07 mars 2010

Alvaro Uribe sur le départ, la Colombie tourne une page

8f1e45ea-a814-11dc-83af-93b89d0978cf.jpgLe président colombien Alvaro Uribe ne pourra pas se porter candidat aux élections présidentielles du 30 mai prochain, la Cour constitutionelle colombienne ayant décidé, à 9 voix contre 2, d'invalider le projet de loi suspendant à un référendum la possibilité pour Alvaro Uribe de briguer un troisième mandat. Élu à deux reprises dès le premier tour, avec 53% des suffrages exprimés en 2002, et 62% en 2006, ce populiste, qui a fondé sa popularité et sa notoriété internationale sur ses diatribes sécuritaires et sa lutte acharnée contre les FARC, après huit ans de présidence (un record de longévité en Colombie) s'apprête donc à passer la main et c'est un pays tout entier qui tourne une page. L'homme de la "sécurité démocratique" a bouleversé l'échiquier politique colombien en mettant fin à l'alternance entre le Parti Conservateur et le Parti Libéral, qui rythmait traditionnellement la vie politique colombienne depuis 1886. Son mouvement, El Partido de la U, crée dans le seul but de le servir a donc mis fin à l'hégémonie des deux mouvements traditionnels mais sa pérennité est loin d'être assurée sans son leader naturel.

 

Alvaro Uribe est une exception. Une exception dans cette première décennie du XXIème siècle, où l'Amérique Latine a basculé au rouge. Au rouge clair certes, avec Michel Bachelet, Fernando Lugo et Lula mais au rouge carmin avec Hugo Chavez, Rafel Correa et Evo Morales. Cette décennie sud-américaine à gauche, qui touche à sa fin comme en atteste la victoire au Chili de Sebastian Pinera, aura donc du cohabiter avec la Colombie d'Uribe et les tensions entre Caracas et Bogota auront atteint leur paroxysme ces dernières années. Relations diplomatiques suspendues, menaces de poursuites judiciaires devant la Cour Pénale Internationale, accusation de participer à l'élaboration d'un coup d'état : Hugo Chavez et Alvaro Uribe auront huit ans durant, mené une véritable guerre froide.

 

Uribe_Bush_2.jpgEn matière de politique internationale, Alvaro Uribe aura mené une étroite coopération avec les Etats-Unis, en dépit des réticences de ses homologues sud-américains. Le "Plan Colombie" du président Bush a contribué à hauteur de 5 milliards d'euros, ainsi que l'envoi d'hommes, dans la lutte contre les narco-traficants. L'intervention américaine en Colombie s'apparente à une véritable guerre de l'ombre. L'été dernier, les deux états ont signé un accord portant sur sept bases militaires colombiennes dont la gestion serait assurée par les Etats-Unis, dans le but officiel d'intensifier la lutte contre les FARC et les narco-traficants. Coup d'éclat de Caracas, qui fustige, preuves à l'appui, un accord permettant également à l'aviation américaine de survoler et d'espionner le sous-continent.

 

La lutte contre les narco-traficants et les FARC n'a cessé d'être le dossier prioritaire de la présidence d'Alvaro Uribe. Son héritage personnel n'y est pas étranger : son père a été assassiné par les FARC lorsque ces derniers ont pris d'assaut sa ferme en 1983. L'an dernier, dans une interview à l'Express, il assurait ne pas être habité par l'esprit de vengeance : si j’avais l’esprit de vengeance, je n’aurais pas été candidat à la présidence. Elu en 2002 à la faveur d'un discours sécuritaire, Alvaro Uribe a amorcé le déclin de la guérilla initialement habitée par des idéaux marxistes, qui ne compterait plus que 8000 combattants sur les 30 000 acquis à sa cause en 1960. La politique d'incitation à la désertion a porté ses fruits et Alvaro Uribe revendique 8000 désertions durant son mandat : des chiffres qui seraient cependant légèrement surévalués. Les FARC n'ont pas pour autant rendu les armes : ils détiendraient environ sept centaines d'otages et poursuivent les coups d'éclat: l'assassinat, fin février, du gouverneur Luis Francisco Cuellar par strangulation, en est le meilleur exemple. Mais l'assassinat de Raul Reyes, le N°2 de la guérilla, qui est intervenu quelques mois après le décès du leader fondateur des FARC, Manuel Marulanda, ont profondément affaibli le mouvement, et la libération de la meilleure arme des FARC, Ingrid Betancourt, a été un véritable coup de poignard, d'autant plus qu'elle a été obtenue à la faveur de guérilleros achetés par l'armée colombienne.

 

farc048n1mun-1.jpgLe président colombien s'est également attelé à l'éradication des narco-traficants : la Colombie reste le premier producteur mondial de cocaïne et cette politique s'inscrit en parallèle de la lutte contre les FARC qui sont intimement liés avec la production  de cocaïne. Mais l'entreprise d'Alvaro Uribe a été un échec : les cultures de coca ont augmenté de plus de 26% en 2007 selon l'ONU. De plus, les méthodes employées par l'armée colombienne sont loin de faire l'unanimité : en aspergeant à l'aide de pesticides les champs de coca, les cultures agricoles des paysans locaux sont également aspergées et détruites par la même occasion, précarisant une population rurale qui vit dans une zone de non-droit, où l'état peine à imposer sa loi et prendre le pas sur les guérilleros.

 

Enfin, le scandale des paramilitaires aura éclaboussé la présidence d'Alvaro Uribe sans mettre à mal sa côte de popularité, qui s'est maintenue tout au long de son second mandat entre 70 et 85% d'opinions favorables. Les enquêtes d'opinion assuraient d'ailleurs un plébiscite au réferundum qui, si il avait été approuvé par la cour constitutionelle, aurait permis de trancher quand à la possibilité pour le président de briguer un nouveau mandat. Les paramilitaires, présents en Colombie depuis les années 80, ont dévié de leur mission initiale, et leur combat contre les FARC s'accompagne d'atrocités commises contres les civils, et leur lien avec l'exportation de cocaïne n'est plus à démontrer. Les "paras" sont accusés d'exproprier violemment des paysans colombiens de leur terres, qu'ils s'approprient par la suite. Alvaro Uribe a moyenné le retrait de "paras" contre des peines clémentes : d'où les révélations qui ont abouti en 2006 au scandale de la parapolitique. Accusé d'avoir reçu l'appui des paramilitaires  pour obtenir son élection en 2002, Alvaro Uribe n'aura pas été le seul à avoir été impliqué dans le scandale des paramilitaires, mais c'est toute la classe dirigeante colombienne qui fut mise en cause. Son cousin, Mario Uribe, avec qui il a partagé les hauts et les bas de sa carrière politique, a été écroué, comme des dizaines de députés, qui, comme le président, sont accusés d'avoir eu recours aux paramilitaires pour faire pression sur l'électorat.

23 janvier 2010

Quand la Chine sera obèse

obese.jpgConséquence de la croissance économique vertigineuse auxquels les chinois nous habituent depuis une dizaine d'années et de la transition brutale vers une société de consommation, une hausse sans précédent du nombre d'obèses est constatée en République populaire de Chine. Ainsi, les mégalopoles comptent près de 20% de mineurs obèses et 10% d'adultes. La Chine compte ainsi 200 millions de personnes en surpoids et près de 100 millions d'obèses, des données qui tendent à la hausse : depuis 1992, ces chiffres ont grimpé de 39% et 97%. L'obésité touche tout particulièrement les jeunes, où le nombre de cas a plus que doublé en l'espace de quatorze ans (+156%). Chaque année, 1% des hommes deviennent obèses selon la China Health and Nutrition Survey.

 

Or, c'est dans les grandes mégalopoles que ce phénomène s'avère problématique : les villes chinoises comptent 13% d'obèses contre 3% en zones rurales ! La source du problème est très bien identifiée : sédentarité, fast-foods et l'automobile : un Chinois ayant une voiture a 80 % plus de risques de devenir obèse qu'un autre sans véhicule souligne une étude gouvernementale. Dans l'Empire du Milieu, KFC et McDo font figure d'envahisseurs : le nombre d'enseignes augmente de 20% par an. La politique de l'enfant unique favorise également cette tendance : plusieurs rapports d'organismes de santé ont noté que les parents choyaient d'autant plus leur enfant lorsqu'il était unique, et ne lui refusaient pas les artifices de la société de consommation (sodas, hamburgers, jeux vidéos). L'alimentation chinoise réputée pour sa sanité est confrontée à l'émergence des fasts foods, des plats surgelés et la mal-bouffe a envahi les rayons à bas prix, rendant victime les foyers modestes. Il y a 20 ou 30 ans, le repas habituel était beaucoup moins gras en partie parce que l'huile était rationnée. Aujourd'hui, sans le savoir, les gens consomment davantage de calories par repas souligne un diététicien chinois à un média français.

 

La question est d'autant plus problématique que le transition alimentaire est si brutale que les crises cardiaques augmentent de manière vertigineuse, particulièrement chez les 30-40 ans. Les prévisions prévoient également une croissance de l'ordre de 72% du nombre de diabétiques dans l'Empire du Milieu à l'horizon 2025. S'ajoute des cas d'hypertension et de crises de foie constatés en plus grand nombre. Or, les autorités gouvernementales ont jusqu'alors préféré investir dans la lutte contre les maladies infectieuses qui croissent pourtant trois fois moins rapidement que l'obésité.

 

En parallèle, l'obésité génère l'activité d'un nouveau marché, dédié à la perte de poids : à Pékin, pour 2000 yuans, des séances pour maigrir sont proposées. Des camps d'un mois sont également proposés, et malgré des tarifs rebutants (1850 dollars), le succès est au rendez-vous. Le directeur d'un camp de minceur, qui proposait une thérapie de 42 jours pour 14 000 yuans, (sachant que le salaire annuel moyen est de 17 00 yuans en Chine) assurait à ChinaToday que les participants à ce camp ne sont pas des gens qui gagnent un salaire élevé. Ils appartiennent à tous les groupes d’âge et viennent de tous les milieux de la société. Le chiffre d'affaires en 2009 du secteur diététique et de la minceur avoisinait les 7,5 milliards de dollars, soit une croissance de 400% en cinq ans ! Des colonies de vacances où les enfants se consacrent à des activités physiques éprouvantes fleurissent également. Et les pilules minceurs et les crèmes maigreur occupent désormais les rayons, après l'approbation récente du gouvernement...

15 janvier 2010

Le mur en chute libre ?

nicosie-la-chute-du-mur-3_456.jpg A Chypre, où subsiste le dernier mur du continent européen, les espoirs de le voir chuter prochainement sont légitimes : la politique de réconciliation menée à l'initiative du président de la république de Chypre (soit la partie grecque, au sud) Demetris Christofias, a porté ses fruits, et une réunification de l'île au courant de l'année 2010 n'est pas hors de portée. Nous, au Nations unies, considérons que Chypre est l'un des problèmes à pouvoir être réglé en 2010 a récemment estimé Alexandre Downer, envoyé spécial de l'ONU à Nicosie. En ce moment même, M.Christofias et le président de la république turque de Chypre nord M.Ali Talat, qui se connaissent et s'apprécient pour avoir milité sous la même bannière, poursuivent les négociations en vue d'une réunification. Selon le quotidien chypriote O Phileleftheros, des décisions seront prises à l'issue des dix prochains jours où les deux présidents s'entretiendront à six reprises.

 

En quelques mois, la situation s'est renversée : l'élection en février de 2008 du communiste Demetris Christofias à la présidence de Chypre, qui avait accordé une large place à la question de la réunification dans sa campagne, a incontestablement impulsé la reprise du dialogue. En avril 2008, les chypriotes grecs ont ouvert un point de passage en centre-ville de Nicosie, à l'aide de machines de chantier, avec l'accord des autorités turques (voir photo). Le "no man's land", qui sépare les deux communautés, une zone démilitarisée et inoccupée de plusieurs centaines de mètres, véritables vestiges du conflit de 1974 (voir ci-dessus) (les habitations, criblées de balles,  ayant été laissées en l'état) a été ré-humanisé pour la forme, ou un semblant de vie humaine a été orchestré.

 

Pourtant, il y a cinq ans, nul n'aurait imaginé possible la réunification de l'île. Sous l'égide de Kofi Annan, les négociations n'avaient abouties sur aucun accord, et les deux parties avaient sommé les électeurs de trancher, la république de Chypre et la république turque de Chypre-nord étant amenées à se prononcer sur le plan Annan, qui prévoyait la création d'un état confédéral. Or, si les chypriotes turcs avaient adopté le plan de l'ancien secrétaire général de l'ONU à plus de 64,91% des suffrages (et ce malgré le désapprobation de Rauf Dentkash, alors président de la république), les grecs l'avaient rejeté en masse avec 75,83% des suffrages exprimés. La faute à un texte jugé trop favorable aux turcs (nationalité chypriote accordée aux colons turques, retour au domicile contraignant voire impossible pour les grecs expulsés par l'armée turque en 1974), trop contraignant pour les grecs (possibilité de mettre sa flotte aérienne à disposition de la PESC à la condition d'un accord préalable de la Grèce et de la Turquie, obligation de soutenir la candidature d'Ankara à l'UE) et difficilement compatible avec la juridiction européenne (Chypre sera membre de l'espace Schengen et ne pourra accepter de fait que la frontière de Chypre Nord avec la Turquie ne soit pas ouverte, ce que refusent les Turcs, et ce qui inclut de fait le maintien d'une frontière entre les deux entités chypriotes).

 

Or, au cœur de la question chypriote, c'est la partie nord, l'entité turque, qui fait figure de victime. Soumis à un blocus qui fait de la Turque son seul pays fournisseur, le PNB par habitant des chypriotes turques (désormais en minorité du fait de l'exil forcé par Ankara de « colons » turques) est quatre fois inférieur à celui de leurs voisins grecs (4590 € au nord contre 18 390€ au sud). De plus, il est clair que sa volonté est de voir émerger un consensus, en atteste le plebiscite obtenu par le plan Annan. Il ne faut pas oublier que les chypriotes turcs payent l'invasion de la partie nord par l'armée Turque en 1974 en réponse au... coup d'état des colonels grecs. La part de responsabilité de la communauté turque dans le confit est égale à celle des grecs. Or, ce sont les premiers qui payent les pots cassés...

02 janvier 2010

La Grande Albanie, poudrière dans les balkans ?

albanaissource.jpgNeuf ans après la fin des conflits en ex-yougoslavie, la mosaïque ethnique que constituent les balkans sud, semble se diriger tout droit vers l'Union Européenne et la stabilisation. Certes, certains points chauds font l'objet de bisbilles entre états, comme le cas de la Bosnie-Herzégovine ou de la Baie de Piran, mais ne constituent pas une menace sérieuse, susceptible de bouleverser l'équilibre régional. En revanche, la question de la "Grande Albanie" ou "Albanie ethnique" ressurgit depuis la déclaration de l'indépendance du Kosovo, en février 2007. Effectivement, au lendemain de la seconde guerre mondiale, l'Albanie s'était résolue à l'intégration des minorités albanaises à la Yougoslavie au profit de la création d'une Albanie indépendante, manquant l'occasion de réunir le peuple albanais, disséminé à la conférence de Londres en 1912. Or, la configuration actuelle de l'état albanais ne comprend ni le Kosovo, qui compte 92% d'albanais, ni les minorités albanaises du nord-ouest de la Macédoine et du Monténégro. Les plus radicaux incluent également à la Grande Albanie la périphérie (équivalent de nos régions) grecque d'Epire. Malgré tout, les autorités albanaises réfutent toute volonté d'expansion territoriale et s'évertuent à ne pas attiser les tensions, afin d'accélérer le processus d'adhésion à l'UE : afficher comme ambition d'instaurer une "Grande Albanie" ne peut être compatible avec une volonté de joindre les rangs des 27. Qu'en sera-t-il si l'Union Européenne qui craint en élargissant toujours plus de replonger l'UE dans un marasme institutionnel, bloque la candidature albanaise ? Les Turcs, eux, attendent depuis 1959... En 2006, le ministre des affaires étrangères albanais avait justement dérapé, assurant que si le Kosovo est divisé, nous ne garantissons plus l’intégrité de ses frontières avec l’Albanie, ni celles avec la partie albanaise de la Macédoine.

 

Le Kosovo, second état albanais du globe, n'est reconnu que par 67 états, (soit moins des 92 nécessaires à sa reconnaissance par l'ONU) et aux côtés du drapeau kosovar, c'est l'étendard albanais à l'aigle aux deux têtes qui trônait dans la foule ameutée par la déclaration d'indépendance, il y a deux ans. Dans cet état aux pieds d'argile, épaulé par la mission européenne de l'EULEX, les liens avec l'Albanie se tissent au fil des mois, passant outre la cécité d'Enver Hoxha, le dictateur albanais, qui, dans les années 50-60 avait abandonné le Kosovo à son sort, mutilé par la police politique de Rankovic.

 

Albano-kosovares-ondean-la-bandera-de-Albania-y-la-2008021718210416hg2.jpgUne fois l'indépendance déclarée, le Kosovo et l'Albanie ont choisi d'abolir leur frontière respective et les droits de douane. Puis, le projet d'un axe autoroutier Tirana-Pristina a émergé, de façon qu'aujourd'hui la partie albanaise est achevée depuis six mois, empruntant un contour périlleux traversant les zones montagneuses de l'Albanie du nord. En août dernier, Pristina et Tirana s'étaient entendus sur un projet visant à uniformiser les programmes éducatifs des élèves albanais, dépassant les frontières politiques. En matière de téléphonie le Kosovo s'est également rapproché de son frère jumeau en basculant sur le réseau albanais puisque ne pouvant se voir attribuer un indicatif du fait de l'intransigeance serbe qui refuse toujours de reconnaître le Kosovo. Ainsi, comme le soulignait à l'Humanité en mars dernier un responsable de la mission EULEX, l’insuffisante reconnaissance internationale du Kosovo ne peut que pousser  celui-ci à se rapprocher de l’Albanie. Le déterminisme serbe sert ainsi les desseins des nationalistes albanais, qui voient dans ce rapprochement avec le Kosovo l'émergence d'une unification.

 

En Macédoine, le sort de la minorité albanaise ne passe plus inaperçu depuis la guérilla de l'UCK en 2001. Première minorité du pays (25,2% de la population totale), les albanais de Macédoine se concentrent principalement au nord-ouest du pays, dans la région de Polog, où ils constituent 73% de la population. Cantonné à un statut de minorité, les Albanais, malgré leur poids démographique incontestable depuis que les réfugiés albanais du Kosovo et du Monténégro affluaient suite aux purges serbes, éprouvaient des difficultés du fait de la non-reconnaissance de l'albanais comme langue officiel, les albanophones étant handicapés dans les études supérieures notamment. Depuis, la minorité albanaise a acquis un nouveau statut mais les tensions demeurent: il est évident que les albanophones démontrent un tout autre intérêt pour l'actualité kosovar et albanaise que ce qui se passe dans leur propre pays. Et la population ne bouderait pas son plaisir à l'idée d'une grande Albanie...

 

A l'inverse, au Monténégro, la volonté de voir émerger une "Grande Albanie" et les aspirations des minorités albanaises sont nettement moins revendicatives. Représentant 10% de la population, les albanophones se concentrent principalement au sud du pays, dans la municipalité (équivalent de nos régions) d'Ulcinj, où ils représentent 73% de la population. Le Monténégro est la seule république des Balkans où les différentes communautés nationales et confessionnelles vivent véritablement ensemble, et pas seulement côte à côte comme en Macédoine souligne Rifat Rastoder, ancien président du parlement de Monténégro. En revanche, pour le politicien Fuad Nimani, les Albanais du Monténégro sont encore loin de disposer de tous les droits qui leur reviennent. Le Monténégro est un pays terriblement centralisé, sans aucun échelon de pouvoir entre les communes et le gouvernement central. Or, dans un contexte pacifié entre les composantes ethniques du pays, l'autonomie des provinces albanaises est une des seules revendications  des mouvements politiques albanophones ainsi que la volonté d'assurer des cours en albanais dans l'enseignement supérieur.

29 décembre 2009

Mondial 2010 : les 3 défis de l'Afrique du Sud

Johannesburg-stade-construction_pics_809.jpgA 164 jours de la cérémonie d'ouverture du mondial de football, qui se tiendra le 11 juin 2010 à Johannesburg, dans l'enceinte de Soccer City (voir photo ci-contre), l'Afrique du Sud, achève la préparation de l'évènement le plus télévisé du monde dans l'espoir de relever le défi du mondial. Car au-delà de l'apparente sérénité des autorités qui disent ne fournir aucune inquiétude, l'Afrique du Sud n'a pas réglé les problématiques qui pourraient entacher le bilan du mondial : le premier à se disputer sur le continent africain.

 

La question de l'insécurité est primordiale dans un pays qui enregistre annuellement 219 000 attaques, 200 000 cambriolages à main armée, 19 000 meurtres et 52 000 viols (chiffres : 2006). Un véritable fléau pour l'Afrique du Sud d'autant plus qu'une étude menée par le ministère du tourisme local en 2007 à l'échelle internationale indiquait que plus du tiers des sondés étaient dissuadés de se rendre en Afrique du Sud pour le tourisme du fait de la criminalité élevée. Nous avons organisé 146 événements internationaux depuis la fin de l’apartheid, y compris les Coupes du monde de rugby et de cricket, sans incident majeur. Je n’ai aucun doute concernant la sécurité pendant ce Mondial rétorque le président du comité d'organisation de la Coupe du Monde 2010 Danny Jordaan à ceux qui doutent de la capacité des autorités sud-africaines à assurer la sécurité des touristes. Reste que la dimension médiatique et économique du mondial de cricket 2003 n'est pas comparable à celle du mondial de football 2010 et les 500 000 touristes qu'elle va attirer. Afin d'assurer la bonne tenue du mondial, le gouvernement a prévu d'augmenter les effectifs de police dans les neuf villes hôtes de plus de 40% pour la durée du mondial.

 

La rénovation et la construction des stades reste également une question en suspens. Le Soccer City et ses 94 700 places devrait être inauguré en février. Situé à Johannesburg, il a été agrandi de 14 000 places, a habillé la forme d'une calebasse pour l'occasion et a troqué son appellation de FNB Stadium pour celui de Soccer City, devenant la treizième enceinte sportive la plus grande du monde, derrière le Maracana (Rio de Janeiro) et le Camp Nou (Barcelone) mais devant Wembley (Londres). Il accueillera la finale du mondial, le 11 juillet, le match d'ouverture AFS - Mexique le 11 juin, Argentine-Corée du Sud le 17 juin, Hollande-Danemark le 14, Brésil-Côte d'Ivoire le 20, Ghana - Allemagne le 23 ainsi qu'un quart de finale et un huitième de finale (la France y disputera un huitième de finale si elle se qualifie en finissant deuxième de son groupe).

 

MONDIAL2010_041209.jpgLe stade "Tournesol" à Port Elizabeth a lui déjà été inauguré et fait figure de bon élève à l'inverse du stade Mbombela où les délais risquent d'être tout juste respectés. La grève des ouvriers à l'été a contribué à ralentir la construction des enceintes et à ce que le budget alloué à la construction et la rénovation des stades soit largement dépassé. Mais ce qui inquiète avant tout, c'est le risque de voir certaines des enceintes jamais rentabilisées, voire, laissées à l'abandon après le mondial. C'est le cas du stade Mbombela à Nelspruit et du stade Peter Mokaba à Polokwane, qui accueilleront seulement sept rencontres. Soccer City verra également son utilité décroître : une vingtaine d'évènements annuels seulement seront prévus mais dont l'affluence ne permettra pas de combler les 94 000 places que peut accueillir le stade.

 

Enfin, le troisième défi que devra relever l'Afrique du Sud réside en la capacité des autorités à permettre à la population locale de tirer profit au maximum de l'opportunité économique que constitue ce mondial. Les prévisions tablent sur la création de 129 000 emplois et une contribution à hauteur de 0,93% du PIB due directement à la compétition. Mais la consommation énergétique nécessaire à la construction du stade Mbombela a perturbé l'accès à l'électricité et à l'eau potable dans les bidonvilles de la banlieue de Nelspruit. Et les infrastructures construites à l'occasion du mondial et dont la population pourra bénéficier après-coup, outre les stades, se limitent à un réseau de transports que les organisateurs avaient promis d'améliorer...sans succès. Le train à grande vitesse qui permettra de relier Johannesburg à Pretoria ne sera finalement mis en fonction qu'à l'automne prochain ! Trop tard pour le mondial. Le réseau de bus mis en place pour le mondial, comblant ainsi l'absence de transports en commun à Johannesburg, n'a pu être testé à l'occasion de la coupe des confédérations l'an dernier et sa capacité à assurer le transport de l'ensemble des 500 000 touristes est mise en doute.

27 décembre 2009

Les 10 personnalités qui ont marqué la décennie (2/2)

TOP 10(2).jpg

A l'heure où s'achève cette année 2009, se referme également la première décennie du XXIème siècle. 2000-2009, dix années qui ont vu l'émergence d'un nouvel ordre mondial, le développement de l'informatique, une véritable prise de conscience de l'urgence environnementale, la crise économique mondiale, la difficile construction d'une Europe politique. Dans 50,60 ans, quelle trace cette décennie laissera dans l'histoire ? Quelles personnalités resteront à la postérité, quelles sont les 10 personnages dont la marque qu'ils ont laissé sur la décennie sera reconnue par l'histoire ? Cette liste subjective comporte à la fois, quatre chefs d'état, un pape, deux sportifs et deux personnalités politiques. Seule fausse note, l'absence de personnalité féminine...

 

 

6 - Vladimir Poutine
h_4_ill_851810_vladimir-poutine.jpgComment ne pas citer Vladimir Poutine, qui tout au long de la décennie, aura été aux manettes de la Russie : deux fois en tant que président du gouvernement ainsi que deux mandats de président de la Fédération. Le successeur de Boris Eltsine, à défaut de "décommuninistifier" la Russie n'aura en réalité qu'accrut la place de l'état dans le régime : entrée dans le capital de Gazprom et nomination des présidents de province par le Kremlin symbolisent cette centralisation. Élu puis réélu à la faveur de scores africains, Vladimir Poutine aura largement participé à ce qu'un pouvoir fort  soit maintenu, dans la ligne droite des soviétiques. Presse muselée et menacée, électorat largement influencé, la Russie de Vladimir Poutine n'est qu'une URSS...capitaliste. Car économiquement parlant, la Russie a largement profité de ces "années Poutine" : une croissance en forte hausse largement basée sur l'exportation de matières premières. Reste que pour une majorité de russes, la reprise économique n'a pas engendré d'effets sur leur niveau de vie. Autre défi auquel le président du gouvernement russe a et fait face reste la crise démographique, que le régime a d'ailleurs timidement commencé à endiguer, sans obtenir de garanties à long terme (voir mon article à ce sujet).



7 - Hugo Chavez

98782182_a89fa55838.jpgÉlu à la présidence du Vénézuela en 1999, Hugo Chavez n'a pris les rennes du pouvoir qu'au mois de février 2000. A l'aube d'une décennie qu'il marquera de son empreinte. Ce militaire, dont l'éloquence n'est pas sans rappeler un certain Fidel Castro, a depuis été réélu à deux reprises : en 2000, au lendemain du passage à la cinquième république et en 2006. Un amendement constitutionnel, que le peuple avait tout d'abord rejeté en 2007 avec 50,7% des suffrages puis approuvé deux ans plus tard avec 55% des suffrages, lui permettra de prolonger son séjour au Palais Miraflores, si le peuple le réélit, au-delà de la fin de troisième mandat en 2013. Alors pourquoi inclure Hugo Chavez dans ce top 10 ?

 

L'image ci-contre pourrait faire office d'argumentaire. Le président vénézuélien côtoie ici Ernesto Guevara et Simon Bolivar, deux personnalités qu'il considère et qui guident sa politique. Le Che, pour leur aspiration commune à assurer la justice sociale : sous le mandat de Chavez, le taux de pauvreté est passé de 55 à 30%, le taux de scolarisation a bondi de 370% et les dépenses d'ordres sociales de l'état ont grimé de 314%, sans parler des centres d'alimentation Mercal qui proposent des produits à bas prix, subventionnés par l'état, pour les foyers modestes. Le Che, également, pour la relation toute particulière qui les lient aux armes, au goût du conflit armé. Simon Bolivar, pour leur lutte contre l'impérialisme et le voeu pieux de Bolivar d'édifier une nation sud-américaine dont Hugo Chavez se veut le garant : ce n'est pas un hasard si le Venezuela a été rebaptisé République Bolivarienne du Venezuela. Si Hugo Chavez entre dans l'histoire, ce ne peut être que lié à son action pour perpétuer le rêve de Bolivar : il a justement participé à la fondation de l'UNASUR, l'union des nations sud-américaines. Serait-elle l'ébauche d'Etats-Unis Sud Américains ?

 

 

8 - Benoit XVI

20070707www000000029_1368_1.jpgBenoit XVI, le pape de la discorde ? Le successeur de Jean-Paul II, désigné an avril 2005 par un concile express, n'aura eu que cesse de susciter la consternation des milieux progressistes, face à ce pape qualifié de "rétrograde". Joseph Ratzinger, dès le début de son mandat, est confronté à son passé : on lui reproche son affiliation aux Jeunesses Hitlériennes. En réalité, loin d'être un partisan nazi, il a d'ailleurs été envoyé en camp de concentration pour avoir déserté, ce fils de militaire a été enrôlé de force. Par la suite, il doit faire face à un véritable tollé lorsqu'il annonce que les prêtres pourront si ils le souhaitent dire la messe en latin, revenant sur les acquis de Vatican II.

 

En janvier dernier, il avait prononcé l'annulation de l'excommunication de quatre évêques intégristes, dont Mgr Williamson qui avait à plusieurs reprises dérapé sur la Shoah, de la Fraternité Sacerdotale Pie XII. Stupeur dans la communauté juive et chez les catholiques. Les propos que tiendra le pape sur la question du préservatif, estimant que le préservatif aggravait le problème du sida, suscita également de vives réactions. Pour beaucoup, Benoit XVI n'est que l'incarnation d'une église catholique qui ne vit pas avec son temps.Pourtant, le pontificat de ce pape controversé est en réalité marqué par une volonté de dialogue. Lorsqu'il autorise les prêtres traditionalistes à prêcher en latin et annule l'ex-communication de Williamson, il s'agit nullement d'une volonté de raffermir la position de l'Eglise Catholique mais bien d'unifier tous les croyants. Même volonté d'unité lorsqu'il engage le dialogue avec les orthodoxes.



9 - Usain Bolt

Deuxième sportif de ce palmarès, Usain Bolt, sprinteur, mérite amplement sa place. Le jamaïquain, qui a survolé les Jeux Olympiques à Pékin en 2008, et les Championnats du Monde à Berlin cette année, a réussi l'exploit de courir en 9"59 sur 100 mètres et  en 19"19 sur 200 mètres. Triple recordman de la distance reine, Usain Bolt a amélioré le précédent record, détenu par Asafa Powell de 16 centièmes ! Un monde d'écart ! Pareille performance est d'autant plus surprenante qu'Asafa Powell, après son record de 9"72 en 2007, avait décri d'étranges phénomènes : mon corps est devenu bizarre, j’avais l’impression que quelqu’un me plantait des coups de couteau partout avouait le jamaïquain. Ces sensations sont celles d'une rupture physiologique proche : son corps à failli ne pas supporter pareille performance. A 9"58, non seulement Usain Bolt n'a pas atteint la rupture physiologique mais il n'a pas fini de progresser : spécialiste du 200 mètres, il n'a débuté sur 100 mètres qu'en 2007 ! Pour nombre de scientifiques, le niveau atteint par Usain Bolt flirterait avec les limites de l'espèce humaine. Son record, pourrait bien être inviolé jusqu'à la nuit des temps...

 

 

10 - Barack Obama

hope.jpgCertains d'entre vous s'étonneront de ne voir le président américain n'apparaître qu'à la dixième position de cette liste, tandis que d'autres s'offusqueront de sa présence même. Le constat est simple : Barack Obama n'a pris ses fonctions qu'au début de l'ultime année de la décennie, rendant sa possibilité d'actions peu significative d'autant plus que le seul impact qu'il a impulsé, si l'on exclut le plan de relance, reste une réforme de la santé chèrement et tout juste acquise. La fermeture de Guantanamo reste conditionnée à une solution de replacement pour les prisonniers, les américains se refusant à les accueillir sur leur territoire. Quand aux effets de l'arrivée d'Obama au pouvoir sur l'équilibre géopolitique mondial, sa main tendue n'a pas permis d'affermir les tensions avec l'Iran, Cuba, la Corée du Nord et le Venezuela. C'est sans parler de l'Afghanistan où la coalition s'enlise et où le président américain va débloquer 30 000 soldats supplémentaires. Le même président américain qui s'est vu décerner, à la surprise générale, le prix nobel de la Paix et qui lors de la remise des prix à Oslo a jugé bon de déclarer que la guerre était parfois nécessaire. En somme, si Barack Obama mérite cette place dans le top 10, c'est pour l'espoir qu'il incarne et qu'il a incarné, en rendant possible, dans un pays qui pratiquait encore la ségrégation raciale il y a 50 ans, l'élection d'un homme de couleur à la magistrature suprême. Obama pourrait donc, à l'image du Che, rester une icône, dont le visage resterait gravé à jamais sur des posters et des badges. Espérons seulement que le mandat de Barack Obama ne se limitera pas qu'à cela...

21 décembre 2009

Les 10 personnalités qui ont marqué la décennie (1/2)

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A l'heure où s'achève cette année 2009, se referme également la première décennie du XXIème siècle. 2000-2009, dix années qui ont vu l'émergence d'un nouvel ordre mondial, le développement de l'informatique, une véritable prise de conscience de l'urgence environnementale, la crise économique mondiale, la difficile construction d'une Europe politique. Dans 50,60 ans, quelle trace cette décennie laissera dans l'histoire ? Quelles personnalités resteront à la postérité, quelles sont les 10 personnages dont la marque qu'ils ont laissé sur la décennie sera reconnue par l'histoire ? Cette liste subjective comporte à la fois, quatre chefs d'état, un pape, deux sportifs et deux personnalités politiques. Seule fausse note, l'absence de personnalité féminine...



1 - George W.Bush

georges bush.jpgÉlu président des Etats-Unis d'Amérique suite aux élections chaotiques du 7 novembre 2000, indécises au point de procéder à plusieurs décomptes, puis confirmé à son poste en 2004, George W.Bush aura été le locataire de la Maison Blanche sur les huit des dix années de la décennie, ce qui en fait une, si ce n'est la, personnalité marquante de cette décennie. Arrivé au pouvoir dans un climat pour le moins serein, le contexte géopolitique mondial uni-polaire étant dominé par des Etats-Unis que la dislocation du bloc soviétique a hissé au statut d'unique hyper-puissance du globe, George W.Bush tentera tout au long de son mandat de maintenir une position hégémonique des Etats-Unis, interventionniste, une utilisation du "hard power" alors que les attentats du 11 Septembre avaient consacré l'émergence d'un monde multipolaire. George Bush restera également comme l'initiateur de la Guerre en Irak et en Afghanistan, deux bourbiers ou "busheries", dont les Américains n'ont toujours pas trouvé la sortie. Deux guerres de prévention, symboles d'une administration passée à côté de son temps. George Bush restera également comme le président des Etats-Unis le plus impopulaire de l'histoire, avec plus de 71% d'opinions défavorables en mai 2008, franchissant ainsi le seuil des 70% et par la même occasion les records de Richard Nixon et Harry Truman.

 

2 - Oussama Ben Laden

osama0119.jpgLe dirigeant le plus médiatique de l'organisation terroriste d'Al-Qaida, considéré par Washington comme l'ennemi public numéro 1, instigateur assumé de l'évènement le plus marquant de la décennie, les attentats du 11 septembre 2001, qui ont causé la mort de 3000 personnes et bouleversé l'équilibre géopolitique mondial, Oussama Ben Laden s'affirme comme une des personnalités les plus marquantes de cette décennie. Al-Qaida, "la base", a mis à mal l'occident à trois reprises au cours des dix dernières années : à New York en 2001, à Madrid en 2004 et à Londres en 2005, portant ainsi préjudice à sa présumé intouchabilité. C'est également Al-Qaida qui exacerbe les tensions religieuses en Irak, provoquant la guerre civile que l'on sait. L'organisation nourrit également les rangs de la guérilla à la lutte contre la coalition de l'OTAN. Quand à Oussama Ben Laden, la CIA en a fait l'aveu il y a quelques semaines,  il reste introuvable sans que sa mort ne soit envisagée : son dernier message vidéo date de 2007, au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy.


3 - Larry Page

Son nom ne vous dit certainement pas grand chose mais cet informaticien de 36 ans n'est autre que le co-fondateur de Google, vingt-septième fortune de la planète selon Forbes. Google, c'est le moteur de recherche le plus influent du globe, avec 67,4% des parts du marché selon comScore et plus de 2,55 milliards de requêtes quotidiennes. En Europe, sa prédominance sur le secteur est incontestée : en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Royaumme-Uni, Google représente 90% du marché. Même constat outre-atlantique, où Google se taille la part du lion avec 72% du marché. Et dans les pays où son influence reste limitée, comme en Russie, Google grappille progressivement des parts de marché sur ses concurrents, comme Yandex en Russie. Google s'est tout de suite imposé, de par son efficacité et son répertoire de liens défiant toute concurrence : près de 1000 milliards de pages sont référencées. Cependant, de par son influence, (le moteur de recherche mais également Gmail et Youtube), Google pourrait acquérir une base de données à la valeur inestimable sur nos goûts, notre vie etc... Or, la censure à laquelle il procède en Chine (sur demande de Pékin) nous indique que la société ne nourrit que peu de scrupules à l'idée de bafouer notre vie privée...

 

4 - Herman Van Rompuy

herman-van-rompuy.jpgEn 2000, à l'orée de cette décennie, Herman Van Rompuy n'était alors qu'un député fédéral belge, ministre du budget tout juste démis de ses fonctions suite à un renouvellement de la chambre des représentants. En décembre 2008, il devient premier ministre belge après un passage au perchoir de la chambre des représentants. Ce n'est qu'en novembre 2009 que cet homme de consensus et de dossiers n'acquiert une stature au-delà des frontières belges, lorsqu'un consensus sur son nom semble se dessiner quand à la présidence du conseil européen. Il ne prendra son poste qu'au 1er Janvier 2010 mais s'est d'ores et déjà immiscé dans les dossiers. Alors comment justifier sa présence dans ce top 10 des personnalités les plus marquantes de la décennie et sa quatrième position ? Faisons un pari, et si Herman Van Rompuy restait dans les livres d'histoires comme la première pierre fondatrice de la construction d'un état européen ? Et si, à l'image de George Washington, ce belge de 62 ans, inscrivait son destin dans les pas de Robert Schumann, Konrad Adenauer et Jean Monnet ? Dans ce cas la, Herman Van Rompuy n'aurait pas volé sa place dans ce top 10...


5 - Roger Federer

roger-federer-coupe-roland-garros-2009.jpgUn tennis man dans ce top 10 ? Mais quel tennis man ! Il serait d'ailleurs réducteur d'inscrire le suisse dans une liste des personnalités qui ont marqué la décennie tant la marque qu'il laisse dans son domaine ne peut se réduire à une période si étriquée. Roger Federer, avec quinze tournois du grand-chelem à son actif et une cinquantaine de records, à seulement 28 ans, est sans doute le meilleur joueur de l'histoire du tennis. Le chemin parcouru est immense : au début de sa carrière, le suisse était réputé par son manque de sang froid et chaque défaite s'accompagnaient de raquettes brisées. Depuis, son imperméabilité est une de ses qualités premières. En novembre dernier, en demi-finale de l'US Open 2009, opposé à Novak Djokovic, Federer a sans doute inscrit un des plus beaux points de l'histoire du tennis (voir vidéo) : sur le service du serbe, Roger parvient dans la difficulté à renvoyer la balle à deux reprises, avant d'être lobé par le numéro 4 mondial qui ne peut qu'être éberlué lorsque le suisse  renvoie, dos tourné, entre les jambes, une balle parfaitement orienté. Un point à l'image de sa carrière...

08 décembre 2009

Contrôler les naissances pour sauver la planète ?

maternitat_nin_la_clau.jpgA l'heure où s'ouvre le sommet de Copenhague, la question du contrôle des naissances se pose tout naturellement, alors que la population mondiale devrait atteindre les 9,2 milliards d'habitants à l'horizon 2050 (contre 6,8 actuellement).  Si le lobby industriel et le manque d'ambition de nos dirigeants ne permet d'envisager sérieusement qu'un compromis en vue d'un contrôle strict des naissances n'émerge à Copenhague, sa mise en application à plus petites échelles est en revanche plus envisageable. Relayée en France par le député écologiste Yves Cochet, la théorie de la décroissance démographique réveille le malthusianisme. Je propose qu’une famille continue de percevoir des aides pour les deux premiers enfants, mais que ces aides diminuent sensiblement à partir du troisième avait assuré le député de Paris début avril, arguant que le coût écologique de chaque enfant occidental, de sa naissance à ses 80 ans serait comparable à 620 trajets Paris-New York. Autre donnée avancée outre-atlantique, l'empreinte écologique d'un américain, qui est évalué à plus de 1500 tonnes de CO2.

 

Depuis plusieurs années, le doute quand à la capacité de la planète à accueillir plus de 9 milliards d'êtres humains est posé. Comment faire face à la demande croissante des pays en développement, qui eux aussi aspireront à posséder une voiture, consommer de la viande, emprunter l'avion pour visiter les quatre coins du monde ? La consommation d'énergies fossiles polluantes va croître de manière vertigineuse : +41% pour le pétrole, +68% pour le gaz et +103% pour le charbon en 2030 selon l'Agence Internationale de l'Energie. La croissance économique des pays en développement et l'élévation du niveau de vie qu'elle engendra est d'autant plus inquiétante que si la planète entière calquait son mode de vie sur celui de l'Occident, 4 planètes seraient nécessaires ! Un think-thank américain avait calculé, en prenant compte de l'émission de CO2 de chaque pays que la population idéale serait de 3,6 milliards d'êtres humains.

 

Population.jpgLe réchauffement climatique conjugué à une croissance démographique soutenue pourrait avoir des effets catastrophiques, en Afrique notamment : sa population pourrait doubler en 2050 (1 milliard en 2009, 1,9 milliards dans 40 ans) tandis qu'une hausse de la température de 2 degrès provoquerait une baisse de la productivité agricole dans les régions sèches et tropicales entraînant un risque accru de famine selon le Financial Times. Pour le conseiller de Gordon Brown John Beddington, nous devons nous attendrons à de graves déstabilisations des sociétés, à une augmentation des émeutes et à de sérieux problèmes migratoires lorsque les populations se déplaceront pour fuir les pénuries de nourriture et d'eau. En Afrique, le continent où la croissance démographique sera la plus soutenue ces 40 prochaines années (+97% contre +31% pour l'Amérique Latine, deuxième du classement) la mise en place d'une politique de contrôle des naissances sera d'autant plus néfaste rappelle Yvo de Boer, le secrétaire éxécutif de la convention-cadre de l'ONU sur le changement climatique que pour beaucoup d'africains, un enfant, c'est une retraite.


A l'inverse, l'OCDE ne nourrit pas le même pessimisme. Dans un rapport, l'Organisation de coopération et de développement économique estimait que la population ne pose pas un problème en soi. Les pressions exercées sur les ressources naturelles et l’environnement ne proviennent pas du nombre d’habitants mais de leurs habitudes de consommation. D'autres n'éprouvent également pas la même crainte face à la menace d'une explosion démographique. Ils n'oublient pas que tous ceux qui, à un moment donné de l'histoire, ont émis des doutes sur la capacité de la Terre à subvenir à nos besoins se sont fourvoyés.

 

A la fin du XVIIIème siècle, Robert Malthus appelait déjà à contrôler les naissances, arguant que la croissance démographique suivait une courbe géométrique (1,2,4,8,16) tandis que nos ressources évoluaient de manière arithmétique (2,4,6,8,10), et que de fait, l'écart entre la population et les ressources serait trop important pour subvenir aux besoins de tous. C'était sans compter la révolution industrielle et la baisse de la natalité qui a suivi la baisse de la mortalité observée lorsque Malthus publia son Essai sur le principe de population. Quand à Paul Ehrlich, le théoricien de la Bombe P, ses prédictions de famines apocalyptiques au courant des années 70 et 80 ont été démenties par la chute brutale de la natalité en Afrique du Nord, en Afrique Australe et en Asie de l'Est.

03 décembre 2009

Comment Vladimir Poutine a scellé le sort de Nabucco

gaz poutine.jpgSous l'égide du premier ministre russe Vladimir Poutine et de son homologue français François Fillon, EDF et Gazprom ont paraphé la semaine dernière un accord assurant la participation à hauteur de 10% du groupe français dans la construction du gazoduc South Stream, marquant le début d'une coopération de long terme entre les deux groupes a précisé le président d'EDF Henri Proglio. South Stream, c'est le projet russe pour approvisionner son gaz en Europe via la Mer Noire, et permettant ainsi à la Russie de contourner la Géorgie. Pour le premier producteur gazier mondial, l'assurance de l'engagement et du soutien de la France dans la construction de South Stream est un pas décisif dans l'objectif de préserver l'hégémonie du gaz russe en Europe , qui souhaite limiter sa dépendance envers les réserves sibériennes : elles représentes aujourd'hui 25% de ses approvisionnements, et, devrait se situer à plus de 70% dès 2020. Or, la nationalisation progressive de Gazprom (2004 et 2006) fait craindre à l'UE une utilisation politique du groupe, tandis que les crises ukrainiennes à répétition au cours des cinq dernières années discréditent la fiabilité de la Russie en tant que fournisseur.

 

C'est ce contexte qui a favorisé l'émergence du projet "Nabucco", un gazoduc de 3300 kilomètres, qui permettrait d'alimenter l'Europe en gaz, qui ne provienne pas des réserves de Sibérie, en passant par la Turquie. Un projet vecteur d'unité pour l'Europe, qui plus est ! Or, l'Allemagne de Schröder et l'Italie de Prodi puis Berlusconi ont cédé aux sirènes russes qui vantaient dans un même temps les mérites de North Stream et Sud Stream, deux projets sous-marins, qui contournaient ainsi les pays de transit "à risque". En conséquence, le poids stratégique de Nabucco s'en est trouvé amoindri, et seule la France, à qui la Turquie refusait une participation en raison de sa position sur la génocide arménien, avait les moyens de préserver l'attractivité du projet. En son absence, seuls la Bulgarie, la Hongrie, l'Autriche, la Roumanie, la République Tchèque et la Turquie s'embarquent dans l'aventure.

 

De plus, Vladimir Poutine avait souligné, au début d'année, le flou relatif qui règne quand à l'origine du gaz que transportera Nabucco : la production des pays d'Asie Centrale ne représente que 5% de la production mondiale, sans compter que l'Ouzbékistan et le Turkménistan restent sous protectorat russe de facto : leurs liens avec leur géant voisin restent trop étroits pour que l'Europe y voit l'espoir d'une dépendance gazière moins prononcée vis à vis de la Russie. D'autant plus que cette dernière s'active pour s'assurer l'acquisition de champs au Turkménistan ou en Ouzbékistan. Quand à l'Irak, le climat géopolitique l'empêche de l'inscrire au rang des fournisseurs fiables et sécurisés. Sans compter qu'un nouveau pas pourrait être franchi d'un moment à l'autre dans le cadre des tensions liées à la question kurde, alors que les champs gaziers irakiens se situent au Kurdistan. En somme, comme l'assure M.Poutine, Nabucco ne peut être alimenté sans l'Iran. Hors de question pour l'UE, qui n'envisage guère dépendre non plus de la Russie mais de l'Iran : blanc bonnet et bonnet blanc.

 

En plus de la France, Vladimir Poutine a obtenu, sans que l'accord n'obtienne une résonance médiatique en France, la participation financière de l'Autriche à South Stream, sans que cette dernière ne mette en cause son implication dans Nabucco : quoi qu'elle en dise, le gazoduc européen devient par la même occasion pratiquement caduque. En une dizaine de jours, Vladimir Poutine s'est donc assuré du soutien de la France et de l'Autriche, scellant ainsi le sort de Nabucco. Un coup de maître....

05 novembre 2009

La Belgique s'accroche à Van Rompuy

large_824921.jpgDésormais favori pour occuper le poste de président permanent du Conseil Européen, le premier ministre belge Herman Van Rompuy, qui ne s'est pas encore exprimé en public sur la question, est tiraillé entre la formidable opportunité de se voir échoir la première présidence du conseil européen et la campagne trans-partisane en Belgique qui l'incite à poursuivre son mandat. S’il devient président de l’Europe, il nous manquera et nous serons face à un nouveau chapitre a estimé la présidente du parti chrétien-démocrate flamand CD&V Marianne Thyssen, dont est issu Van Rompuy. A gauche, même son de cloche. Le député européen socialiste francophone Marc Tarabella admet que le départ d'Herman Van Rompuy pour la présidence du conseil européen serait une grande perte pour le gouvernement fédéral. La presse a également pris parti, La Libre estimait ainsi dans son édition de lundi qu'il est un évident et incontournable facteur de stabilité. Effectivement, depuis son arrivée au 16 rue de la Loi en décembre dernier, cet homme de consensus est parvenu à apaiser les tensions entre flamands et francophones qui minent le pays, engageant une sortie de crise institutionnelle.

 

Depuis 2007, la Belgique ne parvient pas à rétablir un équilibre politique : l'écart de développement économique entre wallons et flamands croît d'années en années (taux de chômage de 6% en Flandre, contre 16 en Wallonie), au même rythme que les transferts fiscaux inter-régionaux : ainsi, la Flandre contribue à hauteur de 2 à 3 milliards d'euros annuels à la sécurité sociale wallonne ! L'agacement de trainer ce boulet est d'autant plus compréhensible que de 1850 (date de création de la Belgique) à 1967, ce sont les francophones qui dominaient l'activité économique belge, du fait de leur industrie florissante : en 1940, le taux de chômage s'élevait à 19% en Flandre contre 8% en Wallonie ! Les flamands étaient également marginalisés par cette Wallonie bourgeoise, cultivée, qui méprisait le flamand, considéré comme un vulgaire patois face à la "noblesse" du français.

 

En conséquence, les indépendantistes et régionalistes se sont fait de plus en plus nombreux au cours des dix dernières années, et, dans un but électoraliste, les partis politiques flamands ont entrepris de radicaliser leur discours : ils réclament un transfert des compétences fiscales et d'allocations (comprenant la sécurité sociale) de l'échelon fédéral à l'échelon régional. Hors de question pour les partis wallons, qui refusent d'avaliser une sixième réforme de l'Etat, conscients qu'affermir les régions aux dépens de l'état fédéral ne serait qu'un pas de plus vers la scission de la Belgique.

 

Depuis l'arrivée de Herman Van Rompuy au 16, le rétablissement de la pérennité politique du pays semble être sur une bonne voie. Son départ serait d'autant plus préjudiciable que nul ne semble disposer d'une légitimité suffisante pour lui succéder. Le CD&V, qui veut à tout prix garder le premier ministère en ses mains, n'a qu'Yves Leterme a proposer, mais l'impopularité de ce dernier met à mal sa candidature. La présidente du CD&V, Marianne Thyssen, qui n'a qu'un mandat de députée européenne à faire valoir sur son C.V, manque de légitimité. Du coup, le centre-droit francophone, le Mouvement Réformateur, se verrait bien placer son leader, le ministre des finances et des réformes institutionnelles, numéro 2 du gouvernement, Didier Reynders. Au risque de provoquer une fronde entre la droite francophone et flamande, replongeant le pays dans une crise institutionnelle...

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