21 septembre 2009

José Socrates en quête d'une majorité

socrates.jpgL’affirmation du Parti socialiste se fait au centre. Cette citation sans ambiguïté du premier ministre portugais José Socrates n'est qu'un reflet limpide de la politique réformatrice, au risque de paraître libérale, menée par ce socialiste depuis son arrivée au pouvoir en 2005. En ballotage favorable dans le cadre des élections législatives du 27 Septembre prochain, le PS étant crédité de 33,6% des suffrages contre 32,4% pour le Parti Social-Démocrate adverse (qui n'en a que le nom), José Socrates ne perçoit cependant qu'aujourd'hui les conséquences d'une politique qualifiée de droite par le Bloc de Gauche (alliance de mouvements marxistes et troskistes, a obtenu 10,72% aux élections européennes de juin dernier). En effet, pris au piège par le scrutin proportionnel à un tour, le PS, qui avait obtenu la majorité absolue en 2005, s'est d'ores et déjà vu signifier par le parti communiste et le bloc de gauche qu'une coalition serait hautement improbable. Difficile alors, d'établir une majorité avec moins de 33% d'intentions de vote...

 

 

Une politique de rigueur aux effets peu perceptibles

José Socrates fait ainsi les frais des réformes fortement décriées dans l'électorat populaire qu'il a entreprit durant son mandat. Face à la morosité économique portugaise, soumise à la concurrence de l'est, José Socrates avait imposé la rigueur dès son arrivée au pouvoir : il abroge le licenciement par accord mutuel pour les fonctionnaires, décrète qu'un départ sur deux ne sera pas remplacé dans la fonction publique et plafonne les pensions de retraite.

 

Il allonge également l'âge de la retraite et ne se prive pas d'amoindrir les pensions dans le cadre de départs anticipés. En outre, il a transposé la "fléxi-sécurité" danoise, où en contrepartie d'une réglementation moins astreignante des conditions de licenciements, le salarié perçoit une allocation chômage conséquente (jusqu'à 90% du dernier salaire).

 

Cette politique d'austérité a certes, permis de résorber les déficits publics (6% en 2005 contre 2,2% en 2008) mais n'a peu, voire pas, impacté les conditions de vie des Portugais. Le taux de chômage, qui s'élevait à 7,7% en 2005 cotoie désormais les sommets et concerne 9,3% de la population active, sachant que José Socrates s'était fixé pour objectif d'annihlier les conséquences de la crise économique, au cours de laquelle le taux de chômage avait quasiment doublé (4% en 2000 contre 7,7 en 2005).

 

 

La gauche gronde

jose_socrates-c400.jpgCette politique réformiste aux effets somme toute modestes s'avère problématique à l'heure des échéances législatives : le PS a perdu sa base électorale socialiste, déçue par l'orientation libérale du gouvernement et partie garnir les rangs du Bloc de Gauche, des Verts ou du Parti Communiste. Aux élections européennes, ces mouvements radicaux ont cumulé 21,36% des suffrages contre 26,53% pour le PS.

 

Des rassemblements populaires monstres ont récemment ébranlé le gouvernement, tel qu'en avril 2007 où 200 000 salariés avaient manifesté leur mécontentement au palier du Conseil Européen. Pis, le personnel de l'éducation nationale, traditionnelement acquis au Parti Socialiste n'affiche désormais plus aucune sympathie pour son leader, José Socrates. La volontée affichée du premier ministre de "dégraisser le mammouth" pour reprendre la formule de Claude Allègre a révolté le corps enseignant, également opposé à la réforme de l'éducation nationale, qui implique fermetures de petits établissements et heures de travail plus soutenues. Il y a un an, 80% des enseignants du pays avaient consitutés un cortège monstre au coeur de Lisbonne !

 

Au sein même du Parti Socialiste, des voix se sont élevées pour réclamer une réorientation de la politique gouvernementale. Figure historique du socialisme portugais, Mario Soares avait ainsi jugé incroyable qu'un Parti socialiste soutienne un représentant du Parti populaire européen (PPE) et surtout José Manuel Barroso [à la tête de la comission]. Tête de liste socialiste aux élections européennes, Vital Moreira avait lui aussi déploré le socialisme de façade de M.Socrates.

 

 

Un retour aux sources improvisé

Face à la gronde de l'électorat socialiste, José Socrates a improvisé un virage à gauche qui peine à convaincre, en témoigne la défaite des échéances européennes (26% contre 31 pour le PSD). José Socrates n'a donc pas lésiné sur les moyens, quite à saborder les efforts budgétaires consentis ces quatre dernières années. L'allocation familiale de rentrée, jusqu'alors réservée aux ménages modestes, a été généralisée à tous les foyers et un fonds d’investissement en immobilier locatif a été mis en place, afin d'épauler les bas salaires dans le payement de leurs arriérés.

 

Son programme, rendu public début août, faire large place à des mesures d'inspiration socialiste : allocations pour les plus démunis, développement des chantiers publics etc... Lors du débat télévisé qui l'opposait au social-démocrate Manuela Ferreira Leite, José Socrates a d'ailleurs entrepris un net recentrage à sa gauche, se positionnant en faveur du mariage homosexuel quand, quatre ans auparavant, il refusait de prendre position sur le sujet pour contenter l'électorat centriste, clé du scrutin. Aujourd'hui, la crise étant passé par la, les rapports de force ont évolué, et c'est à sa gauche que José Socrates doit s'assurer un capital de voix.

17 septembre 2009

Les liens du vendredi 18 Septembre

Le Post.fr : Affaire Hortefeux, Internet fait-il du journalisme poubelle : excellente compilation vidéo, qui renvoie les médias traditionnels dans leurs préjugés de la soi-disante "poubelle" que constituerait le net.

 

Wat.tv : la chute d'Hortefeux : Toujours autour de Brice Hortefeux, je vous conseille cette parodie du film La Chute d'Olivier Hirschbiegel.

 

Le Figaro : les impôts en version ludique : En partenariat avec des magazines dédiés à la jeunesse, Bercy propose un feuillet ludique et pédagogique afin que la génération de demain s'approprie les questions fiscales.

 

Le Parisien : A Etampes, le short et la minijupe interdits de lycée : Scandaleux. Le bref témoignage proposé ci-joint traduit le climat archaïque et la réglementation excessive de notre système éducatif.

 

L'Européen : Erasmus à la recherche d'un nouveau souffle : Faute d'harmoniser la reconnaissance des diplômes entre les différents états européens et d'accorder des moyens suffisants aux étudiants, Erasmus perd de sa superbe.

 

Gonzague.TV : Recruter pour l'UMP à la fête de l'Huma : Du grand art. Remarquez le sectarisme des communistes...

15 septembre 2009

Enquête : les dessous de l'adhésion politique

Graphique partis (n°4).jpgC'est un véritable culte du secret auquel s'adonnent nos formations politiques. N'étant pas, légalement parlant, contraintes de divulguer leur nombre d'adhérents à jour de cotisation, les données de l'adhésion politique en France s'en retrouvent pour la plupart erronnées. J'ai en conséquence entrepris d'interroger 25 sièges nationaux sans préciser dans quel contexte seraient publiées les données qu'ils me fourniraient, afin d'éclaircir, mieux que possible l'opacité du système de l'adhésion politique. Effectivement, lorsque je les ai interrogés quand au nombre d'adhérents qu'ils reçensaient, la plupart des secrétariats nationaux ont rechigné à me fournir une réponse : quatre (Mouvement Démocrate, Parti Socialiste, Les Progressistes et Debout la République) ont refusé d'aboutir à ma requête, deux m'ont fourni un chiffre dont l'exorbitance laissait à deviner quelque supercherie (Parti Fédéraliste, Union pour un Mouvement Populaire) tandis que deux (Lutte Ouvrière, Les Verts) n'étaient pas même au courant du nombre d'adhérents qu'ils revendiquaient, auquels s'ajoutent deux injoignables (Mouvement Républicain et Citoyen et La Gauche Moderne). En dépit de ces apparentes difficultés je suis parvenir à établir un graphique (cf. ci-dessus) dont la justesse, n'est, certes, pas assurée mais semble correspondre à une réalité dont nul ne peut fournir d'estimations avec exactitude. Eclairages.

 

L'UMP, première formation militante de France

Forts d'un réseau de 200 adhérents, le Mouvement Populaire s'impose très clairement comme la première formation militante de France. Ce statut s'en retrouve d'autant plus renforcé que ce chiffre ne prend pas en compte les autres composantes de la Majorité Présidentielle : le Nouveau Centre (11 000 adhérents), le Parti Radical (10 000 adhérents), le Parti Chrétien-Démocrate (8500 adhérents) et la Gauche Moderne (2000 adhérents). Au final, avec 230 000 adhérents, la Majorité Présidentielle représente plus du tiers des adhérents politiques en France !

 

Mais derrière cette apparente vigueur des rangs de la majorité, se cache un certain nombre d'éléments troubles. Tout d'abord, lorsque je les ai contacté, le secrétariat national de l'UMP m'avait assuré recenser entre 350 000 et 400 000 adhérents...quand le chiffre officiel est de 277 000 ! Mais même ce chiffre nourrit de nombreux doutes. Il faut effectivement savoir que l'UMP comptabilise l'ensemble des adhérents ayant renouvelé une cotisation durant les deux dernières années. Ainsi, ceux qui, enthousiasmés par le début de mandat dynamique et prolifique de Nicolas Sarkozy, mais aujourd'hui déçus et n'ayant donc pas renouvelé leur cotisation en 2008 sont encore comptabilisés.

 

En outre, le Mouvement Populaire avait, à l'aube de l'élection de Nicolas Sarkozy lancé une formule d'adhésion quinquennale sur la période 2007-2012. Nombre d'enthousiastes ont souscrit à cette formule, séduisante par son coût et l'originalité de son concept. Or, l'enthousiasme du début de mandat a désormais perdu de sa superbe et cette formule permet aujourd'hui d'enrayer une défection d'adhérents trop importante.

 

En outre, le canard enchaîne assurait à l'été 2007 avoir piraté l'équivalent du fichier ROSAM du Mouvement Populaire et ne reçensait guère plus de 135 000 adhérents. Qui croire ? La police ou les syndicats ? La moins pire des solutions étant d'établir une moyenne, 200 000 adhérents semble être l'estimation la plus recevable...

 

 

meeting-front-de-gauche-1.jpgLes formations radicales dans l'ombre du Parti Communiste Français

Si la gauche radicale représente le quart du militantisme politique, 130 000 des 156 000 adhérents recensés par le NPA, le POI, le PCF et LO sont issus du Parti Communiste Français. Fort de cet important vivier militant, le PCF s'impose comme le deuxième parti de France en nombre d'adhérents, un statut qui fait mouche au vu de la modestie des scores obtenus par le parti de Marie George Buffet (1,94% aux présidentielles, 4,29% aux législatives, 2,62% aux municipales et 6,05% aux européennes).

 

Loin derrière, le Nouveau Parti Anticapitaliste  peine à tirer profit de la crise sociale et ne revendique que 10 000 adhérents. Les deux formations trotskites que sont Lutte Ouvrière (8200 adhérents) et le Parti Ouvrier Indépendant (8000 adhérents) présentent un réseau non négligeable mais très loin de celui du Parti Communiste.

 

Malgré son inexorable déclin, dont les prémices sont à mettre sur le dos de l'Union de la Gauche de 1974, le PCF conserve son âme militante, que, certes, bon nombre de mouvements politiques envient mais qui ne sont guère plus compatibles aux 700 000 adhérents revendiqués après la Libération.

 

Cet important vivier militant, en discordances avec les performances électorates du PCF, se justifie certainement par le militantisme historique qui a marqué le Parti Communiste Français, et quelques résidus de la grande époque sont toujours présents. Ce dernier reste également une plateforme d'échanges et débats internes au sein de la gauche radicale, ce qui séduit nombre de partisans de la mouvance radicale à adhérer au PCF plutôt qu'à d'autres formations tels que le NPA.

 

 

Le Parti Socialiste, ou la loi des fédérations

photo_1227026763803-1-0_zoom.jpgDifficile d'établir l'estimation d'une donnée dont nul ne connaît la valeur exacte... Le nombre d'adhérents recensés par le Parti Socialiste s'élève officiellement à 203 000 mais officieusement, il ne dépasse pas 120 000... La décentralisation des pouvoirs internes au profit des fédérations (une fédération correspond à un département, ce sont elles qui enregistrent les adhésions transmettant ensuite leurs données locales au Bureau des Adhésions qui établit le chiffre national) assure, certes, l'implantation locale du PS mais entrave la transparence du fichier ROSAM qui recense l'ensemble des adhérents.

 

Ainsi, sachant que leur poids au sein de l'appareil socialiste est subordonné à la vigueur des rangs de leur fédération, certains barons locaux n'hésitent pas à communiquer à Solférino des données anormalement élevées. Des enquêtes du Point et du Canard Enchaîné ont ainsi émis des doutes sur la véracité du listing de la fédération du Pas de Calais, vraisemblablement jonché de militants fantômes et autres doubles noms. Au sein même de l'appareil socialiste un élu assurait au Point, sous couvert d'anonymat, que "la fédé du Pas de Calais édite ses propres cartes ou les commande par paquets entiers à Solférino sans aucune justification" les attribuant par la suite à adhérents fantômes dont seul Jean Tibéri avait le secret.

 

Un autre responsable socialiste émettait quand à lui de sérieux doutes quand aux 50 000 nouvelles adhésions qui avaient précédé le Congrès de Reims, les mettant sur le dos des fédérations, soucieuses de conserver leur position au sein de l'appareil socialiste.

 

En outre, le PS, à l'instar de l'UMP, continue de considérer comme militant un adhérent ayant renouvelé une cotisation durant les deux dernières années écoulées : ainsi, sur 203 000 adhérents officiels il faut en soustraire 65 000 qui ne ne sont pas à jour de cotisation ! Si l'on soustrait à cette différence une quantité non négligeable de tripatouillages locaux, 120 000 adhérents s'apparente à une estimation proche de la réalité. Encore faudrait-il que Martine Aubry elle-même soit tenue au courant de cette réalité...


 

Le socle solide et constant de la droite nationale cb.jpg

Si le Front National (60 000 adhérents) et le Mouvement pour la France (15 000 adhérents) se classent respectivement 4ème et 6ème du classement, c'est que leur socle militant se distingue par sa fiabilité et sa constance. Effectivement, tandis que les performances électorales du Front ne cessent de chuter (0,94% aux municipales, 10% aux présidentielles contre 16 en 2002, 4% aux législatives contre 7 de plus en 2002), moins de 15 000 des 75 000 adhérents recensés en Avril 2007 ont quitté le Paquebot. Le Mouvement pour la France, lui aussi, en dépit du revers des européennes et des présidentielles est parvenu à conserver son rang, n'enregistrant que 7000 défections sur les 22 000 recensés sur la période précédant les échéances présidentielles.

 

Le rapprochement opéré avec l'UMP risque cependant d'enrayer cette relative constance. Il y a fort à parier que la branche orthodoxe de l'électorat viliériste se repliera sur Debout la République ou le Front National tandis qu'au sein de l'UMP, le MPF n'est pas encore assuré de ratiser les conservateurs ! Il doit effectivement affronter la concurrence du Parti Chrétien Démocrate de Christine Boutin.

 

 

La longue marche vers la transparence

Au dela des données que cette enquête tente, le mieux possible, de hiérarchiser et d'estimer , elle lève le voile, et elle est loin d'être pionnière dans le domaine, sur l'absence de transparence des formations politiques quand aux adhérents qu'ils revendiquent. A quoi bon surréevaluer ces données ? A quand l'établissement d'une autorité chargée d'établir la transparence dans le domaine ? Le nombre d'adhérents revendiqués par les formations politiques ne devrait-il pas être une donnée informative accessible à tous ? Sinon, comment donner du crédit aux élections internes, où la fraude s'est généralisée ? La route vers la transparence sera longue...et semée d'embûches.