02 mai 2009

Front National : par ici la sortie

1655753495.jpgScores électoraux en nette régression, dettes impayées, changement (contraint) de siège : le Front National est embourbé dans une situation délicate, en passe de marginaliser le parti frontiste sur l'échiquier politique français. Il y a deux ans, au lendemain d'élections présidentielles qui avaient vu l'échec de Jean Marie Le Pen, cantonné à un maigre 10,44% des suffrages exprimés, nul n'avait osé prédire une telle descente aux enfers pour le FN. Le déficit de voix alors rencontré par Jean-Marie Le Pen s'était elevé à plus d'un million de bulletin par rapport aux échéances de 2002. Quelques semaines après, la déroute des élections législatives, où le score moyen des candidats FN ne s'était pas élevé au dela des 4,8% des suffrages (contre 11% en 2002), avait été suivi de la très faible performance réalisée par le FN aux échéances municipales, incapable de dépasser la barre du simple pourcent.

 

Une situation financière délicate

Conséquence directe de ces scores électoraux bien ternes, une situation financière délicate, entachée par une dette estimée à 8 millions d'euros, due majoritairement (6,3M) à l'ancien député européen Fernand Le Rachinel et créancier non rémboursé du FN. La déroute des législatives a effectivement conduit à une baisse de 60% des subventions publiques accordées au FN, qui a par ailleurs du s'acquitter des dettes des nombreux candidats frontistes n'ayant pas dépassé la barre des 5% aux élections législatives, condition nécessaire au remboursement des frais de campagne. Un an plus tard, lors des échéances municipales, les candidats frontistes s'étant retrouvé dans une situation identique avaient du s'acquitter eux-mêmes du remboursement de leurs frais, le FN, faute de moyens, s'y était refusé.

 

Aujourd'hui, le parti a sensiblement freiné son train de vie, déplaçant son siège à Nanterre au profit des 5200 mètres carrés du "Paquebot", vendu à une université de Shangaï pour une quinzaine de millions d'euros. Cette somme avait permis au FN de s'acquitter d'une partie de sa dette, mais n'avait pas empêché le lienciement de 20 des 60 employés du parti.

 

Besancenot et Sarkozy, bêtes noires du parti frontiste

Qu'elle soit politique ou financière, la crise traversée par le Front National ne semble pas passagère. Le climat socio-économique, propice à une vague de contestation, n'a pas bénéficié au FN et à Jean-Marie Le Pen, qui, selon un sondage OpinionWay-LeFigaro publié aujourd'hui, ne récolterait que 7% des suffrages exprimés si le premier tour des élections présidentielles avait lieu demain.

 

Pis, l'action controversée et impopulaire de Nicolas Sarkozy n'a pas amorcée le retour au bercail des anciens électeurs frontistes, confirmant l'éfficacité du "ratissage" des électeurs FN mené par l'actuel président lors de sa campagne présidentielle. L'image du ministre qui voulait "nettoyer la cité avec du karcher"n'a pas quitté Nicolas Sarkozy, lui assurant une certaine audience auprès des anciens électeurs frontistes.

 

En outre, le 21 Avril 2002 a choqué nombre de français, si ce n'est des électeurs FN eux-mêmes, qui avaient accordé leur bulletin à Jean-Marie Le Pen en simple signe de protestation, tout en se refusant à l'idée d'une participation au second tour du président du Front National.

 

Autre handicap rencontré par le FN, la mutation de l'électorat protestataire, qui s'exprimait jusqu'à alors par le biais du bulletin Jean-Marie Le Pen. Mais le contexte économique a favorisé l'extrême-gauche, particulièrement Olivier Besancenot, dont les critiques à l'égard du "capitalisme sauvage" et des "patrons voyous" ont trouvé un échos à l'heure où les parachutes dorés et stocks-options des grands patrons font polémiques. Ainsi, l'électorat contestataire, qui avait muté au profit de Jean-Marie Le Pen à l'aube des années 1990 et aux dépents du PCF emprunte désormais le chemin inverse et c'est le NPA qui symbolise désormais l'électorat contestataire, témoignage de la mutation d'une classe, qui ne fustige plus les "racailles du 9-3" mais "les racailles du XVIème".

 

La succession de Jean-Marie Le Pen au coeur des convoitises

Le départ annoncé de Jean-Marie Le Pen au poste de président du FN, d'abord prévu pour 2010 puis repoussé à 2011, amorcera une période délicate et inédite pour le FN, dont le succès d'antan fut le fruit du seul Jean-Marie Le Pen. La succession de ce dernier a d'ores et déjà laissé apparaître plusieurs brèches de divisions, Carl Lang a ainsi quitté les instances du FN pour fonder le Parti de la France, qui présentera une liste concurrente à celle de Marine Le Pen lors des élections européennes.

 

Cette dernière, favorite pour succéder à son père, a d'ores et déjà reçu le soutien de ce dernier, qui avait estimé dans une interview accordée à Valeurs Actuelles qu'elle n'est pas populaire que sur son nom. Il y a sa personnalité,son charisme. Elle est sympathique et passe très bien dans les médias. Récemment, un sondage réalisé auprès de sympathisants frontistes dégageait une large majorité en faveur de Marine Le Pen (76%), en vue de la succession de Jean-Marie Le Pen.

 

Marine Le Pen, qui a assuré vendredi sur l'antenne d'Europe 1 qu'elle serait belle et bien candidate au poste de présidente du FN, sera opposée à Bruno Gollnish, dont les critiques à son égard  ont été des plus virulentes, il lui avait ainsi fait porter la responsabilité de l'échec des présidentielles 2007, qui serait due à la campagne de dédiabolisation qu'elle avait menée.

 

Mais au-dela de l'identité du successeur de Jean-Marie Le Pen, c'est la capacité de survie du mouvement sans son leader fondateur qui pose question. Les excellents résultats enregistrés lors des différentes présidentielles depuis 1988 n'ont effectivement jamais été suivis par des performances similaires lors des élections intermédiaires, posant la question de l'aura du FN lorsqu'il évolue en l'absence de son leader. En outre, l'hypothèse d'une éventuelle absence de candidat frontiste lors des élections présidentielles de 2012 n'est pas à exclure, faute de parrainages sufisants. Les élections municipales de l'an dernier ont effectivement vu le renouvellement des mandats de seuls 250 des 535 maires ayant accordé leur parrainage à M.Le Pen en 2007. La scission avec Carl Lang, qui pourrait être suivi par Bruno Gollnish compliquerait alors la chasse aux parrainages...au grand bohneur de Nicolas Sarkozy ?

24 mars 2009

Européennes : la gauche radicale devancera-t-elle le PS ?

besancenotmélenchonbuffet.jpgC'est un des principaux enseignements du sondage Ifop sur les intentions de vote aux élections européennes du 6 et 7 juin prochain, la percée de la gauche radicale, qui bénéficie de la décridibilisation du Parti Socialiste, des perspectives sombres de l'économie mondiale, ainsi que des répercussions sociales de la crise. Le NPA, le Front de Gauche (PCF et PG), les Verts et Lutte Ouvrière rassemblent ainsi à eux quatre, 23% des intentions de vote, soit un score identique que celui du Parti Socialiste. Ce dernier accuserait 3% de retard sur l'UMP (26%), et, fait marquant, voit son score chuter de plus de 5% par rapport aux échéances européennes de 2004. Un affaiblissement marquant au vu de la position dans laquelle le Parti Socialiste aborde ces élections européennes, celui d'une formation en opposition à un exécutif aussi impopulaire que ne l'était le tandem Chirac-Raffarin à la même époque (43,5% d'opinions favorables pour Fillon et Sarkozy contre 44,5% pour Raffarin et Chirac). La crise économique et ses conséquences sociales ont pourtant crée une forte vague de mécontentement dans l'opinion, 75% des français approuvent ainsi la mobilisation du 19 mars face à l'action du gouvernement, selon un sondage BVA-Les Echos.

En 2004, les listes socialistes avaient réuni 28,9% des suffrages; le climat politique et social n'était pourtant pas différent d'aujourd'hui (taux de chômage de 9,2% contre 8% aujourd'hui), si ce n'est que les perspectives économiques étaient moins sombres, et l'exécutif tout aussi impopulaire en raison de nombreuses réformes avortées. A l'heure actuelle, l'ensemble des conditions semblent donc requises pour assurer au Parti Socialiste une performance égale, si ce n'est meilleure, que les 28% obtenus en 2004. Comment donc expliquer ces sondages défavorables, qui le place derrière le parti de la majorité ? Le score élevé qu'obtiendrait une gauche radicale réunie (23%; contre 15,9% en 2004) explique pour beaucoup ce désarroi, par ailleurs influencé par une décridibilisation du Parti Socialiste. Martine Aubry n'a pas réussi jusqu'à maintenant a panser les plaies du Congrès de Reims, et les guerres internes, remises au goût de jour à l'heure de l'élaboration des listes européennes, se sont hâtées de dégouter une branche de l'électorat socialiste du PS.

La confiance vis à vis du premier parti de France en termes d'élus s'érode ainsi de jour en jour. 76% des français estiment qu'il n'a pas de réponses face à la crise, et 39% pensent qu'il a des dirigeants de qualité selon un sondage IFOP-JDD. Les querelles intestines qui nuisent à sa crédibilité sont pour beaucoup dans cette défiance de l'opinion vis à vis du PS. La crise idéologique dans laquelle il est plongé constitue un autre élément défavorable en ces temps de crise, où les propos discordants des différents chefs de file ne permettre pas d'imposer une ligne claire. La cohabitation entre sociaux-démocrates et socialistes convaincus s'avère relever du surréalisme. C'est pourtant la situation dans laquelle le PS est embourbée, scindé en deux branches bien distinctes. L'une souhaite accomplir un virage vers la social démocratie jugé inéluctable au vu de la politique menée par les derniers gouvernements socialistes, l'autre souhaite que le PS s'ancre dans les fondamentaux d'antan (voir mon article sur la crise idéologique du PS).

manifestation_paris_2_8855b.jpgFace à la crise, le PS a perdu en légitimité, et voit ainsi la gauche radicale lui contester son autorité à gauche de l'échiquier politique. La radicalisation des mouvements contestataires et le dégoût vis à vis des patrons voyous, la "racaille du XVIème", deux phénomènes amplifiés par la crise sont exprimées avec plus de vigueur par la gauche radicale. La redistribution des richesses, l'interdiction des licenciements en cas de bénéfices sont des propositions qui ne peuvent être qu' appréciées alors que les fermetures d'usines se succèdent. La suppression de 655 postes par le groupe Total, dont les bénéfices ont excédé les 14 milliards d'euros l'an passé, se sont hâtées de mettre l'huile sur le feu. Et la gauche radicale, qui a fustigé des années durant le capitalisme sans règles ni morales s'en est retrouvé légitime.

Si les cinq formations de la gauche radicale pourraient devancer le Parti Socialiste, leur union reste inenvisageable. La proposition adressée à Olivier Besancenot de rejoindre un "front de gauche" n'a pas séduit le facteur trotskiste, qui préfère s'assurer son aura médiatique en faisant cavalier seul. La gauche radicale pourrait cependant s'inspirer de l'union de la famille écologiste, qui, au lendemain de la claque des présidentielles 2007 aborde ces échéances européennes dans une configuration inédite. Qui aurait pu croire que José Bové, Daniel Cohen-Bendit et Nicolas Hulot s'engageraient sous une bannière commune ? Les querelles de personnes ont été reléguées au second plan, et la question d'une candidature commune aux élections présidentielles 2012 est d'ores et déjà évoquée, les Verts pourraient alors céder la place à Nicolas Hulot. Un premier pas vers l'union de la gauche ?

01 mars 2009

L'Edito d'Alex Joubert N°5