr.news.yahoo.com/13/20090115/tot-quand-s-arretera-la-crise-demographi-89f340e.html
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10 novembre 2008
La démocratie à la Russe
Que reste-il aujourd'hui de l'euphorie provoquée par le chute de l'URSS, de la découverte de la démocratie, de l'apparition du pluralisme politique ? La démocratie est-elle sereinement installée en Russie aujourd'hui ? A l'heure, où vous lisez ces lignes, les journalistes indépendants, les opposants politiques et le peuple Russie vit-il dans la crainte de la mort ? A fortiori, la situation dans laquelle se trouve la Russie présente toutes les caractéristiques de l'autoritarisme soviétique. Pour les derniers opposants au Kremlin, il ne fait pas de doute que Vladimir Poutine a, en huit ans de présidence, annihilé l'ensemble des avantages acquis par le chute de l'Empire soviétique. Aperçu de la situation démocratique en Russie.
Quel statut pour l'opposition ?
Depuis la première élection de Vladimir Poutine, l'opposition est totalement marginalisée. 52%, 71%,70%, qu'il s'agisse de Dmitri Medvedev ou de Vladimir Poutine, les scores obtenus par les candidats de la majorité défient toute concurrence. Russie Unie, le parti affilié au Kremlin, contrôle l'ensemble du paysage politique et se charge de mettre de côté tout opposant crédible, de façon que la plupart des partis se réclamant de l'opposition sont montés de toute pièce par le Kremlin afin de légitimiser le système politique russe.
L'indépendance des formations politiques vis à vis du Kremlin est difficile à mesurer, d'autant que les médias ne fournissent qu'une information lue et approuvée par le Kremlin. De ce fait, un climat de méfiance s'est installé entre les Russes et l'opposition ce qui explique la très faible confiance qu'éprouve la population vis à vis des partis politiques. Un récent sondage ROMIR publié dans les colonnes du Jour de la Presse demandait aux sondés à quelles organisations publiques faisaient-ils le plus confiance. Seuls 1% des sondés ont répondu les partis politiques.
Parmi les 6 partis déclarés "d'opposition", affiliés lors des élections législatives de décembre 2007 et ayant obtenus plus d'1% des suffrages, seuls 2 peuvent clairement revendiquer le statut de parti d'opposition. Russie juste, le pouvoir civil, le Parti libéral-démocrate de Russie et le Parti agrarien de Russie affichent tous, leur sympathie pour le Kremlin. Ainsi, Russie Juste, fédération d'opposition fondée en 2006 des suites de la fusion de quatre mouvements, présente un message contradictoire en critiquant le programme de Russie Unie tout en approuvant son président, Vladimir Poutine; ce qui ne semble pas bouleverser les électeurs russes qui leur ont accordé plus de 7,74% des suffrages.L'affaire Rybkine est à ce jour le témoignage le plus flagrant de la mascarade politique Russe. Candidat aux présidentielles de 2004, il disparaît subitement durant trois jours, sans qu'il n'est mis au courant aucun de ses proches. Une fois réapparu, Rybkine assure qu'il a été victime d'un enlèvement, une déclaration que les autorités ne prennent cependant pas à sérieux puisqu'elles décident de ne pas ouvrir d'enquête.
Etrange, d'autant plus que Rybkine avait jusque la mené une campagne très critique vis à vis de Vladimir Poutine, ne manquant pas de le qualifier d'oligarque, dont Poutine s'était posé comme le principal opposant. Il avait, en parallèle de ces blâmes, menacé Vladimir Poutine, en direct à la télévision, de révéler une sombre histoire de son passé dont il avait connaissance. Se basant sur ces déclarations, certains journalistes indépendants, dont la reporter Anna Politkovskaia ont alors défendu la thèse de l'enlèvement par le Kremlin, qui aurait injecté du SP-117. Ce poison, utilisé par les services spéciaux, agit sur certaines parties du cerveau de façon telle que le patient devient incapable de se maîtriser, si bien qu'il répond à toutes les questions qui lui sont posées sans se souvenir par la suite des évènements qui se sont déroulés explique Anna Politkovskaia.
Une liberté de la presse bafouée
Si le Kremlin assure du contraire, la liberté de la presse reste bafouée en Russie. Dans son classement annuel de la liberté de la presse, Reporters Sans Frontières n'accorde à la Russie que la 141ème position. Il y a très peu de journaux qui soient indépendants des autorités, et à l'extérieur de Moscou, c'est à peine s'ils existent affirme un journaliste. Il faut dire que la presse écrite Russe ne peut se targuer des mêmes chiffres de ventes que chez ses voisins occidentaux. La preuve avec les chiffres, puisqu'avec un tirage quotidien de 430.000 exemplaires, le principal quotidien national, Izvestia, devance le Figaro (premier quotidien français en terme de tirages) de moins de 24% alors que la population Russe représente le double de la population française !
Si la presse papier ne parvient pas à se hisser comme un média de première importance, c'est que la télévision occupe une place de poids dans la vie quotidienne russe . Ainsi, des sondages parus en 2001, indiquent que 54% des Russes laissent leur poste de télévision allumé même lorsque personne ne la regarde et 78% l'allument en se levant le matin. Du coup, le Kremlin se démène pour contrôler l'ensemble des grands groupes audiovisuels, comme en témoigne une journaliste qui déclarait récemment qu'on tente de nous imposer une ligne officielle dans le traitement de l'actualité, de la propagande à la place de discussions libres. En effet, depuis son accession à la présidence de la fédération, Vladimir Poutine s'est chargé de ramener à sa botte plusieurs chaînes télévisées tel NTV, qui, détenue par l'opposant Vladimir Goussinski, est désormais le bien du groupe Gazprom-Media, filiale de la compagnie énergétique éponyme (voir notre article à ce sujet). TV6, chaîne indépendante sur laquelle s'étaient repliés nombre d'ex-journalistes de NTV, a connu un sort identique de part sa liquidation pour mauvaise gestion. La chaîne, qui enregistrait par ailleurs d'excellentes audiences depuis un certain temps, a ainsi payé les divergences qu'elle affichait vis à vis du Kremlin.
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26 octobre 2008
Energie : sommes-nous dépendants de la Russie ?
Premier producteur mondial de gaz, la Russie a fait de son potentiel énergétique une arme très dissuasive face au continent Européen. Coupures de gaz fréquentes et diverses menaces rappellent chaque jour au vieux continent que son indépendance énergétique est loin d'être acquise. Chaque année, 65% des exportations de gaz Russe sont acheminées en direction de l'Europe. Par ailleurs, la consommation annuelle de gaz Russe dans l'Union Européenne est évalué à plus de 25% de la consommation de gaz totale. Cette dépendance énergétique vis à vis de la Russie est cependant très répartie sur le territoire Européen puisque si la Slovaquie et la Finlande sont entièrement dépendantes du géant Russe, la France quand à elle, ne doit que 26,8% de sa consommation de gaz à la Russie. Cette tendance risque cependant de s'accélérer puisque les économistes prévoient que d'ici 2020, du fait des importantes réserves Russes, 70 % des importations européennes de gaz proviendront de Russie .
Comment mettre fin à cette dépendance ?
Si divers projets sont mis en place afin de réduire cette dépendance, la politique Européenne Énergétique est encore trop hétérogène pour aboutir à des résultats concrets. Seul le projet, certes ambitieux mais compromis de Nabucco est sérieusement évoqué. Ce gazoduc de 3300 kilomètres de long relierait la Géorgie au vieux continent, sans effectuer de détour par le géant russe (voir carte). Il traverserait la Géorgie, l'Azerbaïdjan, l'Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, l'Autriche, la République Thcèque et l'Allemagne.
La crise géorgienne estivale a cependant ralenti le projet puisque la Géorgie n'apparaît désormais plus comme un fournisseur stable. L'Iran, qui devait aussi participer au projet, n'apparaît plus non plus comme fiable depuis l'arrivée au pouvoir de l'extrêmiste Mahmoud Ahmadinejad qui nourri par ailleurs une excellente relation avec la Russie. Le manque de garanties quand aux réserves de l'Azerbaïdjan et de l'Iran est une autre problématique.
Les désaccords persistants entre membres de l'Europe Communautaire n'ont pas échappé au Kremlin qui s'efforce de contrecarer tout projet plausible tel que Nabucco. South Stream et North Stream font figure de réponse de la part de la Russie face au projet de Nabucco. En cours de construction, ils deserviraient l'Allemagne et l'Italie en contournant les ex-pays satellites de l'URSS, apportant ainsi de meilleures garanties quand à un approvisoinement régulier et stable. Seulement, ces deux gazoducs enterrent à nouveau l'idée d'un projet commun à l'Europe Communautaire.
Une utilisation politique du Kremlin
On s’est rendu compte que la Russie avait l’intention de se servir de cette énergie comme d’un instrument de puissance déclarait récemment un politique français. Cette constatation n'a rien d'anxiogène, elle est tout à fait réaliste. Le Kremlin est en effet a la tête, directement ou indirectement de l'ensenmble des grands groupes énergétiques Russes; à en croire que la Russie n'a toujours pas fait le deuil de sa période communiste. Gazprom, premier exportateur mondial de gaz appartient à l'étât pour 50,1%, et est fréquemment utilisé par le Kremlin comme une puissante arme de dissuasion. Conscient de l'intêret stratégique de Gazprom, Vladimir Poutine avait de 2004 à 2006 révoqué la privatisation de la compagnie voulue par son prédecesseur Boris Eltsine en augmentant la part de l'étât dans le capital de Gazprom, qui, en l'espace de deux ans passera de 38 à 50,1%.
La crise Ukrainienne de Janvier 2006 a démontré toute l'utilisation politique que fait le Kremlin de Gazprom. Cette dernière avait en effet brusquement décidé d'augmenter les prix du gaz pour l'Ukraine, qui bénéficiait jusque la de tarifs spéciaux du fait de leur adhésion à la CEI. Pour se justifier, Gazprom annonça que l'Ukraine était désormais considérée comme une économie de marché, et qu'elle devait accepter ce statut ainsi que les conséquences qui en incombent. Mais derrière ce prétexte maladroit, ce sont les désirs d'indépendance de l'Ukraine qui ont réellement motivé cette décision.
Toute puissante compagnie énergetique Russe est désormais sous la direction du Kremlin. Ioukos, cette compagnie pétrolière indépendante, n'a pas échappé à la règle. Le Kremlin s'est acharné en vain à placer sous son aile cette compagnie représentant 20% de la production pétrolière du pays. Afin d'y parvenir, elle accuse alors en 2004 son président directeur général, Mikhaïl Khodorkovski de vol par escroquerie à grande échelle et évasion fiscale, accablant alors Ioukos d'amendes considérables qui conduiront à la reprise de son activité par l'Etat ainsi que la vente aux enchères de plusieurs de ses filiales, actuellement détenues par Gazprom.
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12 décembre 2007
L'image d'une Russie apaisée avec Medvedev
Tout juste désigné par Vladimir Poutine comme candidat représentant du Kremlin pour les présidentielles de mars prochain, Dmitri Medvedev est déjà à la une de tous les médias russes qui décrivent l'actuel vice-premier ministre chargé de la mise en œuvre des projets nationaux comme un homme libéral et ouvert qui rompt ainsi avec l'image militaire affichée par Vladimir Poutine et sa garde rapprochée. Représentant du Kremlin aux présidentielles, Medvedev est quasiment assuré de succèder à Vladimir Poutine à qui il a immédiatement proposé le poste de premier ministre une fois son élection officialisée. Cet homme, qui n'est pas issu ni du KGB ni du moindre service secret a cotoyé Vladimir Poutine dès 1990 où il travaillait à la mairie de Saint-Petersbourg au comité des relations extérieures. Principal gérant de la campagne d'élection de l'actuel président Russe, Medvedev gravira les échelons un par un pour arriver en 2000 dans le comité de direction de Gazprom, (dont le PDG et opposant politique à Poutine, Khodorkovsk, sera plongé dans une affaire de malversations financières dans lesquels il n'aurait certainement pas trempé).
Leader de ce que l'on appelle l'aile libérale du Kremlin, Medvedev marque par son passé politique une rupture à la Russie sécuritaire et militaire portée par Vladimir Poutine. La preuve par les faits, il silonne la Russie depuis deux ans pour appliquer dans le grand pays le plan d'action nationale de Poutine pour réhausser le niveau de santé et d'éducation des 143 Millions de la Russe. Une institutrice témoigne dans le journal Le Monde, où Medvedev a installé Internet dans un certain nombre d'écoles primaire.
En insérant Medvedev à la tête du Kremlin, Poutine souhaite ainsi compenser sa personalité omniprésente et militaire par un président discret, libéral et ouvert. Le duo parfait ?
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