02 décembre 2008
Le vote contestataire disputé
La crise économique et financière, qui sera supplantée dès 2009 par une crise sociale de grande ampleur, va indéniablement aviver un sentiment de colère et de protestation dans l'électorat français. Comme il en est coutume, les partis extrémistes seront traditionnellement en première ligne pour incarner le désespoir de cette classe sociale, désemparée et déçue par le quinquennat de Nicolas Sarkozy, qui au-delà de sa capacité (ou de son incapacité) à avoir tenu ses promesses, sera considérablement handicapé par la crise économique. Le vote contestataire avait d'ailleurs marqué un net reflux en 2007, témoignant de l'espoir porté en Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal qui incarnaient tous deux la nouvelle génération politique. Mais le climat économique conjugué aux querelles socialistes, ouvre à la voie à une progression certaine de l'électorat contestataire lors des prochaines échéances de 2012, annonçant ainsi un accroissement des scores obtenus par les partis extrémistes. Lors des trois dernières élections présidentielles, ce vote contestataire s'était principalement replié sur Jean-Marie Le Pen, délaissant un Parti Communiste sur la pente du déclin. Mais la montée en puissance d'Olivier Besancenot et le départ de la scène politique de Jean-Marie Le Pen pourraient bel et bien inverser la tendance...
Et puisque le malheur des uns fait le bonheur des autres, Olivier Besancenot ne peut que se frotter les mains en constatant les dégâts de la crise. Les fermetures d'usines, les licenciements et chômage technique ne peuvent être que bénéfiques pour le facteur neuilléen, qui fustige depuis son arrivée sur la scène politique le patronat voyou, le capitalisme dépourvu d'humanité et le libéralisme sans pitié. Un message qui ne peut être qu'apprecié en temps de crise financière, et où le dégout d'un certain "establishment" véhiculé par Olivier Besancenot trouve échos. Car si tout oppose idéologiquement ce trentenaire trotskiste au nationalisme et à la xénophobie de Jean-Marie Le Pen, il n'en est pas moins que ces deux extrêmes touchent le même électorat.
Depuis la création de la Vème république et cela jusqu'aux présidentielles de 2007, c'est toujours dans l'extrême que s'est exprimé le mécontentement d'une classe, défiant ainsi les partis gouvernementaux. Jusque qu'à l'avènement des années 90 et le déclin du bloc soviétique, le Parti Communiste détenait un certain monopole en la manière, incarnant à lui seul les luttes socialistes et les colères du peuple. La montée de l'insécurité, qui coïncida avec l'accroissement des flux migratoires, s'est chargé de réduire considérablement l'influence du PCF au sein de l'électorat contestataire, et cela au profit du Front National, dont le discours nationaliste et xénophobe trouva enfin un sens.
Or, la tendance semble aujourd'hui s'être renversé, du fait des récentes difficultés économiques. Il est désormais indéniable qu'Olivier Besancenot s'est posé comme un personnage phare de la vie politique du fait d'un certain nombre de facteurs extrêmement favorables au facteur trotskiste. Tout d'abord, la situation actuelle du Parti Socialiste se compare à celle du RPR lors de l'avènement du Front National. La ligne idéologique du PS tend à s'éloigner de celle de son extrême, tout comme le RPR, qui sous l'emprise de Jacques Chirac amenait à évoluer vers le centre. Il n'est donc pas inenvisageable que la branche socialo-communiste du PS aille voir chez le voisin Besancenot. Par ailleurs, le message d'Olivier Besancenot trouve échos en période de crise économique, aux dépends du Front National qui ne parvient pas à en tirer profit. Le reflux constaté lors des présidentielles et législatives 2007 ne pourrait de ce fait qu'empirer...
Par ailleurs, le Front National traverse actuellement une crise inédite dont certains aspects ne permettent plus d'ignorer l'éventualité d'une absence de représentants frontistes lors des prochaines échéances présidentielles. Tout d'abord, le départ prochain de Jean-Marie Le Pen, président depuis la création du mouvement, va entraîner une guerre de succession qui s'annonce musclée entre trois prétendants, dont la défaite pourrait amener à une scission avec le FN. Selon un sondage paru en septembre dans Valeurs Actuelles, 76% des sympathisants FN souhaiteraient que Marine Le Pen succède à la tête de son père. Un score plébiscite pour "la fille", qui, si elle parvient à prendre les rennes du Front National, devra cependant maintenir une unité fragile.
Or, le risque d'une dislocation du Front National est d'autant plus néfaste pour le parti frontiste que les difficultés éprouvées en 2007 par Jean-Marie Le Pen pour recueillir les 500 parrainages ne feront qu'empirer pour son successeur. En effet, plus de la moitié des élus ayant accordés leur signature à JMLP lors des élections présidentielles de 2007 n'ont pas vu leur mandat renouvelé lors des dernières échéances municipales. De ce fait, en cas de dislocation du FN, la multiplication des candidatures frontistes ne permettrait à aucun candidat issu du FN de se porter candidat. Pis, même si le schisme est évité, faute de réservoir de signature important, il n'est pas certain que le FN soit en mesure de présenter un candidat...
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23 novembre 2008
L'Edito d'Alex Joubert N°2
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22 novembre 2008
Aubry prend la tête d'un PS fracturé
Martine Aubry a été élue première secrétaire du Parti Socialiste avec une majorité aussi relative que discutable de 50,02% des suffrages, contre 49,98% pour sa rivale Ségolène Royal qui appelle à un nouveau vote. Les gardes rapprochées des deux candidates ont revendiqué chacune la victoire tout au long de la nuit, se fiant aux premières tendances, diffusées dès 23:50 et qui annonçaient une victoire de Ségolène Royal à 53%. Ces estimations ont été par la suite contestées dans le camp Aubryste, qui, dès 00h40 a revendiqué la victoire avec un millier de voix d'avance. Sont alors venues les premières contestations, émanant tout d'abord du royaliste Manuel Valls qui assure que nous ne nous laisserons pas voler cette victoire. Nous contestons les résultats dans le Nord de la manière la plus ferme. Gilles Pargneaux, président de la fédération PS du Nord répond immédiatement et se dit étonné de ces accusations, déclarant sur le plateau de BFM TV qu'il s'agit d'une réaction de mauvais perdant, de celui qui évite de regarder la réalité en face. Le camp Aubryste parle alors dès 4h30 d'une mince avance de l'ordre de quelques dizaines de voix en faveur de leur championne, des résultats confirmés par la direction du PS dès 5h41.
Au final, Martine Aubry est élue première secrétaire du Parti Socialiste avec une avance de 42 voix, qui renvoie de ce fait à mardi, date où se tiendra un Conseil National du parti, les questions de la validation ou non du scrutin ainsi que celle d'un éventuel nouveau vote. Ségolène Royal s'est en effet montré favorable à cette alternative, estimant qu'il était nécessaire du fait des contestations qui étaient apparues ici ou là sur la régularité des opérations de vote. Martine Aubry s'y est cependant montré opposé, estimant qu'un nouveau scrutin n'a pas de raison d'être.
Un résultat contesté
Le député de l'Essonne Julien Dray, soutien de Ségolène Royal, a estimé que les résultats étaient problématiques, il y a des choses qui ne collent pas. Il y a des contestations qui font qu'à ce stade, la seule solution possible, c'est de revoter , dénonçant notamment des dépouillements non approuvés par des scrutateurs. Des déclarations bientôt approuvées par Manuel Valls qui estime que l'absence d'un nouveau scrutin entrainerait au PS une fracture longue et durable, affirmant par la suite que le camp Royal contestera les résultats par tous les moyens politiques, juridiques et judiciaires. François Hollande, première secrétaire en poste, a lui réfuté toute idée de nouvelle consultation des militants, sauf si ce vote était marqué par des contestations très graves mettant en cause sa régularité.
Et pourtant, en termes de contestations, François Hollande peut être servi ! Tout d'abord, le sénateur de Moselle Jean-Marc Todeschini a annoncé dans la soirée que 12 voix avaient été malencontreusement attribuées à Martine Aubry au profit de Ségolène Royal, réduisant de ce fait l'écart entre les deux candidates à 18 voix ! En parallèle de cela, de vives contestations émanant du camp de Ségolène Royal ont été prononcés dans la journée au sujet des fédérations du Nord et de Seine-Maritime, la député Aurélie Filipetti estimant anormal que Ségolène Royal ait progressé dans la plupart, voire dans toutes les fédérations de France sauf dans ces deux départements. Le scrutin aux Bouches du Rhône aurait lui été entaché de diverses malversations, des militants ont en effet dénoncés que la fermeture des bureaux de vote dans des sections où Ségolène Royal n'était pas arrivée en tête lors du premier soit intervenue relativement tôt.
Le PS au bord du schisme ?
Du fait de l'animosité que porte le conseil national vis à vis de Ségolène Royal, (le conseil national a été désigné selon les scores obtenus par les motions, début novembre) il est fort probable que les résultats proclamant la victoire de Martine Aubry soient confirmés, faisant ainsi de la Maire de Lille la première femme à accéder au poste de premier secrétaire du Parti Socialiste. Son score relativement faible de 50,02% des suffrages va certainement se traduire en une marge de manoeuvre réduite au sein du bureau national pour la Maire de Lille, la contraignant à faire de Ségolène Royal une pièce incontournable de l'appareil socialiste. Cette situation risque d'amplifier les querelles de personne, sans que nul n'assure le leadership d'un parti dont la ligne politique reste encore très floue. La question de la cohabitation entre la gauche dure du parti et la tendance sociale-démocrate va bien entendu être traitée dans les prochains mois et pourrait aboutir vers un schisme que les cadres refusent actuellement.
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21 novembre 2008
PS : un dilemne Aubry/Royal
Ségolène Royal et Martine Aubry, telles sont les deux candidates arrivées en tête du suffrage des militants, jeudi, dans le cadre de l'élection du premier secrétaire du Parti Socialiste. L'avantage revient cependant à la présidente de la région Poitou-Charentes, qui a totalisé 42,4% des suffrages contre 34,7% pour la Maire de Lille. L'outsider Benoît Hamon a quand à lui du se contenter d'un score relativement faible, parvenant à ralier sur son nom moins de 22,8% des adhérents, témoignant des difficultés qu'il a éprouvé à séduire au-dela de la gauche du parti. Faute d'être parvenus à un score supérieur à 50% des suffrages, Martine Aubry et Ségolène Royal affronteront ce soir le vote des militants, qui se prononceront sur l'identité de leur nouveau premier secrétaire entre 17 et 22 heures. Les premiers résultats seront communiqués vers 1 heure.
Ségolène Royal, qui espérait réunir sur son nom plus de 50% des suffrages dès le premier tour, afin de s'offrir une légitimité que ne pourraient contester ses rivaux au sein du PS, n'a pas réussi son pari et se retrouve par conséquent dans une situation où sa victoire ne pourra s'obtenir qu'avec une marge d'avance assez faible. Martine Aubry peut en effet compter sur les soutiens de Benoît Hamon et de Bertrand Delanoë, dont les motions avaient obtenues 43% début novembre. En clair, Ségolène Royal a une large majorité des cadres socialistes à dos, et son élection au poste de premier secrétaire constituerait une performance remarquable. Reste qu'en cas de large victoire de l'ancienne candidate aux élections présidentielles , le PS risquerait de ne pas survivre à ce nouveau choc, et un schisme serait désormais envisagé avec réalisme. A l'inverse, si c'est avec une courte avance que Ségolène Royal l'emporterait, la nouvelle première secrétaire ne bénéficierait pas d'une majorité assez large pour étouffer les ambitions présidentielles des caciques du parti, et le PS risquerait fort de s'engager dans une nouvelle guerre des chefs.
En cas de victoire de Martine Aubry, c'est vers un ancrage à gauche que s'engagerait le PS, comme en témoigne la profession de foi de Martine Aubry où cette dernière souhaite que le PS devienne un parti fermement ancré à gauche; refusant de facto toute alliance nationale avec le MoDem. Un discours qui peut paraître étonnant lorsque l'on sait que lors des élections présidentielles 2007, la gauche n'a pu se targuer que d'un score de 36% des suffrages, 64% pour la droite. De plus, une victoire de Martine Aubry ne règlerait pas les conflits de leadership dont est victime le Parti Socialiste, la maire de Lille n'aspirant pas à un avenir présidentiel, c'est tout du moins ce qu'elle a maintes fois tenu de préciser.
Aubry/Royal, Royal/Aubry; les militants socialistes sont confrontés ce soir à deux visions de l'avenir, du PS bien entendu, mais aussi de la gauche française toute entière. L'encrage à gauche, où la création d'une nouvelle force de centre-gauche, c'est entre ces deux conceptions bien différentes que devront trancher les militants socialistes et ainsi jeter les bases de la nouvelle donne de la politique française.
21:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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