05 septembre 2009
Vous prendrez bien un peu de réforme ?
Notre collège va mal. Ce constat, qui ne cesse de se vérifier d'années en années, s'est hâté de décrédibiliser cette pièce maîtresse de l'édifice éducationnel français. En première ligne, la régression du niveau des collégiens est régulièrement mise sur la table par des enquêtes, menées par des instituts de sondages, mais surtout par le biais d'évaluations gouvernementales bien souvent sources d'inquiétude. Récemment, le haut Conseil de l'éducation déplorait le niveau fragile de 25% des élèves de 6ème, «condamnés à une scolarité difficile au collège et à une poursuite d'études incertaines au-delà». Quatre ans plus tard, à la sortie de 3ème, ce taux d'élèves n'ayant pas acquis le niveau minimum acceptable grimpe à 40% !
Autre donnée alarmante, une étude menée par deux institutrices et deux spécialistes du langage, qu'ils relatent dans leur ouvrage «Orthographe : à qui la faute ?», témoigne d'un important recul quant au niveau d'orthographe des collégiens. Ainsi, en 1987, 3000 élèves de 5ème avaient été amenés à faire une dictée, et comptabilisaient en moyenne 8 fautes. 18 ans plus tard, le même texte a été dicté à un échantillon d'élèves identiques, le nombre de fautes moyens a grimpé de plus de 60%, soit 13 erreurs.
Sur le plan européen, les résultats obtenus par les collégiens français ne sont guère plus reluisants : la France n'occupe que la 19ème position (sur 27) d'un classement annuel établi par l'OCDE après évaluation d'élèves de tout le continent.
Cette dégradation du niveau des collégiens, couplée à l'image d'insécurité reflétée par les médias (tout particulièrement les journaux télévisuels) fait du collège l'organe le plus impopulaire du système éducatif français, avec moins de 52% d'opinions favorables, quand le lycée et le supérieur recensent tous deux 55% d'opinions favorables, le primaire 69% et la maternelle 81% (sondage Ipsos «Les Français et l'éducation nationale»).
Reconsidérer la mission du collège
Face à cette situation préoccupante, les gouvernements successifs ont préféré s'attarder sur l'impossible réforme du lycée, sans prêter regard à un collège en quête de modernisation. En premier lieu, sa mission doit être reconsidérée. Alors qu'il est aujourd'hui censé apporter une culture "générale" en repoussant la spécialisation au plus tard, il devrait en priorité assurer l'intégration des nouvelles générations dans la société de demain en s'adaptant à chaque jeune. En clair, il faut tirer profit des préférences et des talents de chacun pour assurer notre compétitivité dans le monde de demain, en permettant aux élèves de composer leur emploi du temps, octroyant ainsi à leurs journées des matières pour lesquelles ils éprouvent un désintérêt profond et empêchent une progression avancée dans leurs domaines de prédilection.
Contraindre les élèves à assister à plus de 6-7 heures de cours par jour ne va en rien améliorer les performances scolaires des ces derniers : la Finlande, qui peut se targuer d'occuper régulièrement la première position du classement de l'OCDE (cf.deuxième paragraphe) n'impose à ses élèves que 4heures de cours quotidiens ! Nous ne pouvons que conclure que le temps passé en cours ne conditionne pas les résultats scolaires mais c'est bel et bien l'épanouissement personnel, les sorties et autres activités extra scolaires qui apportent la dimension suplémentaire nécessaire à la réussite.
Une telle mesure marquerait la fin du collège unique au profit d'un collège multiple, un collège multi-matières. Ainsi, des domaines aujourd'hui considérés comme "décalés" (cuisine, jardinage, langues étrangères méconnues, poterie, mécanique, théâtre, sports, couture, cinéma, littérature etc...) pourraient être enseignés par des intervenants naviguant d'un établissement à l'autre. Une sociétée équilibrée privilégie la diversité et la différence à l'uniformisation des masses. Aux Etats-Unis, cette recette est de mise et le succès est au rendez-vous, la compétitivité de la première puissance mondiale n'étant plus à démontrer.
Vers la pédagogie moderne
L'émergence de ces intervenants s'inscrirait dans la lignée d'une réforme de la pédagogie enseignante. Actuellement, le professeur dictant le cours à ses élèves sans interruptions est bien souvent un classique des établissements scolaires. Or, à l'ère du XXIème siècle, l'absurdité de ces méthodes ne fait nul doute. La encore, le collège (les enseignants dans ce cas précis) doivent être amenés à revoir leurs objectifs : inculquer un certain nombre de notions à des élèves, et employer les méthodes nécessaires à cet apprentissage.
Développer la confiance et l'assurance des élèves passe tout d'abord par la mise au placard des commentaires souvent négatifs des enseignants, ainsi que des remarques acerbes relatives au niveau des élèves, dont le moral s'en retrouve amoindri. Sur inspiration du modèle américain, n'importe quel pédagogue vous vantera les mérites du "feedback sandwich", en lieu et place des critiques assassines lors du rendu d'un devoir : un commentaire positif introduit le rendu, suivi d'une remarque relativement négative avant de finir par une nouvelle note positive.
En outre, j'évoquais précedemment la nécessité de réduire les heures de cours quotidiennes des élèves, ce qui impliquerait inévitablement un temps de travail allégé pour les enseignants. Or, sous inspiration du modèle finnois, ces plages horaires supprimées pourraient permettre d'instituer des cours de soutien particuliers ou en groupes restreints, compris dans les horaires de travail des enseignants (et dans leur fiche de paie de facto).
Autre forme de pédagogie obsolète à renouveler, l'absence de supports d'accompagnement dans le cadre des cours, pourtant susceptibles d'accroître l'intérêt des élèves. Le recours à la vidéo ou à l'image doit être encouragé. D'ailleurs, l'innovation pédagogique des enseignants doit pouvoir s'exercer au dela des supports multimédias. Ainsi, les chefs d'établissement pourraient se voir décerner comme nouvelle mission le recrutement de leurs enseignements, ces derniers devant fournir un projet pédagogique en phase avec celui du collège. Cette stimulation de la créativité enseignante n'ayant que pour seul but d'intéresser les élèves aux cours qui leur sont énoncés : pour enfin faire du collège un lieu de vie à part entière.
Collège lieu de vie : à quand la métamorphose ?
Cette aspiration à métamorphoser le collège français en un collège "lieu de vie" passe inévitablement par l'application des deux points abordés précedemment : le respect des goûts et préférences de chacun et une amélioration des méthodes pédagogiques au sein du corps enseignant. Une troisième donnée doit également être prise en compte : minimiser la réglementation et l'institutionnalisation de notre collège.
Il est interdit d'interdire : donnons enfin un sens à cette phrase !A quoi bon entraver l'expression des collégiens en prononçant l'interdiction des débardeurs et des signes religieux ? En refusant la libre expression au sein des classes, réduisant le rôle de délégué à celui d'un ramasse miettes ? En réclamant une tenue vestimentaire soit disant "décente" au nom de nous ne savons quel(s) principe(s) ? En installant portiques de sécurité et autres détecteurs de métaux ? Ce collège la ne possède rien du collège lieu de vie auquel nous devons aspirer ! D'autant plus que l'interdit incite à le braver...
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04 septembre 2009
Les liens du vendredi 4 Septembre
Slate.fr : l'extrême gauche ne profite pas de la crise : une analyse pertinente des résultats décevants de la gauche radicale aux élections européennes, en dépit d'une crise économique lourde de conséquences, fruits d'une évolution profonde des mentalités.
L'Express.fr : évasion fiscale, allons plus loin : pour Christophe Barbier, résorber l'évasion fiscale passe inévitablement par une baisse des impôts et l'amélioration de l'image de la fonction publique.
Le Post.fr : quand Ségolène Royal s'aime un peu, beaucoup... : mieux vaut trop d'humilité que pas assez... la preuve en images avec cette compilation vidéo réalisé par la rédaction du Post.
Le Monde.fr : Silvio Berlusconi veut museler la presse : face à une série d'articles peu élogieux, Silvio Berlusconi crie à une conspiration internationale pour justifier ses crocs-aux-jambes à la presse nationale.
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02 septembre 2009
L'Islande au défi de l'Europe
L'Islande et ses quelques 320 000 habitants ont abordé la saison estivale avec la satisfaction du travail accompli : l'Althing, le parlement monocaméral de cette île frappée de plein fouet par la crise économique, a autorisé par une courte majorité (33 voix contre 28) la premier ministre Johanna Sigurdardottir a déposer la candidature de l'Islande à l'Union Européenne, légiférant ainsi sur la mesure phare du programme des sociaux-démocrates.
La question de l'adhésion à l'Islande à l'UE, jusqu'à alors exclue par les différentes forces de l'échiquier politique a été mise à l'ordre du jour au lendemain de la crise financière de l'automne 2008 : les trois premières banques du pays (Landbanski, Glitnir et Kauphting) ont dues être nationalisées faute de liquidités, les taux d'intérêt se sont élevés à plus de 20% et la couronne islandaise a perdu la moitié de sa valeur par rapport à l'euro.
Aujourd'hui, les conservateurs du Parti de l'Indépendance comme les sociaux-démocrates en passant par le Mouvement Vert de Gauche se sont accordés sur la nécessité d'adopter la monnaie unique afin de subir moins sévèrement une telle crise financière. Cependant, le premier et le troisième souhaiteraient négocier avec Bruxelles une adoption de l'euro sans adhésion, malgré un premier refus catégorique.
Une indépendance chèrement acquise
L'adhésion à l'UE ne rencontre effectivement guère d'opinions positives. Le réferundum, qui tranchera la question à l'issue des négociations d'adhésion risque d'être particulièrement disputé. Ce relatif eurosceptisme est à mettre sur le dos du caractère insulaire de la société islandaise : la faute à une histoire trouble qui a donné un caractère si cher et si précieux à la notion d'indépendance.
Effectivement, depuis sa fondation en 930, l'Islande, l'"Ile de Glace" n'a connu que 397 années de souveraineté pour 682 d'occupation étrangère ! La Norvège a pris le contrôle de l'île de 1262 à 1383, date où l'Union de Kalmar (rassemblement de la suède, de la norvège et du danemark) s'est formée, laissant place au Royaumme de Danemark-Norvège puis le Royaumme du Danemark à partir de 1814 avant que les Britanniques et les Américains n'occupent l'Islande dès 1940 jusqu'à la déclaration d'indépendance de 1944.
L'Islande craint de voir sa souveraineté entamée...
On comprend via ce bref historique l'importance qu'accorde l'Islande à l'indépendance et à la souveraineté. Or, face aux prérogatives accrues de l'Union dans nombre de domaines, le spectre du fédéralisme inquiète la toute jeune islande. De plus, au vu de sa faiblesse démographique (avec 320 000 habitants, la population islandaise représente moins de 0,06% de la population européenne), l'Islande craint d'être marginalisée au sein de l'Union.
Le risque de voir l'anglais gagner en importance au profit de l'islandais inquiète également un pays où la conservation du patrimoine lingustique possède une signification toute particulière. Les invasions étrangères ont en effet entravé une modernisation de l'islandais, la population ayant recours à des introductions de mots étrangers (danois principalement), dégradant de facto la pureté de l'islandais, musée lingustique à part entière puisque n'ayant subi que très peu de modifications depuis le XIIème siècle ! Afin d'éviter de nouvelles introductions de mots étrangers, les gouvernements successifs ont donc mis en place des comissions de terminologie qui assurent la perpétuelle modernisation et la pureté de la langue islandaise .
...et la santé du secteur halieutique déchoir
Mais au-dela de ces aspects historiques et affectifs l'adhésion de l'islande à l'Union Européenne rencontre des problématiques moins superficielles. Effectivement, la crise économique ayant mis à plat le système bancaire, la pêche est redevenu le premier secteur d'activité. Or, les conditions d'adhésion à l'UE exigent la libre circulation des navires communautaires au sein des espaces maritimes nationaux, permettant ainsi aux 27 états membres d'accéder aux ressources halieutiques islandaises. De plus, les quotas drastiques imposés par Bruxelles ne réjouissent guère les Islandais, qui seraient également contraints de cesser la pêche de baleines.
Cependant, ce point litigieux sera à priori le seul et unique à enrayer le bon déroulement des négociations, les conditions économiques, budgétaires et financières étant d'ores et déjà respectées pour l'Islande, adhérente à l'Espace Economique Européen. Quoi qu'il en soit, l'insularité conjuguée au fort ressentiment national islandais et les conditions sévères fixées par Bruxelles nous empêchent à l'heure actuelle de présenter l'Islande comme le 28ème état européen...
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| Tags : islande, crise, international, politique, europe, adhésion, élargissement, histoire, indépendance |
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