05 novembre 2009

La Belgique s'accroche à Van Rompuy

large_824921.jpgDésormais favori pour occuper le poste de président permanent du Conseil Européen, le premier ministre belge Herman Van Rompuy, qui ne s'est pas encore exprimé en public sur la question, est tiraillé entre la formidable opportunité de se voir échoir la première présidence du conseil européen et la campagne trans-partisane en Belgique qui l'incite à poursuivre son mandat. S’il devient président de l’Europe, il nous manquera et nous serons face à un nouveau chapitre a estimé la présidente du parti chrétien-démocrate flamand CD&V Marianne Thyssen, dont est issu Van Rompuy. A gauche, même son de cloche. Le député européen socialiste francophone Marc Tarabella admet que le départ d'Herman Van Rompuy pour la présidence du conseil européen serait une grande perte pour le gouvernement fédéral. La presse a également pris parti, La Libre estimait ainsi dans son édition de lundi qu'il est un évident et incontournable facteur de stabilité. Effectivement, depuis son arrivée au 16 rue de la Loi en décembre dernier, cet homme de consensus est parvenu à apaiser les tensions entre flamands et francophones qui minent le pays, engageant une sortie de crise institutionnelle.

 

Depuis 2007, la Belgique ne parvient pas à rétablir un équilibre politique : l'écart de développement économique entre wallons et flamands croît d'années en années (taux de chômage de 6% en Flandre, contre 16 en Wallonie), au même rythme que les transferts fiscaux inter-régionaux : ainsi, la Flandre contribue à hauteur de 2 à 3 milliards d'euros annuels à la sécurité sociale wallonne ! L'agacement de trainer ce boulet est d'autant plus compréhensible que de 1850 (date de création de la Belgique) à 1967, ce sont les francophones qui dominaient l'activité économique belge, du fait de leur industrie florissante : en 1940, le taux de chômage s'élevait à 19% en Flandre contre 8% en Wallonie ! Les flamands étaient également marginalisés par cette Wallonie bourgeoise, cultivée, qui méprisait le flamand, considéré comme un vulgaire patois face à la "noblesse" du français.

 

En conséquence, les indépendantistes et régionalistes se sont fait de plus en plus nombreux au cours des dix dernières années, et, dans un but électoraliste, les partis politiques flamands ont entrepris de radicaliser leur discours : ils réclament un transfert des compétences fiscales et d'allocations (comprenant la sécurité sociale) de l'échelon fédéral à l'échelon régional. Hors de question pour les partis wallons, qui refusent d'avaliser une sixième réforme de l'Etat, conscients qu'affermir les régions aux dépens de l'état fédéral ne serait qu'un pas de plus vers la scission de la Belgique.

 

Depuis l'arrivée de Herman Van Rompuy au 16, le rétablissement de la pérennité politique du pays semble être sur une bonne voie. Son départ serait d'autant plus préjudiciable que nul ne semble disposer d'une légitimité suffisante pour lui succéder. Le CD&V, qui veut à tout prix garder le premier ministère en ses mains, n'a qu'Yves Leterme a proposer, mais l'impopularité de ce dernier met à mal sa candidature. La présidente du CD&V, Marianne Thyssen, qui n'a qu'un mandat de députée européenne à faire valoir sur son C.V, manque de légitimité. Du coup, le centre-droit francophone, le Mouvement Réformateur, se verrait bien placer son leader, le ministre des finances et des réformes institutionnelles, numéro 2 du gouvernement, Didier Reynders. Au risque de provoquer une fronde entre la droite francophone et flamande, replongeant le pays dans une crise institutionnelle...

29 octobre 2009

L'UE face à la concurrence des pôles régionaux

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A l'heure où l'approbation du Traité de Lisbonne est quasiment acquise, le processus de construction européenne pourrait être concurrencé par la formation, au sein du vieux continent, de nouveaux pôles régionaux. Face à une Union Européenne dont l'accroissement des prérogatives empiète sur la souveraineté nationale, les eurosceptiques voient dans la coopération régionale le moyen de palier le développement de l'Europe Communautaire. Ces organismes rassemblent, à défaut de l'UE, plusieurs états dont la proximité linguistique, culturelle ou historique favorise la mise en place de pareilles associations. Plongés dans une relative torpeur depuis quelques années, ces pôles régionaux occupent à nouveau le devant de la scène.

 

 

Au sud, la Yougoslavie ressuscitée

Au sud, en ex-Yougoslavie, l'amorce d'une coopération régionale avait été érigée dès 1999, où un Processus de Stabilisation et d'association (PSA) avait été instauré. Orchestré par l'Union Européenne qui souhaitait stabiliser la région, il avait pour mission de permettre aux états des balkans occidentaux de réunir rapidement les critères d'adhésion à l'UE en misant sur leur synergie. De plus, du fait d'accords bilatéraux, une zone de libre-échange avait été institué (sauf avec la Slovénie). La coopération régionale en ex-Yougoslavie n'est donc pas un phénomène récent.

 

En revanche, depuis 2008, sa finalité n'est plus la même. Auparavant censée permettre aux états d'ex-Yougoslavie de faciliter leur adhésion à l'UE, le dessein de la coopération inter-étatique est désormais plus centré sur la formation d'un nouvel acteur économique et politique, la "Yougosphère". La dissolution du PSA l'an dernier au profit d'un Conseil de Coopération Régional (incluant également l'Albanie, la Roumanie et la Bulgarie) incarne ce changement de mentalité, puisque la coopération régionale ne sera ainsi plus chapeautée par Bruxelles mais résultant de la volonté propre des états.

 

Ce conseil de coopération régionale a d'ores et déjà permit la formation d'un centre de pompiers commun à tous les pays d'Europe du Sud-Est, un projet auquel l'Europe n'a jamais réussi à aboutir, laissant à chaque état la gestion de ses propres soldats du feu. Pareille réussite incite donc les républiques d'ex-yougoslavie à intensifier la coopération, le premier ministre serbe Boris Tadic a d'ailleurs récemment souligné l'importance d'unir les entreprises d'ex-yougoslavie. Le conseil de coopération régionale exerce également des responsabilités en matière de lutte contre le crime organisé et la résorption des inégalités sociales. Et l'adhésion à l'UE apparaît presque comme secondaire...

 

 

Visegrad : l'ultime combat de Vaclav Klaus ?

Vaclav-Klaus_1213834c.jpgEn Europe Centrale, le Groupe de Visegrad réunit depuis 1991 la République Tchèque, la Slovaquie, la Pologne et la Hongrie au sein de cet organe de coopération régionale, qui s'offre une nouvelle jeunesse après plusieurs années de doute sur la pertinence de son existence. Sa création résultait effectivement de la volonté des pays d'Europe Centrale d'allier leurs efforts dans l'optique d'une adhésion à l'Union Européenne. Désormais, les quatre états ont tous rejoints l'UE en même temps qu'une majeure partie de l'ex-bloc soviétique en 2004, et le Groupe de Visegrad est devenu un accessoire.

 

Cependant, le président tchèque souverainiste Vaclav Klaus, qui se résignera très probablement à apposer sa signature au Traité de Lisbonne n'entamera pas pour autant une lune de miel avec l'UE et on peut s'attendre à ce qu'il trouve un nouveau cheval de bataille pour justifier sa lutte avec Bruxelles. Or, ce néo-libéral affirmé n'a que cesse de vanter les mérites du Groupe de Visegrad, qu'il considère comme le meilleur moyen pour faire entendre la voix des états d'Europe centrale. Fervent partisan d'une modernisation de l'organisme, Vaclav Klaus a d'ores et déjà soutenu des projets d'une chaîne de télévision Visegrad, de compétitions sportives communes ainsi que l'adoption de positions communes en matière de politique étrangère : en somme, faire de Visegrad un véritable acteur politique...et concurrent de l'Union Européenne.

 

Vaclav Klaus n'est d'ailleurs pas dépourvu d'alliés dans cette bataille : dans les quatres états membres du groupe de Visegrad, l'adhésion à l'UE n'a pas engendré les performances économiques espérées et l'euroscepticisme grimpe : ainsi, la Hongrie, avec seulement 39% de la population qui approuve l'appartenance à l'UE est le pays de l'Union Européenne où l'adhésion à l'Europe est la plus impopulaire. En Slovaquie, la coalition gouvernementale nationaliste-socialiste (sans mauvais jeu de mot) a, à l'instar de la République Tchèque, formulé une demande de dérogation quand à l'application de la Charte des Droits Fondamentaux, retardant à nouveau l'approbation unanime du Traité de Lisbonne.

 

 

Les pays nordiques gagnés par la nostalgie du nordisme

C'est sans doute la seule région d'Europe ou la coopération régionale est un phénomène de longue date. Les cinq pays nordiques que sont l'Islande, la Norvège, la Finlande, la Suède et le Danemark n'ont cessé à travers les siècles de développer des liens. En ce qui concerne l'Islande, la Suède, la Norvège et le Danemark, leur unité linguistique les a amené de nombreuses fois à se confondre au sein d'entités politiques : l'Union de Kalmar, préfigure d'une confédération monarchique rassemblait du XIV au XVIème siècle, l'ensemble des pays nordiques. Par la suite, le scandinavisme et le nordisme appelaient au XIXème siècle à la réunification des royaumes scandinaves et nordiques.

 

Nordic_Council_large.pngDans l'histoire moderne, les pays nordiques ont également été les premiers à élaborer un processus de coopération régionale : un Conseil Nordique a été mis en place dès 1952, qui, à l'image de l'UE, rassemble périodiquement les ministres de 5 pays nordiques dans le cadre de conseils des ministres particulièrement productifs : préfigurant l'Espace Schengen mais sur une plus petite échelle, l'Union Nordique des Passeports permettait dès 1958 à tous les citoyens des pays membres du Conseil Nordique de voyager librement à travers la région. Le Conseil Nordique a également initié dans certains pays comme en Allemagne, la fusion des ambassades de ses états membres au profit d'ambassades nordiques. Autre réussite, la compagnie aérienne scandinave SAS (Scandinavian Airlines System).

 

Aujourd'hui, à l'heure où les nordiques, dont l'euroscepticisme n'est plus à démontrer, s'apprêtent à concéder à nouveau quelque peu de leur souveraineté à l'Union Européenne, les eurosceptiques agitent la flamme de la coopération nordique. Les pays nordiques (dont deux sont restés en marge de la construction européenne) n'ont jamais acquis une véritable conscience européenne : la peur de voir leur cocon social-démocrate ébranlé. D'ailleurs, le nordisme redevient au goût du jour à l'occasion du bicentenaire de la séparation de la Suède et de la Finlande et la perspective de donner une nouvelle impulsion à la coopération nordique fait son chemin....au détriment à nouveau de l'UE ?

13 octobre 2009

Klaus et Cameron à l'assaut du traité de Lisbonne

Klaus cameron.jpgL'Irlande a désormais ratifié par référendum le Traité de Libsonne, et cela par une écrasante majorité (67,13%), suivie quelques jours après du président polonais Lech Kaczynski, suspendant ainsi la validation du Traité de Lisbonne à la volonté seule du président de la république tchèque Vaclav Klaus, qui oppose son refus à la promulgation d'un texte pourtant ratifié par le Parlement de Tchéquie.

 

Eurosceptique décomplexé, il a déposé un recours devant la Cour Constitutionnelle tchèque afin d'invalider le traité, tout en sachant les délais extensibles que s'octroie cette instance. Le recours de Vaclav Klaus est relatif à la Charte des Droits Fondamentaux, qui acquerra un statut juridique avec le Traité de Lisbonne et qui serait susceptible de permettre une révision par le Cour Européenne des Justices des décrets tchèques qui avaient permis l'expulsion et la confiscation des biens de 2,5 Millions de Sudètes accusés de collaboration avec le régime nazi au lendemain de la seconde guerre mondiale. Or, pour Vaclav Klaus, la République Tchèque doit négocier une dérogation; la garantie que le Traité de Lisbonne ne pourra pas conduire à l'abolition des décrets Benes nous sera ainsi donnée.

 

63723de8-5b82-11de-a982-ae9612fd9d31.jpgEn somme, le président tchèque souhaite retarder au plus tard le moment ou il lui sera nécessaire d'apposer sa signature au traité. Il espère tenir jusqu'au printemps, où le conservateur britannique David Cameron est quasiment assuré de devenir le nouveau locataire du 10 Downing Street. Or, cet eurosceptique convaincu (qui a amorcé la scission des Torries avec le PPE au Parlement Européen au profit d'un groupe nationaliste comprenant l'ODS de Vaclav Klaus) a d'ores et déjà promis aux électeurs qu'il organiserait un référendum sur le Traité de Lisbonne. Et l'euro scepticisme des britanniques, soucieux du maintien de leur souveraineté, ne laisse aucun doute planer sur l'issue du scrutin.

 

Cependant, David Cameron a subordonné l'organisation d'un réferundum au Royaumme-Uni au refus de Vaclav Klaus de signer Lisbonne afin d'éviter de froisser ses potentiels homologues européens qui s'activent pour contraindre Vaclav Klaus d'apposer sa signature dans les plus brefs délais, une fois que la Cour Constitutionnelle Tchèque se sera prononcé. Or, les moyens de pression ne manquent pas : sabordage de la candidature de Prague pour accueillir le siège de Galileo, vetos sur le nouveau commissaire tchèque... Dans une lettre, Cameron a sommé son allié tchèque de tenir jusqu'au départ des Travaillistes et de Gordon Brown. Pour le jeune conservateur, qui a fédéré une partie importante de son électorat sur sa promesse d'organiser un réferundum, une signature de Klaus serait un véritable coup de massue dans le cadre des législatives.

11 octobre 2009

Quand l'éducation nationale a peur du rouge

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Ni noir, ni blanc. La supposée impartialité politique de l'éducation nationale dans la conception des programmes ne serait-elle qu'une objectivité de façade  ? A la vue du chapitre d'histoire géographie consacré en classe de troisième à l'URSS de Staline, il est tout à fait légitime de s'interroger. Que le totalitarisme de Staline, le goulag et les conséquences tragiques de l'industrialisation pour les soviétiques soient dénoncés, oui car qui comprend les erreurs passées bâtit l'avenir. Que la théorie marxiste soit enseignée, oui car cela est nécessaire à la constitution de la culture politique de base attendue du futur citoyen. En revanche, qu'il soit demandé à l'élève de développer une argumentation visant à expliquer en quoi la volonté des marxistes de créer un "homme nouveau" est utopique, c'est nettement plus contestable. La réponse attendue était la nécessité anti-démocratique de formater l'être humain pour aboutir à ce zénith. Cette position est bien entendu recevable mais l'on aurait pu également défendre que l'apparition d'un homme nouveau nécessite certes un formatage de l'être humain mais peut en revanche permettre d'éradiquer les vices et la bestialité qui empoisonnent la nature humaine. Loin de moi la volonté de défendre cette vision mais nul ne peut la considérer comme irrecevable.

 

Demander aux élèves d'établir une critique de l'"homme nouveau" est d'autant plus aberrant qu'aujourd'hui encore, 12,13% des français votent en faveur d'un parti se réclamant du marxisme (en fonction des résultats obtenus par le Front de Gauche, le Nouveau Parti Anticapitaliste et Lutte Ouvrière aux élections européennes de juin dernier). Alors que ce chapitre sur l'URSS de Staline a pour mission de dénoncer le totalitarisme stalinien, on ne peut que s'étonner de pareille réprobation de l'opposition au régime capitaliste.

09 octobre 2009

Obama prix nobel : un choix contestable ?

000_Was2616942--469x239.jpgLe comité nobel a décerné aujourd'hui, à Oslo, au président des Etats-Unis d'Amérique Barack Obama le prix nobel de la paix, au nom de ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples. Cette distinction, obtenue seulement dix mois après l'investiture d'Obama peine à faire l'unanimité. Barack Obama en personne a avoué avoir reçu le prix avec surprise sans avoir l'impression que je mérite de me retrouver en compagne de tant personnalités qui ont transformé leur époque et qui ont été distinguées par ce prix. Effectivement, comme l'a souligné la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, le 43ème président des Etats-Unis doit moins cette récompense aux succès de sa diplomatie qu'à son discours, certes volontariste mais qui n'a guère contribué à la diffusion de la paix sur le globe. Effectivement, sur les trois dossiers prioritaires du président Obama, sa détermination n'a aucun cas abouti à une réelle amélioration sur le fond.


En Afghanistan, où durant sa campagne présidentielle Barack Obama avait faire part de sa volonté d'y délocaliser l'épicentre de la lutte contre le terrorisme, les alliés s'enlisent au point qu'une majorité d'américains réclament désormais un retrait des troupes. Effectivement, 953 soldats américains ont péri depuis le début du conflit en 2001 (dont 478 depuis 2008) et les alliés peinent à lutter efficacement contre une guérilla invisible, qui privilégie les actions sporadiques aux affrontements directs. Pour le général McChrystal, commandant en chef, les difficultés des alliés nécessitent l'envoi de renforts afin d'assurer la mobilisation nécessaire sur tous les fronts du pays. Or, ni les Américains qui ne sont plus que 39% à approuver la présence américaine en Afghanistan, ni les parlementaires, ne sont enthousiasmés par l'envoi de nouvelles troupes.

 

Quand au conflit israélo-palestinien, certes Barack Obama a orchestrée en septembre dernier une rencontre entre Benjamin Nétanyahou et Mahmoud Abbas mais rien n'a résulté de cet entretien, outre la photographie officielle. De plus, l'envoi de George Mitchell en émissaire spécial n'a produit aucun effet. Benjamin Nétanyahou, qui avait pourtant adhéré sous conditions en juin au projet d'établissement d'un état palestinien indépendant, refuse quand à lui de concéder la moindre miette sur le gel de la colonisation juive dans les territoires palestiniens, pierre d'achoppement à la poursuite du processus de paix.

 

actu-monde-Mahmoud-Ahmadinejad_articlephoto.jpgQuid du dossier iranien, où les tensions sont à leur paroxysme ? La réélection entachée de fraudes de Mahmoud Ahmadinejad, l'échec de la politique de la main tendue de Barack Obama et la découverte d'un nouveau site secret d'enrichissement de l'uranium ont amené Barack Obama à revoir sa copie et réclamer un durcissement des sanctions vis à vis de Mahmoud Ahmadinejad.

 

Au vu de l'absence de résultats de Barack Obama en matière de politique étrangère, il est donc légitime de s'étonner de l'attribution de pareille distinction au président américain. Il n'en reste pas moins qu'il marque un virage dans les critères de désignation du prix nobel de la paix : face à Helmut Kohl, favori, icone du rapprochement est/ouest et favori à l'heure du vingtième anniversaire de la chute du bloc soviétique, le comité a fait le choix de l'avenir et de l'initiative. Désormais, le poids qui pèse sur les épaules de Barack Obama est à l'image des attentes qu'il suscite...

21 septembre 2009

José Socrates en quête d'une majorité

socrates.jpgL’affirmation du Parti socialiste se fait au centre. Cette citation sans ambiguïté du premier ministre portugais José Socrates n'est qu'un reflet limpide de la politique réformatrice, au risque de paraître libérale, menée par ce socialiste depuis son arrivée au pouvoir en 2005. En ballotage favorable dans le cadre des élections législatives du 27 Septembre prochain, le PS étant crédité de 33,6% des suffrages contre 32,4% pour le Parti Social-Démocrate adverse (qui n'en a que le nom), José Socrates ne perçoit cependant qu'aujourd'hui les conséquences d'une politique qualifiée de droite par le Bloc de Gauche (alliance de mouvements marxistes et troskistes, a obtenu 10,72% aux élections européennes de juin dernier). En effet, pris au piège par le scrutin proportionnel à un tour, le PS, qui avait obtenu la majorité absolue en 2005, s'est d'ores et déjà vu signifier par le parti communiste et le bloc de gauche qu'une coalition serait hautement improbable. Difficile alors, d'établir une majorité avec moins de 33% d'intentions de vote...

 

 

Une politique de rigueur aux effets peu perceptibles

José Socrates fait ainsi les frais des réformes fortement décriées dans l'électorat populaire qu'il a entreprit durant son mandat. Face à la morosité économique portugaise, soumise à la concurrence de l'est, José Socrates avait imposé la rigueur dès son arrivée au pouvoir : il abroge le licenciement par accord mutuel pour les fonctionnaires, décrète qu'un départ sur deux ne sera pas remplacé dans la fonction publique et plafonne les pensions de retraite.

 

Il allonge également l'âge de la retraite et ne se prive pas d'amoindrir les pensions dans le cadre de départs anticipés. En outre, il a transposé la "fléxi-sécurité" danoise, où en contrepartie d'une réglementation moins astreignante des conditions de licenciements, le salarié perçoit une allocation chômage conséquente (jusqu'à 90% du dernier salaire).

 

Cette politique d'austérité a certes, permis de résorber les déficits publics (6% en 2005 contre 2,2% en 2008) mais n'a peu, voire pas, impacté les conditions de vie des Portugais. Le taux de chômage, qui s'élevait à 7,7% en 2005 cotoie désormais les sommets et concerne 9,3% de la population active, sachant que José Socrates s'était fixé pour objectif d'annihlier les conséquences de la crise économique, au cours de laquelle le taux de chômage avait quasiment doublé (4% en 2000 contre 7,7 en 2005).

 

 

La gauche gronde

jose_socrates-c400.jpgCette politique réformiste aux effets somme toute modestes s'avère problématique à l'heure des échéances législatives : le PS a perdu sa base électorale socialiste, déçue par l'orientation libérale du gouvernement et partie garnir les rangs du Bloc de Gauche, des Verts ou du Parti Communiste. Aux élections européennes, ces mouvements radicaux ont cumulé 21,36% des suffrages contre 26,53% pour le PS.

 

Des rassemblements populaires monstres ont récemment ébranlé le gouvernement, tel qu'en avril 2007 où 200 000 salariés avaient manifesté leur mécontentement au palier du Conseil Européen. Pis, le personnel de l'éducation nationale, traditionnelement acquis au Parti Socialiste n'affiche désormais plus aucune sympathie pour son leader, José Socrates. La volontée affichée du premier ministre de "dégraisser le mammouth" pour reprendre la formule de Claude Allègre a révolté le corps enseignant, également opposé à la réforme de l'éducation nationale, qui implique fermetures de petits établissements et heures de travail plus soutenues. Il y a un an, 80% des enseignants du pays avaient consitutés un cortège monstre au coeur de Lisbonne !

 

Au sein même du Parti Socialiste, des voix se sont élevées pour réclamer une réorientation de la politique gouvernementale. Figure historique du socialisme portugais, Mario Soares avait ainsi jugé incroyable qu'un Parti socialiste soutienne un représentant du Parti populaire européen (PPE) et surtout José Manuel Barroso [à la tête de la comission]. Tête de liste socialiste aux élections européennes, Vital Moreira avait lui aussi déploré le socialisme de façade de M.Socrates.

 

 

Un retour aux sources improvisé

Face à la gronde de l'électorat socialiste, José Socrates a improvisé un virage à gauche qui peine à convaincre, en témoigne la défaite des échéances européennes (26% contre 31 pour le PSD). José Socrates n'a donc pas lésiné sur les moyens, quite à saborder les efforts budgétaires consentis ces quatre dernières années. L'allocation familiale de rentrée, jusqu'alors réservée aux ménages modestes, a été généralisée à tous les foyers et un fonds d’investissement en immobilier locatif a été mis en place, afin d'épauler les bas salaires dans le payement de leurs arriérés.

 

Son programme, rendu public début août, faire large place à des mesures d'inspiration socialiste : allocations pour les plus démunis, développement des chantiers publics etc... Lors du débat télévisé qui l'opposait au social-démocrate Manuela Ferreira Leite, José Socrates a d'ailleurs entrepris un net recentrage à sa gauche, se positionnant en faveur du mariage homosexuel quand, quatre ans auparavant, il refusait de prendre position sur le sujet pour contenter l'électorat centriste, clé du scrutin. Aujourd'hui, la crise étant passé par la, les rapports de force ont évolué, et c'est à sa gauche que José Socrates doit s'assurer un capital de voix.

02 septembre 2009

L'Islande au défi de l'Europe

583644_photo-1247854588203-1-0.jpgL'Islande et ses quelques 320 000 habitants ont abordé la saison estivale avec la satisfaction du travail accompli  : l'Althing, le parlement monocaméral de cette île frappée de plein fouet par la crise économique, a autorisé par une courte majorité (33 voix contre 28) la premier ministre Johanna Sigurdardottir a déposer la candidature de l'Islande à l'Union Européenne, légiférant ainsi sur la mesure phare du programme des sociaux-démocrates.

 

La question de l'adhésion à l'Islande à l'UE, jusqu'à alors exclue par les différentes forces de l'échiquier politique a été mise à l'ordre du jour au lendemain de la crise financière de l'automne 2008 : les trois premières banques du pays (Landbanski, Glitnir et Kauphting) ont dues être nationalisées faute de liquidités, les taux d'intérêt se sont élevés à plus de 20% et la couronne islandaise a perdu la moitié de sa valeur par rapport à l'euro.

 

Aujourd'hui, les conservateurs du Parti de l'Indépendance comme les sociaux-démocrates en passant par le Mouvement Vert de Gauche se sont accordés sur la nécessité d'adopter la monnaie unique afin de subir moins sévèrement une telle crise financière. Cependant, le premier et le troisième souhaiteraient négocier avec Bruxelles une adoption de l'euro sans adhésion, malgré un premier refus catégorique.

 

Une indépendance chèrement acquise

L'adhésion à l'UE ne rencontre effectivement guère d'opinions positives. Le réferundum, qui tranchera la question à l'issue des négociations d'adhésion risque d'être particulièrement disputé. Ce relatif eurosceptisme est à mettre sur le dos du caractère insulaire de la société islandaise : la faute à une histoire trouble qui a donné un caractère si cher et si précieux à la notion d'indépendance.

 

Kalmar.jpgEffectivement, depuis sa fondation en 930, l'Islande, l'"Ile de Glace" n'a connu que 397 années de souveraineté pour 682 d'occupation étrangère ! La Norvège a pris le contrôle de l'île de 1262 à 1383, date où l'Union de Kalmar (rassemblement de la suède, de la norvège et du danemark) s'est formée, laissant place au Royaumme de Danemark-Norvège puis le Royaumme du Danemark à partir de 1814 avant que les Britanniques et les Américains n'occupent l'Islande dès 1940 jusqu'à la déclaration d'indépendance de 1944.

 

L'Islande craint de voir sa souveraineté entamée...

On comprend via ce bref historique l'importance qu'accorde l'Islande à l'indépendance et à la souveraineté. Or, face aux prérogatives accrues de l'Union dans nombre de domaines, le spectre du fédéralisme inquiète la toute jeune islande. De plus, au vu de sa faiblesse démographique (avec 320 000 habitants, la population islandaise représente moins de 0,06% de la population européenne), l'Islande craint d'être marginalisée au sein de l'Union.

 

Le risque de voir l'anglais gagner en importance au profit de l'islandais inquiète également un pays où la conservation du patrimoine lingustique possède une signification toute particulière. Les invasions étrangères ont en effet entravé une modernisation de l'islandais, la population ayant recours à des introductions de mots étrangers (danois principalement), dégradant de facto la pureté de l'islandais, musée lingustique à part entière puisque n'ayant subi que très peu de modifications depuis le XIIème siècle ! Afin d'éviter de nouvelles introductions de mots étrangers, les gouvernements successifs ont donc mis en place des comissions de terminologie qui assurent la perpétuelle modernisation et la pureté de la langue islandaise .

 

...et la santé du secteur halieutique déchoir

Mais au-dela de ces aspects historiques et affectifs l'adhésion de l'islande à l'Union Européenne rencontre des problématiques moins superficielles. Effectivement, la crise économique ayant mis à plat le système bancaire, la pêche est redevenu le premier secteur d'activité. Or, les conditions d'adhésion à l'UE exigent la libre circulation des navires communautaires au sein des espaces maritimes nationaux, permettant ainsi aux 27 états membres d'accéder aux ressources halieutiques islandaises. De plus, les quotas drastiques imposés par Bruxelles ne réjouissent guère les Islandais, qui seraient également contraints de cesser la pêche de baleines.

 

Cependant, ce point litigieux sera à priori le seul et unique à enrayer le bon déroulement des négociations, les conditions économiques, budgétaires et financières étant d'ores et déjà respectées pour l'Islande, adhérente à l'Espace Economique Européen. Quoi qu'il en soit, l'insularité conjuguée au fort ressentiment national islandais et les conditions sévères fixées par Bruxelles nous empêchent à l'heure actuelle de présenter l'Islande comme le 28ème état européen...

04 juin 2009

L'éternel ennemi d'El comandante

fidel-castro-2-2_1176758069.jpgFidel Castro franchira-t-il le cap de la deuxième décennie du XXIème siècle ? Rien n'est moins sur tant le Lider Maximo multiplie les signes de santé inquiétants depuis sa crise intestinale, intervenue à l'été 2006. Grandement affaibli par l'opération qu'avait nécessité cette altération, Fidel Castro avait été contraint de transmettre les rennes du pouvoir il y a un an et demi, à son cadet Raul. Quand je suis tombé gravement malade la nuit du 26 et à l'aube du 27 juillet, j'ai pensé que ce serait la fin avait affirmé Fidel Castro un an après sa crise intestinale, au cours d'une longue série d'entretiens, censés témoigner de la ferveur intacte du révolutionnaire. Effectivement, l'aggravation de son état de santé n'a pas altéré la virulence de son discours à l'égard des Etats-Unis : il n'avait ainsi pas manqué de décocher une nouvelle pique aux services de renseignements américains, affirmant qu'ils vérifient n'importe quelle personne qui se présente à l'entrée de ma porte. Depuis sa prise de pouvoir en 1959, Fidel Castro n'a cessé d'attiser l'attention des Etats-Unis d'Amérique, un fait d'arme dont ne peut que s'enorgueillir le chef d'état d'une île de moins d'onze millions d'habitants. Le feuilleton US-Castro n'aura cessé d'animer la politique internationale du siècle dernier, avec la crise des missiles comme point d'orgue d'une relation conflictuelle ayant traversé les décennies. A l'heure de l'apaisement, retour sur un demi-siècle de tensions US-Castro...

 

 

Le jeune Fidel Castro, sous le charme des états-unis d'Amérique

Le Cuba dans lequel Fidel Castro a évolué tout au long de sa jeunesse est entièrement dépendant des Etats-Unis : la capitale, La Havane, où il évoluera à partir de l'âge de 13 ans, au collège de Belém puis à l'université d'avocat, est une terre propice au jeu et au défoulement pour les classes supérieures américaines, de façon que La Havane de 1940-50 est à juste titre mise en relation avec l'actuel Las Vegas. Maisons closes et casions florissent tandis que la dépendance de Cuba vis à vis des Etats-Unis prend une ampleur à la limite de la décense : 4/5 de la production sucrière est exportée à destination des USA, la proportion est identique s'agissant des produits importés en provenance des Etats-Unis. Quand aux firmes américaines, elles contrôlent l'immense majorité des services publics cubains et sont en charge de la gestion de la totalité de l'exploitation de brut.

 

matthews_castro_in_NewYork_1960.jpgFidel Castro a fréquemment décrit la lente évolution de sa conscience politique vers le marxisme-léninisme, et, plus précoce, vers l'anti-impérialisme. Il avoue ainsi sans retenue qu'Ernesto Guevara avait acquis nettement plus rapidement que lui une culture révolutionnaire. Cette lente maturation idéologique explique la fascination qu'éprouve le jeune Fidel Castro vis à vis des Etats-Unis. A 10 ans, il félicite dans une lettre le président Franklin Roosevelt pour sa réelection, en le priant, en vain, de lui adresser un billet d'un dollar, dont il rêve de connaître la physionomie. Par la suite, c'est à New York qu'il entreprend son premier voyage de noce, financé par sa belle-famille bourgeoise : le futur barbudo est sous le charme de la cité new-yorkaise.

 

Face aux menaces implicites d'assassinat, formulées par le dictateur alors au pouvoir Batista, Fidel Castro fuit au Mexique en 1955. C'est ici qu'il rencontre Ernesto Guevara, avec qui, associé à l'actuel chef d'état cubain Raul Castro, ils formentent le projet de guérilla qui les hissera au pouvoir en 1959. Faute de moyens, les futur guérilleros se hatent de partir en quête de financements. Influencé par l'image de prospérité régnant aux USA qu'il a entretenu tout au long de sa jeunesse, Fidel Castro achète à crédit un billet d'avion à destination des Etats-Unis. Il arpente trois mois durant le voisin nord-américain, en vue de collecter des fonds. Son charme, associé à un charisme certain, lui permettent de rassembler près de 9000 dollars. Quatre ans plus tard, Fidel Castro et ses guérilleros renversent le régime dictatorial de Batista... La fascination de Castro pour les Etats-Unis subsiste-t-elle encore ?

 

 

Tentatives infructueuses de cohabitation

fidelcastro01.jpgEn 1959, au terme de plus de trois années de guérillas, les barbudos parviennent enfin à se hisser au sommet de l'état cubain, portés par la ferveur populaire. La position de Fidel Castro vis à vis des Etats-Unis, bien qu'affirmant être fortement opposé au modèle social américain, est celle d'une cohabitation pacifique  si ce n'est coopérative. Le développement de Cuba est impossible si l'entente avec les Etats-Unis n'est pas assurée affirme Fidel Castro au lendemain de sa victoire,  ajoutant que la couleur de sa révolution ne sera ni bleue ni rouge mais vert olive, en référence aux couleurs des uniformes guérrileros. En outre il entreprend un voyage diplomatique aux Etats-Unis, en 1959, durant lequel son discours suivi par 30 000 personnes témoigne d'une popularité certaine : au lendemain de l'arrivée de Castro au pouvoir, Cuba semble engagé dans une cohabitation pacifique avec les Etats-Unis.

 

Les Etats-Unis se montrent cependant très réticents à l'idée d'une pérennisation de Fidel Castro à la tête de Cuba : à quelques jours de la victoire des guérilleros, ils tentent d'organiser des élections présidentielles, qui, dépourvues de légitimité ne sont pas prises en compte par le peuple. Avant même toute prise de contact avec Fidel Castro, la CIA envisage un assassinat du guérillero. Par la suite, les premières mesures du gouvernement castristes, et tout particulièrement la réforme agraire, qui contraint les propriétaires terrains à renoncer à leurs exploitations au-dela de 405 hectares, mettent en péril les grands monopoles américains, au grand dam de l'administration Kennedy.

 

C'est en 1960 que le divorce intervient : face au refus évident des Etats-Unis de coopérer avec Fidel Castro et la nouvelle donne qu'il propose de faire émerger, Cuba se réfugie dans les bras de l'URSS. Un accord quiquennal est signé entre les deux parties, l'URSS se doit d'acheter 5 millions de tonnes de sucre à Cuba tandis que l'île doit désormais importer son acier et ses machines-outils en provenance d'URSS. Les Etats-Unis tombent des nues d'autant plus que s'ajoute à cela une provocation insupportable de Fidel Castro, qui, en voyage à New York dans le cadre d'une réunion de l'ONU, élit domicile dans un hôtel du Harlem...réservé aux personnes de couleur noire !

 

 

Guerre militaire, guerre économique et guerre verbale

fidel-castro.jpgLa maturation idéologique de Fidel Castro s'achève probablement aux alentours de 1961 : à la révolution vert olive se subsiste la révolution marxiste-léniniste, comme en atteste à la télévision, en décembre 1961, Fidel Castro lui-même. Je le reconnais avec fierté et conviction, je suis marxiste léniniste et je le resterai jusqu'au dernier jour de ma vie affirme alors le chef d'état cubain. Castro n'a alors qu'un seul objectif certes quelque peu utopique en tête : humilier et surtout devancer le système capitaliste américain. Première réussite : le débarquement de la baie des cochons, opéré par la CIA en dépit de la réticence exprimée par John Kennedy, se solde par un échec cuisant pour les Etats-Unis : munis de 7 avions, non seulement les officiers cubains l'emportent mais ils font près de 1200 prisonniers !

 

Un an plus tard, éclate la crise des missiles. Des cargots en provenance d'Union Soviétique se dirigent dès juillet 1962, à destination de Cuba, transportant des fusées atomiques. Dupés, les Etats-Unis croyent à des armes défensives. Une mission photo menée par le commandant Heyser permet en octobre 1962 de prendre conscience de l'installation de fusées atomiques à Cuba, dirigées en direction des Etats-Unis.

 

Eclate alors une crise tripartite entre l'URSS, Cuba et les Etats-Unis. Au terme d'une dizaine de jours de négociation au bord de la guerre nucléaire, une voie de résolution semble se dégager. Castro jauge alors le moment opportun pour abattre un avion US, sous prétexte que ce dernier violait l'espace aérien cubain. Tous les efforts de conciliation semblent alors vains mais les USA comme l'URSS passent outre l'incident. Le conflit se règle entre deux des trois béligérants, Castro étant mis à l'écart. Ce dernier, fou de rage, se montre vivement opposé à l'accord trouvé. Castro estime les contreparties accordées à Cuba en l'échange du retrait des missiles trop faibles, et, il n'est pas parvenu à son objectif : déclencher une guerre mondiale, capable d'anéantir les Etats-Unis. Dans une lettre adréssée au président d'Union Soviétique Kroutchev, il fait clairement part au dirigeant russe de ce souhait.

 

Au lendemain de cette crise diplomatique historique, Cuba est soumis à un contraignant blocus économique des Etats-Unis, ce qui accroit sa dépendance à l'URSS. La volonté de Fidel Castro et d'Ernesto Guevara est de bâtir la société de l'homme nouveau, employé par l'état dans des coopératives, avec l'égalité salariale absolue, en supprimant les incitations matérielles. Cette société communiste s'oppose en tous points avec l'ennemi américain : Castro conserve son objectif quelque peu utopique en tête de devancer les Etats-Unis en instaurant une société marxiste-léniniste à Cuba.

 

Les premiers échecs se font grandement sentir : la suppresion des incitations matérielles et un travail non intéréssé conduisent à un absentéisme de l'ordre de 20%, un taux qui grimpe jusqu'à 50% dans la région de l'Oriente ! Notre illusion a été de croire que notre société pouvait d'un seul coup se transformer en une communauté où se chacun se comporterait de manière irréprochable sur le plan éthique et moral concède Fidel Castro face à cet échec cuisant et restaure dès 1969 un certain nombre d'incitations matérielles : la machine cubaine repart de plus belle, sans que le régime n'en fasse acte, au risque d'avouer implictement que le système capitaliste est nettement plus productif que le système communsite.

 

Toujours dans le même objectif que de devancer à terme les Etats-Unis d'Amérique en instaurant une société pérenne et enviée, Fidel Castro souhaite s'imposer comme un acteur majeur sur la scène internationale, et engage les troupes cubaines en Angola. Les Etats-Unis font preuve de leur opposition à cette aide militaire, ce qui irrite au plus haut point Fidel Castro : de quelle base morale dispose un pays qui a ses troupes sur tous les continents pour justifier sa position sur les troupes cubaines en Angola ?

 

La conciliation impossible

Le rêve de Fidel Castro s'éteint avec la chute de l'Union Soviétique. L'économie cubaine était basée sur un système semblable au troc, avec le bloc communiste et tout particulièrement l'URSS. Pourtant, Fidel Castro accentue sa politique communiste et refuse la conciliation avec les Etats-Unis, qui serait interprêtée selon le Lider Maximo comme l'abdication du système communiste face au capitalisme, tout cela, en dépit d'une récession de l'ordre de 30% en 1992 et une chute du pouvoir d'achat des cubains de plus de 70% entre 1991 et 1994. Bref, la conciliation entre les USA et Cuba n'interviendra pas tant que Fidel Castro ne s'en ira point sous d'autres cieux...

20 mai 2009

Le fascisme guette-t-il l'Europe ?

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Adolf Hitler arpentant tel un héros les avenus berlinoises. Le triomphe de la marche faciste sur Rome de 1922. L'apogée du sauveur Salazar en 1928, plébiscité par l'ensemble des Portugais. Nombre d'enquêtes en témoignent, une large majorité d'européens ne croient plus à la reviviscence de ces figures facistes, qui se sont imposées en Europe de 1922 (Prise de pouvoir de Benito Mussolini en Italie) jusqu'à 1976 (Révolution des Oeillets au Portugal). Ce sont des arguments liés à l'inculcation de cette histoire moderne par l'entourage familial ou médiatique qui sont avancés afin de justifier cette position, également influencée par la pérennisation de nos systèmes démocratiques. Récemment, le film du réalisateur allemand Dennis Gansel, La Vague, (inspiré de faits réels) a taché d'exposer le manque de crédibilité de ces arguments. L'enracinement dans la nature humaine du besoin d'appartenance à un groupe, ce sur quoi se sont basés nombre de mouvements nationalistes, nous empêche d'affirmer avec certitude que l'expérience totalitaire, connue par nombre de pays européens le siècle dernier, ne peut se réediter au sein de notre vieux continent. Par ailleurs, d'autres phénomènes sociétaux similaires à ceux ayant précédé l'émergence des régimes fascites se reproduisent étrangement. Malgré ce que l'on pourrait qualifier d'insouciance de la part des européens, doit-on craindre l'émergence de nouvelles formes de facisme ? C'est tout du moins ce que laissent entrevoir plusieurs éléments...

 

Deux crises économiques successives propulsent Hitler à la tête de l'Allemagne 

medium_hitler_2.jpgEn 1919, au lendemain de la première guerre mondiale, les membres de la Triple-Entente infligent à l'Allemagne de graves sanctions militaires mais également économiques : l'Allemagne doit s'acquérir d'une dette de plus de 132 milliars de marks (près de 67 milliars d'€, une somme extrêmement conséquente à l'époque) et ne peut plus réclamer de droits de douane relatifs aux marchandises transportées sur l'Elbe, le Rhin et l'Oder. En outre, c'est un empire colonial de plusieurs centaines de kilomètres carrés comprenant la Namibie, le Cameroun,  la Tanzanie, le Burundi et le Rwanda dont doit s'affranchir l'Allemagne.

 

Ce panel de sanctions précipite l'Allemagne dans une inéluctable crise économique : la dette à l'égard des Alliés, principalement la France, ne peut être remboursée. En conséquence de cause, la France s'approprie les industries du Ruhr, portant un nouveau coup à l'économie allemande, et s'attire la haine des voisins outre-rhin. Dans Mein Kampf (1923) , Hitler perçoit ce ressentiment à l'égard de la France, qu'il qualifie d'ennemie mortelle du peuple allemand. Pourtant, c'est une autre crise économique qui va propulser Hitler au sommet de l'état...

 

Effectivement, l'Allemagne connaît une embellie à partir de 1923, bénéficiant de l'arrivée de capitaux américains. Ces investisseurs font cependant marche arrière lors du krach boursier de 1929, replongeant l'économie allemande dans la récession : le chômage touche près du tiers de la population, au grand dam des classes moyennes qui subissent de plein fouet la crise économique. L'adminsitration ne parvient pas à établir de projet concret et les différentes combinaisons politiques se hatent de discréditer l'éfficacité publique C'est cette deuxième crise économique qui va excéder l'Allemagne...et propulser Hitler au sommet de l'état. Le parti nazi voit son score multiplier par 5 entre les élections législatives de 1928 (2,6%) et 1930 (18,3%) !

 

Le désordre politique et social dans lequel était embourbé l'Allemagne a incontestablement favorisé Adolf Hitler, lui qui promouvait l'établissement d'une société d'ordre et sécuritaire. Par ailleurs, face au désespoir causé par deux crises économiques successives, celui qui allait devenir le "Führer" ne cessait de prêcher en faveur de la préférence nationale et de l'expulsion des immigrés de l'est, accusés de voler l'emploi allemand. L'ordre, la sécurité et un patriotisme forcené assurèrent à Hitler une majorité (ou plutot une minorité suffisament forte pour assurer seul la gouvernance, 40%)  sur laquelle il s'assit près de douze ans...

 

Mussolini tire profit de la désorganisation interne et de la déception de Versailles

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En 1921, lorsque Benito Mussolini s'impose comme le vainqueur incontesté des échéances législatives, c'est une ascension monumentanée à la quelle assiste médusée le reste de l'Europe : en deux ans, les rangs du mouvement facistes avaient été multipliés par 15. Les raisons de cette victoire éclair résident en deux points : la déception liée au Traité de Versailles, qui n'a pas assuré le redressement économique du pays, à la quelle s'ajoute une profonde désorganisation interne. Effectivement, les conséquences de la première guerre mondiale pour l'Italie sont désastreuses : la Grande Guerre a coûté la vie a plus de 650 000 soldats, auxquels s'ajoutent le million de blessés et 600 milliers de disparus. En outre, la dépréciation de la lire, une forte inflation (450%) et une dette qui culmine avec les sommets se hâtent de plonger l'Italie dans un profond marasme économique.

 

Effectivement, le Traité de Versailles n'a pas produit les effets escomptés en Italie, puisque n'ayant pas également réparti les compensations accordées aux Alliés, particulièrement entre la France et l'Italie. Naît alors en Italie le sentiment de ne pas autant profiter d'une situation que ses partenaires, la France en l'occurence, ingrédient nécessaire à l'établissement d'un régime nationaliste...

 

Par ailleurs, la crise économique attise le mécontentement des classes populaires, qui mènent plusieurs révoltes à l'aube de l'année 1919: des tentatives d'expropriation de terres, d'entreprises ou d'industries par des ouvriers, ont lieu en coordination avec des grèves et pillages à répétition. C'est dans ce contexte que les socialistes obtiennent la majorité aux élections législatives de 1919, sans parvenir à mettre un terme au cafouillage généralisé qui règne dans le pays.

 

Or, les classes moyennes commencent à s'impatienter face à l'impasse politique et économique dans laquelle les grèves à répétition ont mené l'économie italienne, une exaspération dont Benito Mussolini n'hésite pas à tirer profit. Ce dernier, dépourvu de véritable identité politique, comme en témoignent ses nombreux revirements de position, n'hésite pas à déclarer nous nous permettons le luxe d'être aristocrates et démocrates, conservateurs et progressistes, réactionnaires et révolutionnaires, légalistes et illégalistes, selon les circonstances, le lieu et le cadre dans lequel nous sommes contraints de vivre et d'agir. Ainsi, face à la crainte des classes moyennes d'une pérennisation des conflits sociaux et d'une révolution communiste, Mussolini, qui met un terme par la force à la grève générale d'août 1922, s'impose comme le seul recours, capable de restaurer l'ordre et l'autorité.

 

Les éléments qui font douter l'Europe 

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En temps de crise, il est tout à fait légitime de s'interroger : doit-on craindre l'émergence de facismes du XXIème siècle ? Si la récession mondiale était amenée à se poursuivre ces prochaines années, il est fort possible que le creusement des inégalités qu'elle impliquerait ne pourrait que favoriser des formations semblables aux partis facistes du siècle dernier. Le mécontentement des classes populaires se traduira probablement par une recrudescence des mouvements sociaux et des séquéstrations de patrons, au grand dam des classes moyennes et supérieures, crantives face à cette désorganisation de la société, et donc en quêtes d'un leader autoritaire et strict, capable d'assurer le maintien de l'ordre. Un sentiment de déjà vu ?

 

La comparaison avec Benito Mussolini et Adolf Hitler ne s'arrête pas la : tout comme l'Italie en 1920, qui éprouvait le sentiment de ne pas autant profiter que la France du Traité de Versailles, la large majorité (65%) des européens estiment que leur pays n'a pas su aussi bien profiter des potentiels avantages offerts par l'UE que les 26 autres états membres. Dans un registre similaire, une enquête révèle que 42% des européens approuvent la politique de l'UE tandis que moins de 32% approuvent la politique de leur éxécutif national. Meilleure considération de l'Europe ? Ou n'est-ce pas plutôt le témoignage d'un sentiment de l'affaisement de la puissance nationale ? C'est en tout cas sur ce ressenti que s'était notament basé Hitler pour accéder au sommet de l'état...

26 avril 2009

Arctique : eldorado géopolitique ou massacre écologique ?

6a00d83451957369e200e54ff1fb498834-640wi.jpgAlors que le réchauffement de la planète menace, à terme, de modifier profondément nos sociétés, c'est la région Arctique qui est la plus touchée par le phénomène. Les chiffres parlent d'eux même, la banquise fond à une allure vertigineuse en Arctique, menaçant une biodiversité particulièrement fragile en raison du faible nombre de maillons dans la chaîne alimentaire arctique. En 30 ans, la banquise a effectivement régressé de 4 millions de km2, sachant que sa superficie s'élevait à 8 millions de km2 en 1979. Cette fonte s'avère d'autant plus problématique que la banquise possède un effet miroir,renvoyant 90% des rayons du soleil qu'elle reçoit, tandis que l'océan absorbe ces radiations. La fonte de la banquise aboutit par conséquent à un réflechissement moins efficace des rayons du soleil, l'océan absorbe ainsi une chaleur inhabituelle, réchauffant les eaux de l'océan et par conséquent, la banquise, condamnée à pénétrer dans un cercle vicieux, dont l'issue reste imperceptible. Si la tendance observée ces dernières années suit la même évolution, la banquise Arctique pourrait disparaître en été à l'horizon 2040-2060.

L'ours polaire, symbole d'un écosystème bouleversé
Les ours polaires feront partie de l'Histoire et nos petits-enfants ne les verront plus que dans les livres affirme un responsable WWF. Cette phrase mesure tout l'ampleur du danger auquel doivent faire face les ours polaires, menacés à terme, d'extinction, en raison de la fonte de leur habitat, la banquise arctique. Cette fonte poussent effectivement certains ours à passer l'été sur la terre ferme, où ils manquent cruellement de nourriture et s'aventurent dans des zones urbaines où ils sèment la panique. A terme, si la superficie de la banquise poursuit sa chute, l'ours polaire rencontrera en hiver des problèmes similaires à ceux qui se limitent actuellement à la seule saison chaude.

Récemment, les 5 états (Russie,Etats-Unis, Canada, Danemark, Norvège) recensant des ours polaires sur leurs territoires se sont réunis pour la première fois en 30 ans, sans que cette rencontre n'aboutisse sur quelque mesure concrète. La classe dirigeante internationale n'en reste pas moins consciente du problème : contre 22.000 ours blancs aujourd'hui, seuls 9000 fouleront le sol arctique en 2050.

Par ailleurs, la chaîne alimentaire du monde Arctique s'avère particulièrement étriquée, rendant extrêmement préjudiciable toute extinction. Certaines espèces ont d'ores et déjà subi le bouleversement de l'écosystème, qui a amorcé la venue d'espèces venues du sud assure le professeur Louis Fortier, avant d'ajouter que la pénétration des saumons du Pacifique en Arctique est de plus en plus fréquente. Dans la baie d’Hudson, la morue est peu à peu remplacée par le capelan de l’Atlantique. Déconcertées par cette tendance, des espèces plus visibles telles que le phoque ou l'ours polaire doivent procéder à une évolution de leurs modes de vie.

Les inuits contraints de remettre en question leur mode de vie
chasse-aux-phoques_940x705.jpgSi le monde animal subit de plein fouet la fonte de la banquise arctique, les quelques quatre millions d'individus y vivant, en majorité inuits, vont eux aussi être victimes du réchauffement climatique. Tout d'abord, la chasse du phoque, pratique à laquelle s'adonnent nombre d'Inuits, risque d'être fortement compromise par la déperdition du nombre de phoques (qui suit la courbe des ours polaires) : les autorités internationales prendront inévitablement la décision de réévaluer à la baisse les quotas de chasse jusqu'à une interdiction définitive.

Or, la chasse du phoque apporte nombre de ressources aux Inuits, qui utilisent non seulement leur viande mais aussi leur fourrure ainsi que leur graisse, à la base de l'huile qu'ils produisent. Par ailleurs, certaines espèces marines, dont le nombre décroît au fil des mois, se verront probablement attribuées le statut d'espèce en voie de disparition et il sera impossible pour les Inuits de poursuivre leur activité de pêche. Or, la chasse et la pêche représentent 80% de l'activité économique inuit !

Ces perspectives inquiétantes vont contraindre les populations inuit à une mutation radicale de leur mode de vie, la fonte des glaces ouvrant cependant nombre de nouvelles possibilités: premièrement, les pêcheurs ne renonceront pas à leur activité étant donné que de nouvelles espèces maritimes font et feront leur apparition, tandis que la fonte des pôles va permettre de développer profondément le secteur énergétique (voir paragraphe ci-dessus) et par conséquent offrir de nombreux emplois aux générations futures. Le potentiel énergétique arctique pourrait par ailleurs servir de prétexte à la création d'un état inuit, solution consensuelle au "conflit" (voir dernier paragraphe) qui va certainement opposer les grandes puissances du bassin arctique...

Un nouvel eldorado énergétique
Face à ce constat saisissant, la relative inaction des autorités internationales peut être interprétée comme un certain contentement face à la fonte de la banquise, qui va permettre d'accéder aux nombreuses ressources énergétiques contenues par le pôle. On estime à 25% des réserves mondiales non découvertes la quantité de pétrole contenue en Arctique, soit quatre années de consommation mondiale actuelle affirme l'ingénieur Yves Mathieu.

Les deux zones les plus "riches" sont celles à proximité de l'Alaska (Etats-Unis) et de la Russie. On estime effectivement que l'ensemble des ressources pétrolières d'Alaska amortiraient quatre ans de consommation aux Etats-Unis. La Russie, elle, concentre énormément de réserves gazières en Arctique, et cherche d'ores et déjà de nouvelles réserves au delà de ses eaux territoriales. Quand au Canada, il se montre intéresse pour prendre possession des importantes réserves potentielles de diamant.

Une voie maritime au coeur du commerce mondial de demain ?
QACTU_IMG_ZOOM.jpgAu delà des réserves énergétiques que contient l'Arctique, cette zone pourrait bien devenir le poumon des échanges internationaux de demain, la fonte de la banquise permettant effectivement aux navires de circuler par le grand Nord. Entre l'Europe et l'Asie, le canal de Suez ne sera désormais plus une étape obligatoire, tandis que pour effectuer le chemin inverse, Panama va perdre de son utilité. Pour les cargos, la fonte de la banquise va permettre d'économiser 40 à 60% de temps de voyage, auquel s'ajoute les coûts en hydrocarbure et en droits de passage à Panama et à Suez.

Une guerre froide géostratégique
Cette formidable opportunité énergétique et stratégique a d'ores et déjà aiguisé l'appétit de 5 puissances frontalières avec l'Arctique que sont le Canada, les Etats-Unis, la Russie, la Norvège et le Danemark. La réglementation internationale a effectivement institué que les états côtiers peuvent réclamer la création d'une ZEE (Zone Economique Exclusive), qui leur assure le libre droit d'exploitation d'une zone marine n'excédant pas les 370,4 km au delà de leurs côtes continentales. Les états peuvent cependant demander à l'ONU une extension de leur ZEE, en se basant sur des arguments concrets. Seul 36% du monde marin est sous administration d'un état, le reste étant compris dans les eaux internationales, ou nul ne peut exercer d'autorité.

L'extension de la ZEE a d'ores et déjà été réclamé par la Russie, qui s'est basée sur des études géologiques tendant à prouver que la dorsale de Lomonosov est en réalité rattachée au plateau continental russe. Moscou a fait de la question Arctique une priorité, l'administration russe avait d'ailleurs réalisé un coup médiatique de grande échelle au mois d'août 2007, en plaçant un drapeau russe par sous marin sur le point le plus profond de l'océan arctique, une première dans l'histoire. Dans sa volonté de prendre possession de la région, les Russes ont basé en Arctique une flotte militaire, la plus conséquente de la région.

La détermination russe n'en reste pas moins contestée par les autres nations revendiquant une extension de leur ZEE en Arctique, le ministre des Affaires étrangères canadien avait d'ailleurs affirmé que nous ne sommes pas au XVe siècle. Vous (les russes) ne pouvez pas parcourir le monde, planter des drapeaux et dire nous revendiquons ce territoire. Le Canada n'en reste pas moins impliqué dans la bataille pour l'Arctique puisqu'il revendique les zones maritimes de l'Archipel arctique canadien, considérées comme des eaux internationales. La Norvège, quand à elle, a déposé voila trois ans une requête visant à étendre sa ZEE sur trois points. Par ailleurs, le Danemark, via le Groenland, a tout comme la Russie revendiqué la dorsale de Lomonosov comme extension de son territoire. Cependant, les Groenlandais se dirigent lentement vers l'indépendance, prenant conscience du potentiel économique que leur confère la fonte de la banquise.

Face à cette guerre froide de l'Arctique, l'ONU aura-t-elle les moyens de trancher en toute transparence ? A priori non tant les belligérants ne semblent pas prêts de lâcher l'affaire. Seule issue de secours, la création d'un état inuit, éventualité peu évoquée par la classe dirigeante internationale car si naturelle. Reste que les populations doivent prendre conscience du potentiel qui est le leur...

Cet article a été repris à la une d'AgoraVox.

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