05 novembre 2009

La Belgique s'accroche à Van Rompuy

large_824921.jpgDésormais favori pour occuper le poste de président permanent du Conseil Européen, le premier ministre belge Herman Van Rompuy, qui ne s'est pas encore exprimé en public sur la question, est tiraillé entre la formidable opportunité de se voir échoir la première présidence du conseil européen et la campagne trans-partisane en Belgique qui l'incite à poursuivre son mandat. S’il devient président de l’Europe, il nous manquera et nous serons face à un nouveau chapitre a estimé la présidente du parti chrétien-démocrate flamand CD&V Marianne Thyssen, dont est issu Van Rompuy. A gauche, même son de cloche. Le député européen socialiste francophone Marc Tarabella admet que le départ d'Herman Van Rompuy pour la présidence du conseil européen serait une grande perte pour le gouvernement fédéral. La presse a également pris parti, La Libre estimait ainsi dans son édition de lundi qu'il est un évident et incontournable facteur de stabilité. Effectivement, depuis son arrivée au 16 rue de la Loi en décembre dernier, cet homme de consensus est parvenu à apaiser les tensions entre flamands et francophones qui minent le pays, engageant une sortie de crise institutionnelle.

 

Depuis 2007, la Belgique ne parvient pas à rétablir un équilibre politique : l'écart de développement économique entre wallons et flamands croît d'années en années (taux de chômage de 6% en Flandre, contre 16 en Wallonie), au même rythme que les transferts fiscaux inter-régionaux : ainsi, la Flandre contribue à hauteur de 2 à 3 milliards d'euros annuels à la sécurité sociale wallonne ! L'agacement de trainer ce boulet est d'autant plus compréhensible que de 1850 (date de création de la Belgique) à 1967, ce sont les francophones qui dominaient l'activité économique belge, du fait de leur industrie florissante : en 1940, le taux de chômage s'élevait à 19% en Flandre contre 8% en Wallonie ! Les flamands étaient également marginalisés par cette Wallonie bourgeoise, cultivée, qui méprisait le flamand, considéré comme un vulgaire patois face à la "noblesse" du français.

 

En conséquence, les indépendantistes et régionalistes se sont fait de plus en plus nombreux au cours des dix dernières années, et, dans un but électoraliste, les partis politiques flamands ont entrepris de radicaliser leur discours : ils réclament un transfert des compétences fiscales et d'allocations (comprenant la sécurité sociale) de l'échelon fédéral à l'échelon régional. Hors de question pour les partis wallons, qui refusent d'avaliser une sixième réforme de l'Etat, conscients qu'affermir les régions aux dépens de l'état fédéral ne serait qu'un pas de plus vers la scission de la Belgique.

 

Depuis l'arrivée de Herman Van Rompuy au 16, le rétablissement de la pérennité politique du pays semble être sur une bonne voie. Son départ serait d'autant plus préjudiciable que nul ne semble disposer d'une légitimité suffisante pour lui succéder. Le CD&V, qui veut à tout prix garder le premier ministère en ses mains, n'a qu'Yves Leterme a proposer, mais l'impopularité de ce dernier met à mal sa candidature. La présidente du CD&V, Marianne Thyssen, qui n'a qu'un mandat de députée européenne à faire valoir sur son C.V, manque de légitimité. Du coup, le centre-droit francophone, le Mouvement Réformateur, se verrait bien placer son leader, le ministre des finances et des réformes institutionnelles, numéro 2 du gouvernement, Didier Reynders. Au risque de provoquer une fronde entre la droite francophone et flamande, replongeant le pays dans une crise institutionnelle...

29 octobre 2009

L'UE face à la concurrence des pôles régionaux

europe_flags.1233229367.jpg

A l'heure où l'approbation du Traité de Lisbonne est quasiment acquise, le processus de construction européenne pourrait être concurrencé par la formation, au sein du vieux continent, de nouveaux pôles régionaux. Face à une Union Européenne dont l'accroissement des prérogatives empiète sur la souveraineté nationale, les eurosceptiques voient dans la coopération régionale le moyen de palier le développement de l'Europe Communautaire. Ces organismes rassemblent, à défaut de l'UE, plusieurs états dont la proximité linguistique, culturelle ou historique favorise la mise en place de pareilles associations. Plongés dans une relative torpeur depuis quelques années, ces pôles régionaux occupent à nouveau le devant de la scène.

 

 

Au sud, la Yougoslavie ressuscitée

Au sud, en ex-Yougoslavie, l'amorce d'une coopération régionale avait été érigée dès 1999, où un Processus de Stabilisation et d'association (PSA) avait été instauré. Orchestré par l'Union Européenne qui souhaitait stabiliser la région, il avait pour mission de permettre aux états des balkans occidentaux de réunir rapidement les critères d'adhésion à l'UE en misant sur leur synergie. De plus, du fait d'accords bilatéraux, une zone de libre-échange avait été institué (sauf avec la Slovénie). La coopération régionale en ex-Yougoslavie n'est donc pas un phénomène récent.

 

En revanche, depuis 2008, sa finalité n'est plus la même. Auparavant censée permettre aux états d'ex-Yougoslavie de faciliter leur adhésion à l'UE, le dessein de la coopération inter-étatique est désormais plus centré sur la formation d'un nouvel acteur économique et politique, la "Yougosphère". La dissolution du PSA l'an dernier au profit d'un Conseil de Coopération Régional (incluant également l'Albanie, la Roumanie et la Bulgarie) incarne ce changement de mentalité, puisque la coopération régionale ne sera ainsi plus chapeautée par Bruxelles mais résultant de la volonté propre des états.

 

Ce conseil de coopération régionale a d'ores et déjà permit la formation d'un centre de pompiers commun à tous les pays d'Europe du Sud-Est, un projet auquel l'Europe n'a jamais réussi à aboutir, laissant à chaque état la gestion de ses propres soldats du feu. Pareille réussite incite donc les républiques d'ex-yougoslavie à intensifier la coopération, le premier ministre serbe Boris Tadic a d'ailleurs récemment souligné l'importance d'unir les entreprises d'ex-yougoslavie. Le conseil de coopération régionale exerce également des responsabilités en matière de lutte contre le crime organisé et la résorption des inégalités sociales. Et l'adhésion à l'UE apparaît presque comme secondaire...

 

 

Visegrad : l'ultime combat de Vaclav Klaus ?

Vaclav-Klaus_1213834c.jpgEn Europe Centrale, le Groupe de Visegrad réunit depuis 1991 la République Tchèque, la Slovaquie, la Pologne et la Hongrie au sein de cet organe de coopération régionale, qui s'offre une nouvelle jeunesse après plusieurs années de doute sur la pertinence de son existence. Sa création résultait effectivement de la volonté des pays d'Europe Centrale d'allier leurs efforts dans l'optique d'une adhésion à l'Union Européenne. Désormais, les quatre états ont tous rejoints l'UE en même temps qu'une majeure partie de l'ex-bloc soviétique en 2004, et le Groupe de Visegrad est devenu un accessoire.

 

Cependant, le président tchèque souverainiste Vaclav Klaus, qui se résignera très probablement à apposer sa signature au Traité de Lisbonne n'entamera pas pour autant une lune de miel avec l'UE et on peut s'attendre à ce qu'il trouve un nouveau cheval de bataille pour justifier sa lutte avec Bruxelles. Or, ce néo-libéral affirmé n'a que cesse de vanter les mérites du Groupe de Visegrad, qu'il considère comme le meilleur moyen pour faire entendre la voix des états d'Europe centrale. Fervent partisan d'une modernisation de l'organisme, Vaclav Klaus a d'ores et déjà soutenu des projets d'une chaîne de télévision Visegrad, de compétitions sportives communes ainsi que l'adoption de positions communes en matière de politique étrangère : en somme, faire de Visegrad un véritable acteur politique...et concurrent de l'Union Européenne.

 

Vaclav Klaus n'est d'ailleurs pas dépourvu d'alliés dans cette bataille : dans les quatres états membres du groupe de Visegrad, l'adhésion à l'UE n'a pas engendré les performances économiques espérées et l'euroscepticisme grimpe : ainsi, la Hongrie, avec seulement 39% de la population qui approuve l'appartenance à l'UE est le pays de l'Union Européenne où l'adhésion à l'Europe est la plus impopulaire. En Slovaquie, la coalition gouvernementale nationaliste-socialiste (sans mauvais jeu de mot) a, à l'instar de la République Tchèque, formulé une demande de dérogation quand à l'application de la Charte des Droits Fondamentaux, retardant à nouveau l'approbation unanime du Traité de Lisbonne.

 

 

Les pays nordiques gagnés par la nostalgie du nordisme

C'est sans doute la seule région d'Europe ou la coopération régionale est un phénomène de longue date. Les cinq pays nordiques que sont l'Islande, la Norvège, la Finlande, la Suède et le Danemark n'ont cessé à travers les siècles de développer des liens. En ce qui concerne l'Islande, la Suède, la Norvège et le Danemark, leur unité linguistique les a amené de nombreuses fois à se confondre au sein d'entités politiques : l'Union de Kalmar, préfigure d'une confédération monarchique rassemblait du XIV au XVIème siècle, l'ensemble des pays nordiques. Par la suite, le scandinavisme et le nordisme appelaient au XIXème siècle à la réunification des royaumes scandinaves et nordiques.

 

Nordic_Council_large.pngDans l'histoire moderne, les pays nordiques ont également été les premiers à élaborer un processus de coopération régionale : un Conseil Nordique a été mis en place dès 1952, qui, à l'image de l'UE, rassemble périodiquement les ministres de 5 pays nordiques dans le cadre de conseils des ministres particulièrement productifs : préfigurant l'Espace Schengen mais sur une plus petite échelle, l'Union Nordique des Passeports permettait dès 1958 à tous les citoyens des pays membres du Conseil Nordique de voyager librement à travers la région. Le Conseil Nordique a également initié dans certains pays comme en Allemagne, la fusion des ambassades de ses états membres au profit d'ambassades nordiques. Autre réussite, la compagnie aérienne scandinave SAS (Scandinavian Airlines System).

 

Aujourd'hui, à l'heure où les nordiques, dont l'euroscepticisme n'est plus à démontrer, s'apprêtent à concéder à nouveau quelque peu de leur souveraineté à l'Union Européenne, les eurosceptiques agitent la flamme de la coopération nordique. Les pays nordiques (dont deux sont restés en marge de la construction européenne) n'ont jamais acquis une véritable conscience européenne : la peur de voir leur cocon social-démocrate ébranlé. D'ailleurs, le nordisme redevient au goût du jour à l'occasion du bicentenaire de la séparation de la Suède et de la Finlande et la perspective de donner une nouvelle impulsion à la coopération nordique fait son chemin....au détriment à nouveau de l'UE ?

13 octobre 2009

Klaus et Cameron à l'assaut du traité de Lisbonne

Klaus cameron.jpgL'Irlande a désormais ratifié par référendum le Traité de Libsonne, et cela par une écrasante majorité (67,13%), suivie quelques jours après du président polonais Lech Kaczynski, suspendant ainsi la validation du Traité de Lisbonne à la volonté seule du président de la république tchèque Vaclav Klaus, qui oppose son refus à la promulgation d'un texte pourtant ratifié par le Parlement de Tchéquie.

 

Eurosceptique décomplexé, il a déposé un recours devant la Cour Constitutionnelle tchèque afin d'invalider le traité, tout en sachant les délais extensibles que s'octroie cette instance. Le recours de Vaclav Klaus est relatif à la Charte des Droits Fondamentaux, qui acquerra un statut juridique avec le Traité de Lisbonne et qui serait susceptible de permettre une révision par le Cour Européenne des Justices des décrets tchèques qui avaient permis l'expulsion et la confiscation des biens de 2,5 Millions de Sudètes accusés de collaboration avec le régime nazi au lendemain de la seconde guerre mondiale. Or, pour Vaclav Klaus, la République Tchèque doit négocier une dérogation; la garantie que le Traité de Lisbonne ne pourra pas conduire à l'abolition des décrets Benes nous sera ainsi donnée.

 

63723de8-5b82-11de-a982-ae9612fd9d31.jpgEn somme, le président tchèque souhaite retarder au plus tard le moment ou il lui sera nécessaire d'apposer sa signature au traité. Il espère tenir jusqu'au printemps, où le conservateur britannique David Cameron est quasiment assuré de devenir le nouveau locataire du 10 Downing Street. Or, cet eurosceptique convaincu (qui a amorcé la scission des Torries avec le PPE au Parlement Européen au profit d'un groupe nationaliste comprenant l'ODS de Vaclav Klaus) a d'ores et déjà promis aux électeurs qu'il organiserait un référendum sur le Traité de Lisbonne. Et l'euro scepticisme des britanniques, soucieux du maintien de leur souveraineté, ne laisse aucun doute planer sur l'issue du scrutin.

 

Cependant, David Cameron a subordonné l'organisation d'un réferundum au Royaumme-Uni au refus de Vaclav Klaus de signer Lisbonne afin d'éviter de froisser ses potentiels homologues européens qui s'activent pour contraindre Vaclav Klaus d'apposer sa signature dans les plus brefs délais, une fois que la Cour Constitutionnelle Tchèque se sera prononcé. Or, les moyens de pression ne manquent pas : sabordage de la candidature de Prague pour accueillir le siège de Galileo, vetos sur le nouveau commissaire tchèque... Dans une lettre, Cameron a sommé son allié tchèque de tenir jusqu'au départ des Travaillistes et de Gordon Brown. Pour le jeune conservateur, qui a fédéré une partie importante de son électorat sur sa promesse d'organiser un réferundum, une signature de Klaus serait un véritable coup de massue dans le cadre des législatives.

21 septembre 2009

José Socrates en quête d'une majorité

socrates.jpgL’affirmation du Parti socialiste se fait au centre. Cette citation sans ambiguïté du premier ministre portugais José Socrates n'est qu'un reflet limpide de la politique réformatrice, au risque de paraître libérale, menée par ce socialiste depuis son arrivée au pouvoir en 2005. En ballotage favorable dans le cadre des élections législatives du 27 Septembre prochain, le PS étant crédité de 33,6% des suffrages contre 32,4% pour le Parti Social-Démocrate adverse (qui n'en a que le nom), José Socrates ne perçoit cependant qu'aujourd'hui les conséquences d'une politique qualifiée de droite par le Bloc de Gauche (alliance de mouvements marxistes et troskistes, a obtenu 10,72% aux élections européennes de juin dernier). En effet, pris au piège par le scrutin proportionnel à un tour, le PS, qui avait obtenu la majorité absolue en 2005, s'est d'ores et déjà vu signifier par le parti communiste et le bloc de gauche qu'une coalition serait hautement improbable. Difficile alors, d'établir une majorité avec moins de 33% d'intentions de vote...

 

 

Une politique de rigueur aux effets peu perceptibles

José Socrates fait ainsi les frais des réformes fortement décriées dans l'électorat populaire qu'il a entreprit durant son mandat. Face à la morosité économique portugaise, soumise à la concurrence de l'est, José Socrates avait imposé la rigueur dès son arrivée au pouvoir : il abroge le licenciement par accord mutuel pour les fonctionnaires, décrète qu'un départ sur deux ne sera pas remplacé dans la fonction publique et plafonne les pensions de retraite.

 

Il allonge également l'âge de la retraite et ne se prive pas d'amoindrir les pensions dans le cadre de départs anticipés. En outre, il a transposé la "fléxi-sécurité" danoise, où en contrepartie d'une réglementation moins astreignante des conditions de licenciements, le salarié perçoit une allocation chômage conséquente (jusqu'à 90% du dernier salaire).

 

Cette politique d'austérité a certes, permis de résorber les déficits publics (6% en 2005 contre 2,2% en 2008) mais n'a peu, voire pas, impacté les conditions de vie des Portugais. Le taux de chômage, qui s'élevait à 7,7% en 2005 cotoie désormais les sommets et concerne 9,3% de la population active, sachant que José Socrates s'était fixé pour objectif d'annihlier les conséquences de la crise économique, au cours de laquelle le taux de chômage avait quasiment doublé (4% en 2000 contre 7,7 en 2005).

 

 

La gauche gronde

jose_socrates-c400.jpgCette politique réformiste aux effets somme toute modestes s'avère problématique à l'heure des échéances législatives : le PS a perdu sa base électorale socialiste, déçue par l'orientation libérale du gouvernement et partie garnir les rangs du Bloc de Gauche, des Verts ou du Parti Communiste. Aux élections européennes, ces mouvements radicaux ont cumulé 21,36% des suffrages contre 26,53% pour le PS.

 

Des rassemblements populaires monstres ont récemment ébranlé le gouvernement, tel qu'en avril 2007 où 200 000 salariés avaient manifesté leur mécontentement au palier du Conseil Européen. Pis, le personnel de l'éducation nationale, traditionnelement acquis au Parti Socialiste n'affiche désormais plus aucune sympathie pour son leader, José Socrates. La volontée affichée du premier ministre de "dégraisser le mammouth" pour reprendre la formule de Claude Allègre a révolté le corps enseignant, également opposé à la réforme de l'éducation nationale, qui implique fermetures de petits établissements et heures de travail plus soutenues. Il y a un an, 80% des enseignants du pays avaient consitutés un cortège monstre au coeur de Lisbonne !

 

Au sein même du Parti Socialiste, des voix se sont élevées pour réclamer une réorientation de la politique gouvernementale. Figure historique du socialisme portugais, Mario Soares avait ainsi jugé incroyable qu'un Parti socialiste soutienne un représentant du Parti populaire européen (PPE) et surtout José Manuel Barroso [à la tête de la comission]. Tête de liste socialiste aux élections européennes, Vital Moreira avait lui aussi déploré le socialisme de façade de M.Socrates.

 

 

Un retour aux sources improvisé

Face à la gronde de l'électorat socialiste, José Socrates a improvisé un virage à gauche qui peine à convaincre, en témoigne la défaite des échéances européennes (26% contre 31 pour le PSD). José Socrates n'a donc pas lésiné sur les moyens, quite à saborder les efforts budgétaires consentis ces quatre dernières années. L'allocation familiale de rentrée, jusqu'alors réservée aux ménages modestes, a été généralisée à tous les foyers et un fonds d’investissement en immobilier locatif a été mis en place, afin d'épauler les bas salaires dans le payement de leurs arriérés.

 

Son programme, rendu public début août, faire large place à des mesures d'inspiration socialiste : allocations pour les plus démunis, développement des chantiers publics etc... Lors du débat télévisé qui l'opposait au social-démocrate Manuela Ferreira Leite, José Socrates a d'ailleurs entrepris un net recentrage à sa gauche, se positionnant en faveur du mariage homosexuel quand, quatre ans auparavant, il refusait de prendre position sur le sujet pour contenter l'électorat centriste, clé du scrutin. Aujourd'hui, la crise étant passé par la, les rapports de force ont évolué, et c'est à sa gauche que José Socrates doit s'assurer un capital de voix.

12 septembre 2009

Jean-Jack Queyranne : "Sarkozy veut transformer les régions en relais de poste de l'Elysée"


Jean-Jack Queyranne, député de la 7ème circonscription du Rhône (mon député en l'occurence), président socialiste du conseil régional Rhône-Alpes et ancien ministre de l'Intérieur et des Relations avec le Parlement a accepté de répondre à mes questions dans le cadre de cette interview, qui intervient à quelques mois d'élections régionales cruciales pour le PS et pour M.Queyranne lui-même qui briguera un nouveau mandat à la présidence du conseil régional Rhône-Alpes, où il sera opposé à la député européenne François Grossetête. Merci à lui pour le temps qu'il a accepté de me consacrer.


Avez-vous un commentaire à faire au sujet de la publication du livre Hold-ups, arnaques et trahsisons qui met en doute la légitimité de l'élection de Martine Aubry au poste de premier secrétaire ?

 

Je n'ai pas lu ce livre, même si j'en ai entendu parler; pour moi le Congrès de Reims de novembre dernier c'est un mauvais souvenir. Je crois donc qu'il faut oublier, passer à autre chose même si en même temps il faut que la lumière se fasse sur ce qui est révelé dans ce livre. Il faut également que le PS prenne les dispositions pour que désormais, les scrutins soient clairs et transparents.


Etes-vous en accord avec le principe de non-cumul de mandats, une thématique qui a marqué les universités d'été de la Rochelle ou vous trouvez des avantages dans votre situation, à savoir cumuler un poste de député et de président de conseil régional ?

 

D'abord, le non-cumul je l'ai appliqué quand j'étais ministre puisqu'à l'époque le premier ministre Lionel Jospin nous avait demandé de ne plus exercer nos fonctions de maire (Secrétaire d'état à l'outre-mer 1997-2000 puis ministre de l'Intérieur 1998-1999 et enfin ministre des relations avec le parlement 1999-2002), ce que j'ai fait à la mairie de Bron sans reprendre mes fonctions par la suite. Donc le non-cumul ne me fait pas peur de ce point de vu la.

 

Je pense qu'il faut une loi sur le plan national, une loi limitant les cumuls même si le cumul ça n'est pas l'appétit de pouvoir des élus, c'est le résultat de la centralisation. Car pour être écouté à Paris, dans un état centralisé, il faut pouvoir accéder aux ministres et à leurs administrations et vous êtes beaucoup plus considérés quand vous êtes élu local, député-maire, sénateur-maire, président d'un conseil régional ou départemental et parlementaire que quand vous exercez un simple mandat. Donc on ne sortira de la règle du cumul que par une vraie décentralisation et pas seulement par une loi.

 

Maintenant, concernant ma circonscription, j'intervenais par exemple hier sur la suppression éventuelle de la brigade de gendarmerie de Rilleux. Or, le fait que j'ai été ministre de l'intérieur, que je sois député et président de région, me donne un poids fort pour être en capacité d'aborder ce sujet. Je crois donc que le fait de cumuler ces deux postes est un atout pour les habitants de ma circonscription.

 

Vous avez annoncé que vous briguerez un nouveau mandat à la tête du conseil régional Rhône-Alpes, quelles sont les grandes lignes du bilan que vous mettrez en avant durant la campagne qui s'annonce ?

 

2094362720.jpgTout d'abord, nous confronterons les actions que nous avons mené aux engagements qui ont été pris. Or, tout a été tenu. Nous nous sommes fixés un cap et nous l'avons tenu. Alors quels sont les points importants ? D'abord, la progression du TER, dont la fréquentation a augmenté de 50% et qui représente désormais  le quart du budget de la région. Nous avons également investis dans du matériel neuf de façon que 2/3 des TER qui circuleront fin 2009 seront neufs.

 

C'est également l'investissement qui a été réalisé sur les grandes lignes de Rhône-Alpes. Par exemple, puisque vous êtes à Sathonay, le doublement de la ligne Bourg-Sathonay, ainsi que celle entre les Echets et Villard-les-Dombes, qui a été un gros investissement puisqu'avant nous étions sur une ligne à voie unique.

 

C'est l'action dans les lycées avec la carte M'Ra et les 280 000 jeunes qu'elle concerne. C'est également le milliard d'euro investi dans les lycées soit 30% de plus que sous le mandat précedant (Anne-Marie Comparini) et qui ont été notamment employés dans le cadre de chantiers de réhabilitation et de rénovation des établissements.

 

Ce sont les fonds pour la culture, dont nous avons doublé le budget, en assurant la précense de la culture sur tous les territoires. C'est également sur le plan de la formation, l'attention qu'on a porté sur la formation des jeunes. C'est également une formule que Rhônes-Alpes a initiée, le Contrat d'aide au retour à l'emploi durable, qui a séduit près de 12 000 personnes éloignées de l'emploi qui en ont retrouvé un.

 

Pensez-vous qu'il est préférable pour la France de se diriger vers un système fédéral à l'Allemande en accentuant la décentralisation ?

 

D'abord la France est un pays trop centralisé. C'est une tradition héritée du jacobinisme et de l'époque napoléonienne, or, il faut beaucoup plus régionaliser la France. Ce n'est pas le projet du président de la république qui veut transformer les régions en relais de poste de l'Elysée. Alors faut-il aller vers le fédéralisme ? Ca n'est pas la tradition française puisque nous ne sommes pas un état fédéral comme l'est la République Fédérale Allemande. Le serons-nous un jour ? Peut-être. En tout cas, il faut qu'il y ait des régions qui jouent un rôle beaucoup plus important et donc moi je suis pour renforcer le pouvoir des régions.

 

A titre de comparaison, même si nous n'exercons pas les mêmes responsabilités, le budget de la Catalogne, c'est 37 milliards d'euros pour 7 millions d'habitants tandis que le budget de Rhône-Alpes c'est 2,4 milliards pour 6 millions d'habitants. On voit donc qu'en Catalogne, il y a douze fois plus de moyens par habitants qu'à Rhône-Alpes, qui exerce certes des compétences beaucoup moins fortes. On ne demande donc pas autant mais quand on compare aux grandes régions qui sont nos partenaires, le Baden-Würtemberg ou la Lombardie, on se rend compte que nous sommes très loin d'avoir les moyens et les compétences qui nous correspondent.

 

Etes-vous favorable à la prolongation du mandat de M.Barroso à la présidence de la comission européenne, à l'instar des sociaux-démocrates européens ou de son remerciement comme le réclament vos collègues français ?

 

barroso.jpgM.Barroso a présidé une commission dont l'orientation était libérale. A partir du moment où le Parlement Européen a plus de pouvoirs, et notamment celui de refuser le choix de président de la comission émis par le conseil européen, je pense que les formations de gauche, alliées à d'autres, les écologistes ou les centristes, doivent présenter un candidat alternatif à M.Barroso. Moi ma position est claire, si ce que fait M.Barroso est dans la continuité de la précédente comission, je souhaite que les socialistes, la gauche, et d'autres votent contre la candidature de M.Barroso.

 

On finira sur la question suivante, les Etats-Unis d'Europe, est-ce une idée qui vous séduit ?

 

C'est un rêve, dont Victor Hugo parlait déjà, en 1850. Ca me parait être une très belle idée, l'Europe, pour reprendre la formule de Jacques Delors, doit devenir une fédération d'états-nations. Moi ça me séduit.

02 septembre 2009

L'Islande au défi de l'Europe

583644_photo-1247854588203-1-0.jpgL'Islande et ses quelques 320 000 habitants ont abordé la saison estivale avec la satisfaction du travail accompli  : l'Althing, le parlement monocaméral de cette île frappée de plein fouet par la crise économique, a autorisé par une courte majorité (33 voix contre 28) la premier ministre Johanna Sigurdardottir a déposer la candidature de l'Islande à l'Union Européenne, légiférant ainsi sur la mesure phare du programme des sociaux-démocrates.

 

La question de l'adhésion à l'Islande à l'UE, jusqu'à alors exclue par les différentes forces de l'échiquier politique a été mise à l'ordre du jour au lendemain de la crise financière de l'automne 2008 : les trois premières banques du pays (Landbanski, Glitnir et Kauphting) ont dues être nationalisées faute de liquidités, les taux d'intérêt se sont élevés à plus de 20% et la couronne islandaise a perdu la moitié de sa valeur par rapport à l'euro.

 

Aujourd'hui, les conservateurs du Parti de l'Indépendance comme les sociaux-démocrates en passant par le Mouvement Vert de Gauche se sont accordés sur la nécessité d'adopter la monnaie unique afin de subir moins sévèrement une telle crise financière. Cependant, le premier et le troisième souhaiteraient négocier avec Bruxelles une adoption de l'euro sans adhésion, malgré un premier refus catégorique.

 

Une indépendance chèrement acquise

L'adhésion à l'UE ne rencontre effectivement guère d'opinions positives. Le réferundum, qui tranchera la question à l'issue des négociations d'adhésion risque d'être particulièrement disputé. Ce relatif eurosceptisme est à mettre sur le dos du caractère insulaire de la société islandaise : la faute à une histoire trouble qui a donné un caractère si cher et si précieux à la notion d'indépendance.

 

Kalmar.jpgEffectivement, depuis sa fondation en 930, l'Islande, l'"Ile de Glace" n'a connu que 397 années de souveraineté pour 682 d'occupation étrangère ! La Norvège a pris le contrôle de l'île de 1262 à 1383, date où l'Union de Kalmar (rassemblement de la suède, de la norvège et du danemark) s'est formée, laissant place au Royaumme de Danemark-Norvège puis le Royaumme du Danemark à partir de 1814 avant que les Britanniques et les Américains n'occupent l'Islande dès 1940 jusqu'à la déclaration d'indépendance de 1944.

 

L'Islande craint de voir sa souveraineté entamée...

On comprend via ce bref historique l'importance qu'accorde l'Islande à l'indépendance et à la souveraineté. Or, face aux prérogatives accrues de l'Union dans nombre de domaines, le spectre du fédéralisme inquiète la toute jeune islande. De plus, au vu de sa faiblesse démographique (avec 320 000 habitants, la population islandaise représente moins de 0,06% de la population européenne), l'Islande craint d'être marginalisée au sein de l'Union.

 

Le risque de voir l'anglais gagner en importance au profit de l'islandais inquiète également un pays où la conservation du patrimoine lingustique possède une signification toute particulière. Les invasions étrangères ont en effet entravé une modernisation de l'islandais, la population ayant recours à des introductions de mots étrangers (danois principalement), dégradant de facto la pureté de l'islandais, musée lingustique à part entière puisque n'ayant subi que très peu de modifications depuis le XIIème siècle ! Afin d'éviter de nouvelles introductions de mots étrangers, les gouvernements successifs ont donc mis en place des comissions de terminologie qui assurent la perpétuelle modernisation et la pureté de la langue islandaise .

 

...et la santé du secteur halieutique déchoir

Mais au-dela de ces aspects historiques et affectifs l'adhésion de l'islande à l'Union Européenne rencontre des problématiques moins superficielles. Effectivement, la crise économique ayant mis à plat le système bancaire, la pêche est redevenu le premier secteur d'activité. Or, les conditions d'adhésion à l'UE exigent la libre circulation des navires communautaires au sein des espaces maritimes nationaux, permettant ainsi aux 27 états membres d'accéder aux ressources halieutiques islandaises. De plus, les quotas drastiques imposés par Bruxelles ne réjouissent guère les Islandais, qui seraient également contraints de cesser la pêche de baleines.

 

Cependant, ce point litigieux sera à priori le seul et unique à enrayer le bon déroulement des négociations, les conditions économiques, budgétaires et financières étant d'ores et déjà respectées pour l'Islande, adhérente à l'Espace Economique Européen. Quoi qu'il en soit, l'insularité conjuguée au fort ressentiment national islandais et les conditions sévères fixées par Bruxelles nous empêchent à l'heure actuelle de présenter l'Islande comme le 28ème état européen...

02 mai 2009

Front National : par ici la sortie

1655753495.jpgScores électoraux en nette régression, dettes impayées, changement (contraint) de siège : le Front National est embourbé dans une situation délicate, en passe de marginaliser le parti frontiste sur l'échiquier politique français. Il y a deux ans, au lendemain d'élections présidentielles qui avaient vu l'échec de Jean Marie Le Pen, cantonné à un maigre 10,44% des suffrages exprimés, nul n'avait osé prédire une telle descente aux enfers pour le FN. Le déficit de voix alors rencontré par Jean-Marie Le Pen s'était elevé à plus d'un million de bulletin par rapport aux échéances de 2002. Quelques semaines après, la déroute des élections législatives, où le score moyen des candidats FN ne s'était pas élevé au dela des 4,8% des suffrages (contre 11% en 2002), avait été suivi de la très faible performance réalisée par le FN aux échéances municipales, incapable de dépasser la barre du simple pourcent.

 

Une situation financière délicate

Conséquence directe de ces scores électoraux bien ternes, une situation financière délicate, entachée par une dette estimée à 8 millions d'euros, due majoritairement (6,3M) à l'ancien député européen Fernand Le Rachinel et créancier non rémboursé du FN. La déroute des législatives a effectivement conduit à une baisse de 60% des subventions publiques accordées au FN, qui a par ailleurs du s'acquitter des dettes des nombreux candidats frontistes n'ayant pas dépassé la barre des 5% aux élections législatives, condition nécessaire au remboursement des frais de campagne. Un an plus tard, lors des échéances municipales, les candidats frontistes s'étant retrouvé dans une situation identique avaient du s'acquitter eux-mêmes du remboursement de leurs frais, le FN, faute de moyens, s'y était refusé.

 

Aujourd'hui, le parti a sensiblement freiné son train de vie, déplaçant son siège à Nanterre au profit des 5200 mètres carrés du "Paquebot", vendu à une université de Shangaï pour une quinzaine de millions d'euros. Cette somme avait permis au FN de s'acquitter d'une partie de sa dette, mais n'avait pas empêché le lienciement de 20 des 60 employés du parti.

 

Besancenot et Sarkozy, bêtes noires du parti frontiste

Qu'elle soit politique ou financière, la crise traversée par le Front National ne semble pas passagère. Le climat socio-économique, propice à une vague de contestation, n'a pas bénéficié au FN et à Jean-Marie Le Pen, qui, selon un sondage OpinionWay-LeFigaro publié aujourd'hui, ne récolterait que 7% des suffrages exprimés si le premier tour des élections présidentielles avait lieu demain.

 

Pis, l'action controversée et impopulaire de Nicolas Sarkozy n'a pas amorcée le retour au bercail des anciens électeurs frontistes, confirmant l'éfficacité du "ratissage" des électeurs FN mené par l'actuel président lors de sa campagne présidentielle. L'image du ministre qui voulait "nettoyer la cité avec du karcher"n'a pas quitté Nicolas Sarkozy, lui assurant une certaine audience auprès des anciens électeurs frontistes.

 

En outre, le 21 Avril 2002 a choqué nombre de français, si ce n'est des électeurs FN eux-mêmes, qui avaient accordé leur bulletin à Jean-Marie Le Pen en simple signe de protestation, tout en se refusant à l'idée d'une participation au second tour du président du Front National.

 

Autre handicap rencontré par le FN, la mutation de l'électorat protestataire, qui s'exprimait jusqu'à alors par le biais du bulletin Jean-Marie Le Pen. Mais le contexte économique a favorisé l'extrême-gauche, particulièrement Olivier Besancenot, dont les critiques à l'égard du "capitalisme sauvage" et des "patrons voyous" ont trouvé un échos à l'heure où les parachutes dorés et stocks-options des grands patrons font polémiques. Ainsi, l'électorat contestataire, qui avait muté au profit de Jean-Marie Le Pen à l'aube des années 1990 et aux dépents du PCF emprunte désormais le chemin inverse et c'est le NPA qui symbolise désormais l'électorat contestataire, témoignage de la mutation d'une classe, qui ne fustige plus les "racailles du 9-3" mais "les racailles du XVIème".

 

La succession de Jean-Marie Le Pen au coeur des convoitises

Le départ annoncé de Jean-Marie Le Pen au poste de président du FN, d'abord prévu pour 2010 puis repoussé à 2011, amorcera une période délicate et inédite pour le FN, dont le succès d'antan fut le fruit du seul Jean-Marie Le Pen. La succession de ce dernier a d'ores et déjà laissé apparaître plusieurs brèches de divisions, Carl Lang a ainsi quitté les instances du FN pour fonder le Parti de la France, qui présentera une liste concurrente à celle de Marine Le Pen lors des élections européennes.

 

Cette dernière, favorite pour succéder à son père, a d'ores et déjà reçu le soutien de ce dernier, qui avait estimé dans une interview accordée à Valeurs Actuelles qu'elle n'est pas populaire que sur son nom. Il y a sa personnalité,son charisme. Elle est sympathique et passe très bien dans les médias. Récemment, un sondage réalisé auprès de sympathisants frontistes dégageait une large majorité en faveur de Marine Le Pen (76%), en vue de la succession de Jean-Marie Le Pen.

 

Marine Le Pen, qui a assuré vendredi sur l'antenne d'Europe 1 qu'elle serait belle et bien candidate au poste de présidente du FN, sera opposée à Bruno Gollnish, dont les critiques à son égard  ont été des plus virulentes, il lui avait ainsi fait porter la responsabilité de l'échec des présidentielles 2007, qui serait due à la campagne de dédiabolisation qu'elle avait menée.

 

Mais au-dela de l'identité du successeur de Jean-Marie Le Pen, c'est la capacité de survie du mouvement sans son leader fondateur qui pose question. Les excellents résultats enregistrés lors des différentes présidentielles depuis 1988 n'ont effectivement jamais été suivis par des performances similaires lors des élections intermédiaires, posant la question de l'aura du FN lorsqu'il évolue en l'absence de son leader. En outre, l'hypothèse d'une éventuelle absence de candidat frontiste lors des élections présidentielles de 2012 n'est pas à exclure, faute de parrainages sufisants. Les élections municipales de l'an dernier ont effectivement vu le renouvellement des mandats de seuls 250 des 535 maires ayant accordé leur parrainage à M.Le Pen en 2007. La scission avec Carl Lang, qui pourrait être suivi par Bruno Gollnish compliquerait alors la chasse aux parrainages...au grand bohneur de Nicolas Sarkozy ?

07 avril 2009

La Turquie, élément clé de la nouvelle politique étrangère américaine ?

h_9_ill_1176104_18c5_chine.jpgSi la tournée européenne de Barack Obama aura constitué un succès dans son ensemble, elle se sera achevé sur l'ouverture d'une brèche de division, quand au degré de participation de la Turquie à l'union européenne. Les Etats-Unis et l'Europe doivent aborder les musulmans comme nos amis, nos voisins et partenaires dans la lutte contre l'injustice, l'intolérance et la violence, (...) évoluer vers l'adhésion de la Turquie à l'UE constituerait un signal important de votre engagement dans ce sens et assurerait que nous continuons à ancrer fermement la Turquie en Europe a affirmé le président américain dans le cadre d'un discours à Prague, avant de réitérer ses propos à Ankara, affirmant devant les parlementaires turcs que les Etats-Unis soutiennent fermement la candidature de la Turquie à l'UE.

Barack Obama s'est immédiatement attiré les foudres de ses homologues français et allemands, Nicolas Sarkozy ayant affirmé sur le plateau de TF1 que j'ai toujours été opposé à cette entrée et je le reste. Je crois pouvoir dire qu'une immense majorité des états membres de l'Union Européenne est sur la position de la France, avant de rappeler que s'agissant de l'Union européenne, c'est aux pays membres de l'Union européenne de décider. La chancelière allemande Angela Merkel a elle aussi regretté l'interventionnisme de Barack Obama.

Les déclarations de ce dernier, qui interviennent alors qu'il effectuait une visite d'état en Turquie lundi et mardi, ont replacées au cœur du débat la question de l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, alors que les négociations, ouvertes en octobre 2005, végétaient au point mort. Barack Obama ne cache effectivement pas qu'il souhaite s'appuyer sur la Turquie dans le cadre des négociations avec les pays du Moyen-Orient, le premier ministre turque Recep Erdogan souhaitant d'ailleurs s'affirmer comme le médiateur entre l'Occident et l'Orient, justifiant ce statut par la relative neutralité militaire et politique de la Turquie.

La Turquie évolue effectivement dans une relative ambiguïté, développant des relations privilégiés avec l'Iran de Mahmoud Ahmadinejad tout en s'affirmant comme un membre historique de l'OTAN. Cette position insolite justifie la danse du ventre de Barack Obama vis à vis des turques et du premier minsitre Recep Erdogan, parvenant d'ailleurs à se constituer un important socle de popularité, 40% des turcs désignant Barack Obama comme le dirigeant le plus fiable du monde.

Si il souhaite s'appuyer sur son allié turc, Barack Obama devra cependant tacher d'apporter des garanties et son soutien à Recep Erdogan, dont la décision en 2003, de ne pas autoriser l'armée américaine à traverser la Turquie afin de se rendre en Irak, avait institué une certaine tension entre les deux pays. Au-delà du soutien appuyé à l'entrée de la Turquie dans l'UE, Recep Erdogan attend par ailleurs de Barack Obama qu'il raffermisse la lutte contre la guérilla du PKK, qui milite pour la création d'un état kurde, comprenant le sud-est de la Turquie.

Passerelle entre l'Orient et l'Occident, la Turquie pourrait s'imposer dans les prochaines années comme un acteur géopolitique majeur, d'autant plus que les Etats-Unis souhaitent en faire un élément clé de sa nouvelle politique étrangère. La nouvelle dimension que pourrait, à terme, prendre la Turquie, va indéniablement replacer au coeur des débats la question de son adhésion à l'Union Européenne....

05 avril 2009

Les trois grands piliers de mesures prises par le G20

34ed395e-2028-11de-b02b-76f68444491f.jpg Un pas dans la bonne direction pour Dmitri Medvedev, l'émergence d'un nouvel ordre mondial pour Gordon Brown, le plus grand plan concerté de l'histoire pour José Luiz Zapatero. Le sommet du G20 qui s'est tenu jeudi, à Londres, a été unanimement salué par la classe politique internationale, marquant peut-être un tournant décisif dans l'optique d'une résolution de la crise économique. Les décisions prises par les 19 chefs d'état des plus grandes puissances mondiales, (2/3 de la population du globe, 90% du PIB mondial) auquel s'est ajouté le président de la commission Européenne José Manuel Barosso, représentant de l'U.E, ont été salué aux quatre coins du globe , que ce soit par la classe politique ou associative, Save the Childrens a effectivement parlé d'une lueur d'espoir, tandis que Transparency International a qualifié ce sommet de bénédiction. En France, François Bayrou a exprimé des regrets quand aux intentions annoncées en matière de régulation qui sont vagues tandis que le Parti Socialiste a parlé d'une avancée. Aux deux extrêmes de l'échiquier politique, de vives critiques ont fusé, Jean-Marie Le Pen ayant estimé qu'avant de vouloir faire la chasse aux paradis fiscaux, Nicolas Sarkozy ferait mieux de se préoccuper de son pays devenu le pire enfer fiscal de la planète tandis qu'Olivier Besancenota a regretté que le G20 n'aille renflouer une nouvelle fois ceux qui sont responsables de la crise.

Un plan de relance mondiale qui s'élève à plus de 1350 milliards de dollars
Mesure phare prise par le G20, la mobilisation de quelques 1350 milliards de dollars qui seront réinvestis dans l'économie mondiale, via une augmentation du budget du FMI notamment, le Fonds Monétaire International qui voit ses compétences s'étendre et une légitimité accrue au lendemain de ce G20.

Ces 1350 milliards se décomposent en trois grands piliers, dont le premier concerne l'attribution de nouveaux moyens accordés au fond monétaire international, dont le montant des prêts qu'il pourra accorder s'élèvera désormais à 750 milliards de dollars, contre 250 milliards actuellement. 250 autres milliards seront investis sous la forme de droits de tirage spéciaux (DTS), afin de renflouer les liquidités internationales. Autre investissement de poids, qui s'élève à 100 milliards de dollars et concerne des aides apportées à des banques régionales, soutenant les projets de développement économique de pays en voie de développement du continent africain et asiatique.

Les paradis fiscaux pointés du doigt
En dépit des réticences formulées par l'état Chinois, le G20 a prié l'OCDE de fournir une liste "noire" de 42 paradis fiscaux, dont 4, le Costa Rica, la Malaisie, les Philippines et l'Uruguay, ont été placés sur une liste noire des pays n'affichant aucune volonté d'assainir leur système fiscal. 38 autres états ont été placés sur une liste dite grise, qui concerne les paradis fiscaux ayant pris des engagements en vue d'une normalisation de leur système.

Le G20 n'a pas manqué de fustiger le secret bancaire, dont il a proclamé la fin, et s'est félicité des premières réactions d'états directement concernés, qui ont d'ores et déjà annoncé des mesures à venir. Le Luxembourg et l'Autriche ont ainsi accepté de communiquer des informations sur des potentiels fraudeurs fiscal, mettant ainsi fin au secret bancaire qui, dans le cas du Luxembourg, aura été à la base de la prospérité du pays. La Suisse avait d'ores et déjà effectué un premier pas en renonçant au secret bancaire, cela avant que le G20 n'est eu lieu.

Ces listes grises et noires publiées par l'OCDE n'ont cependant pas fait l'unanimité, et n'ont pas convaincu l'association de lutte contre les injustices mondiales Oxfam-France qui, a déploré que les gages minimum donnés ces dernières semaines aient, semble-t-il, suffi à convaincre les leaders du G20 à ne pas placer tel ou tel pays dans la liste noire.

Un contrôle accru du milieu financier
La moralisation du capitalisme, voeu cher à Nicolas Sarkozy, se traduira par une surveillance plus accrue de la planète finance, couplée à une meilleure réglementation des salaires des traders afin d'éviter de nouveaux scandales Kerviel. Nous mettrons en place à l'échelle mondiale de nouvelles règles sur les salaires et les bonus, qui refléteront les performances réelles et ne récompenseront plus les échecs a déclaré le premier ministre britannique Gordon Brown. La part variable du salaire des traders, dépendante du succès des opérations menées, pourrait ainsi être amoindrie, afin de diminuer les prises de risque irresponsables.

Quand aux Hedge Funds, des fonds d'investissements privés spéculatifs soumis à un contrôle quasi nul et accusés d'avoir précipité le krach boursier de l'automne dernier, ils seront désormais enregistrés et seront soumis à des contrôles, les états auront par ailleurs l'obligation de fournir des informations sur ses hedge funds à toute autre nation en réclamant, aucun pays n'échappant à ces règles, à la déception des paradis fiscaux.

Le Forum de Stabilité financière (FSF) sera par ailleurs dissout, afin de laisser place au conseil de stabilité financière (CSF), dont le pouvoir sera élargi. Tout comme son prédécesseur, le conseil veillera à la stabilité économique internationale afin de prévenir de nouvelles crises. Il diffère cependant du FSF sur deux points, puisqu'il concernera non plus 10, mais 20 pays, et verra son champ de compétence accru, se métamorphosant en un véritable organe international de contrôle et de régulation financière et économique.

01 avril 2009

Les eaux troubles de la mer méditerranée

8267.jpg Le conflit qui est survenu cet hiver à Gaza, (voir mon article à ce sujet)a suspendu le développement de l'activité de l'Union pour la Méditerranée, dont la création, impulsée par l'action de Nicolas Sarkozy, fut officialisée en grandes pompes à Paris, puis entérinée à Marseille en novembre dernier, lors d'un sommet réunissant les 43 ministres des affaires étrangères (voir mon article à ce sujet) des états membres, sommet auquel j'avais eu l'occasion de me rendre. Une réunion, programmée le 7 avril prochain, a à nouveau été reporté, les pays arabes refusant de siéger à la même table que celle d'un représentant israélien. La co-présidence Égyptienne réfute toute tentative de reprise du dialogue, d'autant plus compromise que le dernier message vidéo d'Oussama Ben-Laden met en cause le laxisme de Mohammed Moubarak, le chef d'état égyptien. L'Union pour la Méditerranée, et les objectifs ambitieux qu'elle s'était fixée, reste en état de végétation, au grand dam de la mer méditerranée, qui atteint des records de pollution de l'eau.

Une des priorités de l'UPM visait en effet la dépollution de la mer Méditerranée, un objectif qui s'inscrivait en parallèle des efforts récents fournis par l'Union Européenne. Les politiques continentales ont effectivement pris conscience de la situation gravissime dans laquelle est plongée la Méditerranée. La population du littoral méditerranéen a doublé en l'espace de quarante ans, le nombre de touristes progressant à vitesse comparable. Les observateurs tablent d'ailleurs sur une augmentation de l'ordre de 34% d'ici 2025 du nombre de touristes séjournant chaque année sur les côtés de la méditerranée.

Conséquence inéxorable de ce "boom", la population s'est développée et la méditerranée en fait les frais. Cette explosion démographique est d'autant plus inquiétante qu'elle a été suivie d'un essor du secteur agricole, augmentant considérablement la dose de pesticides et autres engrais déversés dans la méditerranée.

Autre problème préoccupant, celui relatif aux eaux usées. Elles sont effectivement rejetées dans la méditerranée, alors que seule la moitié des villes côtières les traitent avant de les rejeter dans la mer. Dans certains pays en voie de développement, en Algérie notamment, la gestion de produits toxiques est mal assurée, de façon que des centaines de milliers de kilogrammes de composants industriels néfastes sont stockés aux abords des côtes.

Par ailleurs, si la Méditerranée ne contribue qu'à hauteur de 0,7% aux eaux du globe, elle absorbe le tiers du commerce maritime international, 2000 navires voguant simultanément sur la Méditerranée. A en croire des experts algériens, 300 000 tonnes de pétrole auraient été déversés dans les eaux de la mer depuis 1977.

Cette forte fréquentation des eaux méditerranéennes reste cependant une source de pollution mineure, moins de 20%, les déchets, les eaux usées et autres pollutions agricoles étant responsables de 80% de la pollution de la mer. On estime ainsi à 2 mètres cube le volume de déchets déversés chaque jour, en période estivale, dans la méditerranée par kilomètre de côtes, sachant que 70% d'entre eux ne sont pas biodégradables.

Rejeter toutes sortes de déchets dans la mer est la façon la plus rapide, la moins chère et la plus pratique de s’en débarrasser. La mer a de remarquables capacités d’absorption, mais la Méditerranée est une mer fermée et elle n’est plus capable de digérer toutes les toxicités que l’homme lui déverse assure un écologiste algérien. Dans certains pays en voie de développement, en Algérie notamment, la gestion de produits toxiques est mal assurée, de façon que des centaines de milliers de kilogrammes de composants industriels néfastes sont stockés aux abords des côtes.

Aujourd'hui, les initiatives de dépollution de la mer Méditerranée sont prises au seul niveau national, sans qu'une coordination entre ces actions ne puisse être initiée. Les politiques continentales n'ont pris conscience que très récemment du problème, de façon que l'Union Européenne a pris l'initiative de débourser 2,1 milliards d'euros afin d'assurer la dépollution de 44 sites jugés comme prioritaires. En parallèle, l'initiative euromed "Horizon 2020", dont la création fut amorcée en 2005, vise à assurer la pérennisation d'actions communes des pays du pourtour méditerranéen. Mais, encore une fois, l'UPM et ses blocages institutionnels empêchent un éventuel développement d'"Horizon 2020"...tandis que la Méditerranée agonise.

Toutes les notes