09 octobre 2009

Obama prix nobel : un choix contestable ?

000_Was2616942--469x239.jpgLe comité nobel a décerné aujourd'hui, à Oslo, au président des Etats-Unis d'Amérique Barack Obama le prix nobel de la paix, au nom de ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples. Cette distinction, obtenue seulement dix mois après l'investiture d'Obama peine à faire l'unanimité. Barack Obama en personne a avoué avoir reçu le prix avec surprise sans avoir l'impression que je mérite de me retrouver en compagne de tant personnalités qui ont transformé leur époque et qui ont été distinguées par ce prix. Effectivement, comme l'a souligné la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, le 43ème président des Etats-Unis doit moins cette récompense aux succès de sa diplomatie qu'à son discours, certes volontariste mais qui n'a guère contribué à la diffusion de la paix sur le globe. Effectivement, sur les trois dossiers prioritaires du président Obama, sa détermination n'a aucun cas abouti à une réelle amélioration sur le fond.


En Afghanistan, où durant sa campagne présidentielle Barack Obama avait faire part de sa volonté d'y délocaliser l'épicentre de la lutte contre le terrorisme, les alliés s'enlisent au point qu'une majorité d'américains réclament désormais un retrait des troupes. Effectivement, 953 soldats américains ont péri depuis le début du conflit en 2001 (dont 478 depuis 2008) et les alliés peinent à lutter efficacement contre une guérilla invisible, qui privilégie les actions sporadiques aux affrontements directs. Pour le général McChrystal, commandant en chef, les difficultés des alliés nécessitent l'envoi de renforts afin d'assurer la mobilisation nécessaire sur tous les fronts du pays. Or, ni les Américains qui ne sont plus que 39% à approuver la présence américaine en Afghanistan, ni les parlementaires, ne sont enthousiasmés par l'envoi de nouvelles troupes.

 

Quand au conflit israélo-palestinien, certes Barack Obama a orchestrée en septembre dernier une rencontre entre Benjamin Nétanyahou et Mahmoud Abbas mais rien n'a résulté de cet entretien, outre la photographie officielle. De plus, l'envoi de George Mitchell en émissaire spécial n'a produit aucun effet. Benjamin Nétanyahou, qui avait pourtant adhéré sous conditions en juin au projet d'établissement d'un état palestinien indépendant, refuse quand à lui de concéder la moindre miette sur le gel de la colonisation juive dans les territoires palestiniens, pierre d'achoppement à la poursuite du processus de paix.

 

actu-monde-Mahmoud-Ahmadinejad_articlephoto.jpgQuid du dossier iranien, où les tensions sont à leur paroxysme ? La réélection entachée de fraudes de Mahmoud Ahmadinejad, l'échec de la politique de la main tendue de Barack Obama et la découverte d'un nouveau site secret d'enrichissement de l'uranium ont amené Barack Obama à revoir sa copie et réclamer un durcissement des sanctions vis à vis de Mahmoud Ahmadinejad.

 

Au vu de l'absence de résultats de Barack Obama en matière de politique étrangère, il est donc légitime de s'étonner de l'attribution de pareille distinction au président américain. Il n'en reste pas moins qu'il marque un virage dans les critères de désignation du prix nobel de la paix : face à Helmut Kohl, favori, icone du rapprochement est/ouest et favori à l'heure du vingtième anniversaire de la chute du bloc soviétique, le comité a fait le choix de l'avenir et de l'initiative. Désormais, le poids qui pèse sur les épaules de Barack Obama est à l'image des attentes qu'il suscite...

07 avril 2009

La Turquie, élément clé de la nouvelle politique étrangère américaine ?

h_9_ill_1176104_18c5_chine.jpgSi la tournée européenne de Barack Obama aura constitué un succès dans son ensemble, elle se sera achevé sur l'ouverture d'une brèche de division, quand au degré de participation de la Turquie à l'union européenne. Les Etats-Unis et l'Europe doivent aborder les musulmans comme nos amis, nos voisins et partenaires dans la lutte contre l'injustice, l'intolérance et la violence, (...) évoluer vers l'adhésion de la Turquie à l'UE constituerait un signal important de votre engagement dans ce sens et assurerait que nous continuons à ancrer fermement la Turquie en Europe a affirmé le président américain dans le cadre d'un discours à Prague, avant de réitérer ses propos à Ankara, affirmant devant les parlementaires turcs que les Etats-Unis soutiennent fermement la candidature de la Turquie à l'UE.

Barack Obama s'est immédiatement attiré les foudres de ses homologues français et allemands, Nicolas Sarkozy ayant affirmé sur le plateau de TF1 que j'ai toujours été opposé à cette entrée et je le reste. Je crois pouvoir dire qu'une immense majorité des états membres de l'Union Européenne est sur la position de la France, avant de rappeler que s'agissant de l'Union européenne, c'est aux pays membres de l'Union européenne de décider. La chancelière allemande Angela Merkel a elle aussi regretté l'interventionnisme de Barack Obama.

Les déclarations de ce dernier, qui interviennent alors qu'il effectuait une visite d'état en Turquie lundi et mardi, ont replacées au cœur du débat la question de l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, alors que les négociations, ouvertes en octobre 2005, végétaient au point mort. Barack Obama ne cache effectivement pas qu'il souhaite s'appuyer sur la Turquie dans le cadre des négociations avec les pays du Moyen-Orient, le premier ministre turque Recep Erdogan souhaitant d'ailleurs s'affirmer comme le médiateur entre l'Occident et l'Orient, justifiant ce statut par la relative neutralité militaire et politique de la Turquie.

La Turquie évolue effectivement dans une relative ambiguïté, développant des relations privilégiés avec l'Iran de Mahmoud Ahmadinejad tout en s'affirmant comme un membre historique de l'OTAN. Cette position insolite justifie la danse du ventre de Barack Obama vis à vis des turques et du premier minsitre Recep Erdogan, parvenant d'ailleurs à se constituer un important socle de popularité, 40% des turcs désignant Barack Obama comme le dirigeant le plus fiable du monde.

Si il souhaite s'appuyer sur son allié turc, Barack Obama devra cependant tacher d'apporter des garanties et son soutien à Recep Erdogan, dont la décision en 2003, de ne pas autoriser l'armée américaine à traverser la Turquie afin de se rendre en Irak, avait institué une certaine tension entre les deux pays. Au-delà du soutien appuyé à l'entrée de la Turquie dans l'UE, Recep Erdogan attend par ailleurs de Barack Obama qu'il raffermisse la lutte contre la guérilla du PKK, qui milite pour la création d'un état kurde, comprenant le sud-est de la Turquie.

Passerelle entre l'Orient et l'Occident, la Turquie pourrait s'imposer dans les prochaines années comme un acteur géopolitique majeur, d'autant plus que les Etats-Unis souhaitent en faire un élément clé de sa nouvelle politique étrangère. La nouvelle dimension que pourrait, à terme, prendre la Turquie, va indéniablement replacer au coeur des débats la question de son adhésion à l'Union Européenne....

05 avril 2009

Les trois grands piliers de mesures prises par le G20

34ed395e-2028-11de-b02b-76f68444491f.jpg Un pas dans la bonne direction pour Dmitri Medvedev, l'émergence d'un nouvel ordre mondial pour Gordon Brown, le plus grand plan concerté de l'histoire pour José Luiz Zapatero. Le sommet du G20 qui s'est tenu jeudi, à Londres, a été unanimement salué par la classe politique internationale, marquant peut-être un tournant décisif dans l'optique d'une résolution de la crise économique. Les décisions prises par les 19 chefs d'état des plus grandes puissances mondiales, (2/3 de la population du globe, 90% du PIB mondial) auquel s'est ajouté le président de la commission Européenne José Manuel Barosso, représentant de l'U.E, ont été salué aux quatre coins du globe , que ce soit par la classe politique ou associative, Save the Childrens a effectivement parlé d'une lueur d'espoir, tandis que Transparency International a qualifié ce sommet de bénédiction. En France, François Bayrou a exprimé des regrets quand aux intentions annoncées en matière de régulation qui sont vagues tandis que le Parti Socialiste a parlé d'une avancée. Aux deux extrêmes de l'échiquier politique, de vives critiques ont fusé, Jean-Marie Le Pen ayant estimé qu'avant de vouloir faire la chasse aux paradis fiscaux, Nicolas Sarkozy ferait mieux de se préoccuper de son pays devenu le pire enfer fiscal de la planète tandis qu'Olivier Besancenota a regretté que le G20 n'aille renflouer une nouvelle fois ceux qui sont responsables de la crise.

Un plan de relance mondiale qui s'élève à plus de 1350 milliards de dollars
Mesure phare prise par le G20, la mobilisation de quelques 1350 milliards de dollars qui seront réinvestis dans l'économie mondiale, via une augmentation du budget du FMI notamment, le Fonds Monétaire International qui voit ses compétences s'étendre et une légitimité accrue au lendemain de ce G20.

Ces 1350 milliards se décomposent en trois grands piliers, dont le premier concerne l'attribution de nouveaux moyens accordés au fond monétaire international, dont le montant des prêts qu'il pourra accorder s'élèvera désormais à 750 milliards de dollars, contre 250 milliards actuellement. 250 autres milliards seront investis sous la forme de droits de tirage spéciaux (DTS), afin de renflouer les liquidités internationales. Autre investissement de poids, qui s'élève à 100 milliards de dollars et concerne des aides apportées à des banques régionales, soutenant les projets de développement économique de pays en voie de développement du continent africain et asiatique.

Les paradis fiscaux pointés du doigt
En dépit des réticences formulées par l'état Chinois, le G20 a prié l'OCDE de fournir une liste "noire" de 42 paradis fiscaux, dont 4, le Costa Rica, la Malaisie, les Philippines et l'Uruguay, ont été placés sur une liste noire des pays n'affichant aucune volonté d'assainir leur système fiscal. 38 autres états ont été placés sur une liste dite grise, qui concerne les paradis fiscaux ayant pris des engagements en vue d'une normalisation de leur système.

Le G20 n'a pas manqué de fustiger le secret bancaire, dont il a proclamé la fin, et s'est félicité des premières réactions d'états directement concernés, qui ont d'ores et déjà annoncé des mesures à venir. Le Luxembourg et l'Autriche ont ainsi accepté de communiquer des informations sur des potentiels fraudeurs fiscal, mettant ainsi fin au secret bancaire qui, dans le cas du Luxembourg, aura été à la base de la prospérité du pays. La Suisse avait d'ores et déjà effectué un premier pas en renonçant au secret bancaire, cela avant que le G20 n'est eu lieu.

Ces listes grises et noires publiées par l'OCDE n'ont cependant pas fait l'unanimité, et n'ont pas convaincu l'association de lutte contre les injustices mondiales Oxfam-France qui, a déploré que les gages minimum donnés ces dernières semaines aient, semble-t-il, suffi à convaincre les leaders du G20 à ne pas placer tel ou tel pays dans la liste noire.

Un contrôle accru du milieu financier
La moralisation du capitalisme, voeu cher à Nicolas Sarkozy, se traduira par une surveillance plus accrue de la planète finance, couplée à une meilleure réglementation des salaires des traders afin d'éviter de nouveaux scandales Kerviel. Nous mettrons en place à l'échelle mondiale de nouvelles règles sur les salaires et les bonus, qui refléteront les performances réelles et ne récompenseront plus les échecs a déclaré le premier ministre britannique Gordon Brown. La part variable du salaire des traders, dépendante du succès des opérations menées, pourrait ainsi être amoindrie, afin de diminuer les prises de risque irresponsables.

Quand aux Hedge Funds, des fonds d'investissements privés spéculatifs soumis à un contrôle quasi nul et accusés d'avoir précipité le krach boursier de l'automne dernier, ils seront désormais enregistrés et seront soumis à des contrôles, les états auront par ailleurs l'obligation de fournir des informations sur ses hedge funds à toute autre nation en réclamant, aucun pays n'échappant à ces règles, à la déception des paradis fiscaux.

Le Forum de Stabilité financière (FSF) sera par ailleurs dissout, afin de laisser place au conseil de stabilité financière (CSF), dont le pouvoir sera élargi. Tout comme son prédécesseur, le conseil veillera à la stabilité économique internationale afin de prévenir de nouvelles crises. Il diffère cependant du FSF sur deux points, puisqu'il concernera non plus 10, mais 20 pays, et verra son champ de compétence accru, se métamorphosant en un véritable organe international de contrôle et de régulation financière et économique.