24 mars 2009

Européennes : la gauche radicale devancera-t-elle le PS ?

besancenotmélenchonbuffet.jpgC'est un des principaux enseignements du sondage Ifop sur les intentions de vote aux élections européennes du 6 et 7 juin prochain, la percée de la gauche radicale, qui bénéficie de la décridibilisation du Parti Socialiste, des perspectives sombres de l'économie mondiale, ainsi que des répercussions sociales de la crise. Le NPA, le Front de Gauche (PCF et PG), les Verts et Lutte Ouvrière rassemblent ainsi à eux quatre, 23% des intentions de vote, soit un score identique que celui du Parti Socialiste. Ce dernier accuserait 3% de retard sur l'UMP (26%), et, fait marquant, voit son score chuter de plus de 5% par rapport aux échéances européennes de 2004. Un affaiblissement marquant au vu de la position dans laquelle le Parti Socialiste aborde ces élections européennes, celui d'une formation en opposition à un exécutif aussi impopulaire que ne l'était le tandem Chirac-Raffarin à la même époque (43,5% d'opinions favorables pour Fillon et Sarkozy contre 44,5% pour Raffarin et Chirac). La crise économique et ses conséquences sociales ont pourtant crée une forte vague de mécontentement dans l'opinion, 75% des français approuvent ainsi la mobilisation du 19 mars face à l'action du gouvernement, selon un sondage BVA-Les Echos.

En 2004, les listes socialistes avaient réuni 28,9% des suffrages; le climat politique et social n'était pourtant pas différent d'aujourd'hui (taux de chômage de 9,2% contre 8% aujourd'hui), si ce n'est que les perspectives économiques étaient moins sombres, et l'exécutif tout aussi impopulaire en raison de nombreuses réformes avortées. A l'heure actuelle, l'ensemble des conditions semblent donc requises pour assurer au Parti Socialiste une performance égale, si ce n'est meilleure, que les 28% obtenus en 2004. Comment donc expliquer ces sondages défavorables, qui le place derrière le parti de la majorité ? Le score élevé qu'obtiendrait une gauche radicale réunie (23%; contre 15,9% en 2004) explique pour beaucoup ce désarroi, par ailleurs influencé par une décridibilisation du Parti Socialiste. Martine Aubry n'a pas réussi jusqu'à maintenant a panser les plaies du Congrès de Reims, et les guerres internes, remises au goût de jour à l'heure de l'élaboration des listes européennes, se sont hâtées de dégouter une branche de l'électorat socialiste du PS.

La confiance vis à vis du premier parti de France en termes d'élus s'érode ainsi de jour en jour. 76% des français estiment qu'il n'a pas de réponses face à la crise, et 39% pensent qu'il a des dirigeants de qualité selon un sondage IFOP-JDD. Les querelles intestines qui nuisent à sa crédibilité sont pour beaucoup dans cette défiance de l'opinion vis à vis du PS. La crise idéologique dans laquelle il est plongé constitue un autre élément défavorable en ces temps de crise, où les propos discordants des différents chefs de file ne permettre pas d'imposer une ligne claire. La cohabitation entre sociaux-démocrates et socialistes convaincus s'avère relever du surréalisme. C'est pourtant la situation dans laquelle le PS est embourbée, scindé en deux branches bien distinctes. L'une souhaite accomplir un virage vers la social démocratie jugé inéluctable au vu de la politique menée par les derniers gouvernements socialistes, l'autre souhaite que le PS s'ancre dans les fondamentaux d'antan (voir mon article sur la crise idéologique du PS).

manifestation_paris_2_8855b.jpgFace à la crise, le PS a perdu en légitimité, et voit ainsi la gauche radicale lui contester son autorité à gauche de l'échiquier politique. La radicalisation des mouvements contestataires et le dégoût vis à vis des patrons voyous, la "racaille du XVIème", deux phénomènes amplifiés par la crise sont exprimées avec plus de vigueur par la gauche radicale. La redistribution des richesses, l'interdiction des licenciements en cas de bénéfices sont des propositions qui ne peuvent être qu' appréciées alors que les fermetures d'usines se succèdent. La suppression de 655 postes par le groupe Total, dont les bénéfices ont excédé les 14 milliards d'euros l'an passé, se sont hâtées de mettre l'huile sur le feu. Et la gauche radicale, qui a fustigé des années durant le capitalisme sans règles ni morales s'en est retrouvé légitime.

Si les cinq formations de la gauche radicale pourraient devancer le Parti Socialiste, leur union reste inenvisageable. La proposition adressée à Olivier Besancenot de rejoindre un "front de gauche" n'a pas séduit le facteur trotskiste, qui préfère s'assurer son aura médiatique en faisant cavalier seul. La gauche radicale pourrait cependant s'inspirer de l'union de la famille écologiste, qui, au lendemain de la claque des présidentielles 2007 aborde ces échéances européennes dans une configuration inédite. Qui aurait pu croire que José Bové, Daniel Cohen-Bendit et Nicolas Hulot s'engageraient sous une bannière commune ? Les querelles de personnes ont été reléguées au second plan, et la question d'une candidature commune aux élections présidentielles 2012 est d'ores et déjà évoquée, les Verts pourraient alors céder la place à Nicolas Hulot. Un premier pas vers l'union de la gauche ?

07 février 2009

Le NPA, carrefour des sensibilités à la gauche de la gauche

5680-111206besancenot_01.jpgAprès près de 40 ans de luttes politiques et sociales, la Ligue Communiste Révolutionnaire a officialisé ce jeudi sa dissolution, dans le cadre du congrès fondateur du Nouveau Parti Anticapitaliste. Inpulsée par Olivier Besancenot, la fondation du NPA constitue un bouleversement inédit dans la paysage politique français, puisque ce mouvement ambitionne de rassembler l'ensemble de l'électorat anti-capitaliste d'extrême gauche au-delà de tout courant politique. La fédération de l'ensemble des forces militantes de la gauche de la gauche constituait d'ailleurs l'objectif avoué de la création du NPA, qui souhaite toucher un électorat plus populaire et sans doute moins intellectuel que la LCR. 75% de nos adhérents sont des primo-militants, c’est-à-dire des nouveaux venus à la politique précise d'ailleurs un responsable NPA, en conformité avec le souhait d'Olivier Besancenot, de faire du NPA le parti des sans voix.

Le NPA se pose dans une logique de rassemblement
Leur base d'adhésion, c'est le ras-le-bol de Sarkozy affirme quand à lui la figure historique de la LCR, Alain Krivine. Fort de quelques 9000 adhérents, et cela alors que sa fondation n'a toujours pas été officialisée, le Nouveau Parti Anticapitaliste compte ainsi dans ses rangs des altermondialistes, des troskistes, des communistes, des écologistes, quelques socialistes soit l'ensemble du peuple des rues, ceux qui ont le désir de concrétiser leur mécontentement de la politique gouvernementale, et qui récusent le manque de vigueur de l'opposition socialiste. La prolifération de mouvements à la gauche du PS ces dernières années les a par ailleurs incité au rassemblement dans une entité commune, ce que le NPA semble être en capacité de proposer, deux ans après la "victoire" unanime d'Olivier Besancenot aux élections présidentielles.

Une cohabition qui s'annonce difficile
Le défi du Nouveau Parti Anticapitaliste, sera de permettre la cohabitation de militants aux sensibilités aussi diverses et variées et cela au sein d'une même formation politique. La direction du mouvement a ainsi décidé de rompre tout lien avec la formation de la Quatrième Internationale Troskiste, un choix vivement dénoncé par les troskistes orthodoxes, bien que nécessaire dans la perspective de rassemblement de l'ensemble des forces de gauche. Reste que pour l'auteur Denis Pingaud, cette distance prise vis à vis du trotskisme n'est que très relative, le programme du NPA n'étant guère différent de celui de la LCR. Le choix de l'appelation définitive du NPA est d'ailleurs aujourd'hui une source de désaccords, entre communistes qui réclament que leur courant soit mentionné et troskistes qui regrettent la défunte LCR. La direction du NPA se dirigerait d'ailleurs vers un maintien du nom "Parti Anti Capitaliste", déjà connu par bon nombre de français.

Besancenot, l'élément moteur du NPA
100px-Logo_npa.pngBien que démentant toute forme de dépendance à sa personne, Olivier Besancenot s'avère être l'élément moteur du Nouveau Parti Anticapitaliste et l'élément fédérateur de son réseau de militants. Sa jeunesse, son charisme et sa combativité, lui ont permis de supplanter le PCF à l'extrême gauche (voir mon article à ce sujet) tandis que son opposition virulente à Nicolas Sarkozy a tapé dans l'oeil à nombre de socialistes radicaux. Sa côte de popularité dépasse déosmrias les 60% et il se présente aujourd'hui tel le leader du vote contestataire, lui qui, à l'inverse du PCF, a su comprendre l'évolution sociologique de l'électorat populaire, qui ne se limite plus à la classe ouvrière.

Les européennes comme premier test
La fondation du NPA intervient à moins de quatre mois des élections européennes, échéances durant lesquelles les listes LCR avaient subi un échec cuisant il y a cinq ans, rassemblant moins de 2,6% des suffrages. Les analystes politiques avaient alors interprêté cet échec comme une non-capacité de la LCR à récupérer le mécontentement vis à vis de la politique gouvernementale, mécontentement qui avait largement profité aux listes socialistes. Aujourd'hui, ces échéances interviendront dans un tout autre contexte, Olivier Besancenot s'affirmant comme le leader du vote contestataire, souvent très prisé par les français lors des élections intermédiaires. Un bon score aux européennes de juin prochain constitueront donc un excellent départ pour le NPA, qui pourra alors envisager l'avenir en toute sérénité, et poursuivre la fédération de l'extrême gauche.

Cet article a été repris en une du "Post". Retrouvez le ici.

07 octobre 2008

Retour sur l'affaire Besancenot/Rouillan

4d247282-9183-11dd-b762-6dde956572ba.jpg Que cherche donc Olivier Besancenot en affichant des liens avec Jean-Marc Rouillan ? La question mérite d'être posée tant le facteur neuilléen n'a cessé ces derniers temps d'étaler une soi-disante proximité avec le co-fondateur de l'organisation terroriste Action Directe, l'accueillant à bras ouverts en juin dernier dans son Nouveau Parti Anti-Capitaliste (Alain Krivine justifiera cette décision en déclarant on ne demande pas aux gens leur passé ) et en remettant en cause cette semaine sa réincarcération. Jean-Marc Rouillan est incarcéré de nouveau, ce qui est absolument révoltant, puisqu'il a purgé sa peine a déclaré vendredi Olivier Besancenot en ajoutant légalement, il a le droit de sortir et il n'y a rien qui justifie le fait qu'il retourne en prison, si ce n'est un acharnement judiciaire de la part de l'Etat. Effectivement, Jean-Marc Rouillan s'est vu suspendre la mesure de semi-liberté dont il bénéficiait depuis décembre dernier suite à une interview qu'il a consacré à l'hebdomadaire l'Express daté du 1er Octobre où il déclare je n'ai pas le droit de m'exprimer là-dessus... [l'assassinat de Georges Besse] Mais le fait que je ne m'exprime pas est une réponse. Car il est évident que si je crachais sur tout ce qu'on avait fait, je pourrais m'exprimer.

Cette révocation de la semi-liberté de Jean-Marc Rouillan intervient alors que nombre de français la réclamaient dans le sens où l'activiste d'Action Directe n'a jamais éprouvé, du moins publiquement, le moindre regret sur les trois assassinats commis par Action Directe entre 1982 et 1986. C'est cet aspect de la personnalité de Jean-Marc Rouillan qui peut choquer la proximité d'Olivier Besancenot avec le personnage. Est-ce digne, pour un homme qui aspire aux plus hautes fonctions de soutenir un assassin qui n'a jamais renié ses actions, aussi odieuses soient-elles ? Et quelle est cette justice qui "lache dans la nature" un meurtrier récidiviste (Rouillan avait été une première fois condamné, puis amnistié en 1981 par Mitterrand) ? Quoi qu'il en soit, la stratégie employée par Olivier Besancenot s'avère confuse; alors que la création du NPA apparaissait comme une tentative de rallier les électeurs socialistes décus, son combat mené pour Rouillan risque de les perturber.