03 mars 2009

Le lithium est-il le pétrole du futur ?

bolivia_lithium_0116.jpg Si la presse internationale s'extasie régulièrement devant le cours du baril de pétrole qui s'est envolé de plus de 180% en cinq ans, celui du lithium a littéralement décollé : +857% sur la même période. Le prix de la tonne de lithium est ainsi passé de 350 dollars en 2003 à plus de 3000 aujourd'hui, témoignant d'un engouement international pour ce métal à la texture molle, présenté par certains comme le pétrole du futur.

Le lithium est effectivement utilisé pour concevoir les batteries lithium-ion, très légères, peu volumineuses, et dont la capacité de conduite d'électricité permet d'être utilisée dans le cadre d'automobiles électriques. Actuellement, les batteries lithium-ion ne sont utilisées que pour des appareils électroniques tels que portables et ordinateurs : la croissance des batteries lithium-ion a d'ailleurs pris des proportions vertigineuses ces dernières années : +50% de batteries lithium-ion dans les téléphones portables, +23% dans les ordinateurs portables. Les raisons de cet engouement ? La légèreté du lithium, un argument de poids face aux batteries nickel-métal hydrure, pourtant présentées il y a encore une vingtaine d'années comme batteries du futur.

Le lithium bolivien au coeur des convoitises
Si les batteries lithium-ion alimenteront plus tard nos automobiles, la Bolivie deviendra certainement le Moyen-Orient des prochaines décennies, un eldorado énergétique qui suscite beaucoup d'espoir au sein de ce pays de quelques 10 millions d'habitants. En effet, alors que 65% de la population vit sous le seuil de pauvreté et que l'indice de développement humain ne dépasse guère les 0,6 point, la Bolivie concentre sur son territoire plus de 70% des réserves mondiales de lithium, qui à défaut d'être aujourd'hui exploitées, suscitent nombre de convoitises.

bolloré morales.jpgLe groupe français Bolloré a d'ores déjà fait part de son intérêt pour le lithium bolivien, nécessaire à la commercialisation de sa "blue car", au même titre que les firmes japonaises Mitsubichi et Sumitomo. Depuis quelques temps, nous avons une proposition de la France, et il y a des experts dans le domaine du lithium pour construire des voitures avec des batteries au lithium avait affirmé le président bolivien Evo Morales, avant de se rendre en France pour entamer des négociations avec Vincent Bolloré. Les Etats-Unis lorgnent eux aussi depuis un certain nombre d'années sur le lithium de Bolivie, la société américaine Lithco avait d'ailleurs en 1990 commencé un travail d'extraction, avant que le nationaliste Gonzalo Sánchez de Lozada ne vienne l'empêcher.

Exploitation du lithium bolivien : un dilemme écologique
Mais le lithium bolivien présente une faille de poids, susceptible de ralentir la date de lancement de son exploitation. L'essentiel des réserves se trouvent en effet dans les bas-fonds du désert salé de Uyuni, vestiges d'un ancien lac d'eau de mer, merveille naturelle (voir photo) dont la destruction serait une conséquence inévitable de l'exploitation du lithium qu'il recèle.

Plusieurs associations environnementales se sont déjà dressées contre l'exploitation du désert d'Uyuni, ainsi que le secteur touristique local. Mais face à l'espoir de milliers de déshérites que véhicule l'exploitation du lithium et le travail qu'elle apportera aux populations locales, il sera difficile de parvenir à préserver cet édifice naturel somptueux. Aujourd'hui, rien ne certifie que le lithium d'Uyuni ne sera un jour exploité. Or, comme le souligne un économiste bolivien, si nous n’entrons pas dans la course maintenant, le marché trouvera d’autres solutions pour les besoins mondiaux de stockage de l’énergie.

Le lithium est-il une alternative au pétrole ?
extraction_lithium_46_5057b.jpgLe lithium abonde-t-il en quantité suffisante sur la planète pour palier l'épuisement des nappes de pétrole ? Les experts ne cessent de se contredire sur la question, mettant en doute la capacité du lithium à alimenter les batteries lithium-ion pour l'ensemble du secteur automobile mondial les prochaines décennies.

En effet, tandis que le gouvernement américain évalue les réserves mondiales de lithium exploitables à 11 millions de tonnes, un cabinet scientifique français a quand lui émis le chiffre de 234.000 tonnes, ce qui, en prenant compte du lithium utilisé dans les mobiles et portables, ne permettrait de consacrer que 31.000 tonnes aux futures voitures électriques, soit moins de 1,5 millions d'automobiles. Mais si l'on se base sur les estimations américaines, les réserves de lithium seraient amplement nécessaires à la fabrication d'automobiles pour plus d'un siècle. Difficile donc, de promouvoir le lithium au titre de pétrole du futur si aucune garantie n'est apportée quand aux réserves disponibles...

Dans les conditions actuelles, affirmer avec certitude que l'ensemble de nos automobiles fonctionneront dans les prochaines décennies avec des batteries lithium-ion relève de la supposition. L'hypothèse la plus crédible se trouve dans le développement des voitures fonctionnant aux bio-carburants, tandis que la voiture électrique lithium-ion ne sera que minoritaire dans le parc automobile mondial. Quand à la Bolivie, le statut de moyen-orient du XXIème qu'elle compte obtenir nécessite que l'exploitation du lithium qu'elle possède soit entreprise prochainement, au risque de voir des technologies plus modernes émerger. Nissan a d'ores et déjà annoncé travailler sur un modèle de batteries dont l'autonomie, de 500 kilomètres, serait trois fois plus puissante que les lithium-ion...

Cet article à été repris sur Yahoo!.

10 janvier 2009

Les heures sombres du régime Chavez

a.jpg Elu à la présidence du Venezuela il y a onze ans, puis confirmé dans ses fonctions à maintes reprises, Hugo Chavez ne se trouve pas moins affaibli à l'aube de cette année 2009, durant laquelle la crise économique devrait sérieusement mettre à mal son hégémonie politique. Le président vénézuélien risque par ailleurs d'être sujet à une érosion de sa côté de popularité et sera contraint d'adapter sa politique économique à la chute des cours du pétrole, élément moteur de l'économie vénézuélienne. Sur un plan politique, Hugo Chavez tentera probablement d'obtenir par référendum une révision de la constitution, lui permettant ainsi de briguer un nouveau mandat en 2013. Le succès d'un tel scrutin n'est cependant pas garanti puisque début 2008, lorsque Hugo Chavez avait déjà soulevé cette problématique, les électeurs s'étaient exprimés par un refus. Quels seront les évènements phares de cette année 2009 au Venezuela et quels éléments du bilan de Chavez seront mis en cause par la récession mondiale ? Enfin, le régime de ce dernier doit-il se préparer à des heures sombres. Éléments de réponse...

Une économie dépendante des cours du pétrole
La présidence d'Hugo Chavez, qui se vante d'avoir engagée une transition socialiste au Venezuela, a, au-delà de l'autoritarisme du locataire du palais de Miraflores, apporté au Venezuela une certaine prospérité économique. En effet, les années de récession de 1999,2002 et 2003 ont été supplantés par des taux de croissance particulièrement élevés (17% en 2004), dus à la flambée des cours du pétrole. Le Venezuela a en effet bati l'ensemble de son économie sur ses importantes réserves d'or noir, de façon que les bénéfices réalisés grâce au pétrole représentent 85% des exportations nationales et 50% des recettes gouvernementales.

chavez_orenoque.jpgCette dépendance a déjà montré ses aspects néfastes, notamment en 1999 où la chute des cours du baril (descendu jusqu'à 10,28$ en février, pour une moyenne annuelle à 17$) avait entraîné une récession de l'ordre de 7,2% du PIB. Mais dix ans après, l'administration vénézuélienne n'a toujours pas entamé de réforme permettant une dépendance du Venezuela vis à vis de l'or noir moins accentuée, menant par ailleurs une pétro-diplomatie basée sur le court-terme, en privilégiant la vente de barils à prix coutant à ses alliés sud-américains (Cuba,Nicaragua,Bolivie etc...) à une modernisation pourtant nécessaire des outils de production. (cf. le renouveau de l'amérique latine). Les risques pour le Venezuela dans les années à venir ? Des pertes d'extraction de l'ordre de 30% dus à des fuites et autres dysfonctionnements.

Des avancées sociales indéniables
Un des axes phares de la présidence d'Hiugo Chavez reste la révolution socialiste qu'il affirme avoir mené, en établissant un système de répartition des richesses qui a fourni ses preuves. L'enseigne alimentaire MERCAL fournit ainsi des produits de première nécessité à des prix netemment inférieurs à ceux du marché (27 à 39%), un programme bien entendu financé par les pétro-dollards de l'étât vénézuélien. Aujourd'hui, les centres d'alimentation MERCAL seraient au nombre de 15 000 sur le territoire vénézuélien. Le nombre d'enfants scolarisés a apr ailleurs grimpé de 369% entre 2000 et 2006 et le taux de pauvreté a régressé de 25% sur la même période, passant de 55,1 à 30,4%. L'accès à la santé a lui aussi été amélioré, grâce à un partenariat avec Cuba, qui expatrie des médecins au Venezuela, en l'échange de barils de pétrole à prix très avantageux. D'une manière plus globale, les dépenses sociales par personne du gouvernement vénézuélien ont augmenté de 314% en 8 ans, représentant ainsi 20,9% du PIB contre 8,2 entre 1998.

La fin de l'ère Chavez ?
61527-004-91D63A28.jpgCette politique sociale très interventioniste, qui a incontestablement porté ses fruits, n'en est pas moins basé sur un édifice économique très instable, puisqu'étroitement lié avec les cours du baril de pétrole. La chute des cours du pétrole, qui a vu le baril descendre de 144 à 70$ en l'espace de six mois, conjuguée aux prévisions tablant sur de nouvelles baisses en 2009 sont de mauvaises augures pour Hugo Chavez qui sera vraisemblablement contraint de revoir à la baisse la portée de ses programmes sociaux, entraînant de ce fait une chute de sa côté de popularité, de mauvaise augure alors qu'il souhaitait être reconduit dans ses fonctions en 2013, ce qui nécessiterait une réforme constitutionelle approuvée par réferundum.

Une érosion de la côté de popularité d'Hugo Chavez, aujourd'hui stabilisée aux alentours de 60% d'opinions favorables, pourrait être utilisée par les Etats-Unis tel un important moyen de pression, contraignant ainsi le président vénézuélien à raffermir ses positions sur la puissance américaine. En effet, derrière ses critiques belliqueuses vis à vis des Etats-Unis, Hugo Chavez cache une réalité économique qui fait des Etats-Unis le premier client mondial du Venezuela, qui dirige 58% de ses exportations en direction des Etats-Unis. Que diront ces derniers lorsqu'Hugo Chavez, désavoué par l'opinion, persistera dans ses attaques vis à vis de l'impérialisme américain ? Le leader populiste qu'il est devra alors contenir ses débordements médiatiques, et perdra ainsi l'âme qui l'avait jusqu'à présent confirmé dans ses fonctions. Les paris sont alors ouverts, Hugo Chavez gardera-t-il les rennes du pouvoir au dela de l'échéance de 2013 ? Rien n'est moins sur...