08 juin 2009
A droite toute !
Les élections en vue du renouvellement du Parlement Européen, qui se sont achevées hier après avoir débutées jeudi au Pays Bas, ont à nouveau consacré un taux d'abstention particulièrement élevé au vu d'autres échéances nationales (59,4%, ce qui constitue une légère hausse par rapport aux échéances de 2004) et mises en lumière l'absence de scrutin supranational et de campagne aux thèmes et enjeux communs. Ainsi, quand la campagne italienne s'est centrée autour des affaires extra-conjugales de Silvio Berlusconi, les Autrichiens ont témoigné d'un eurosceptisme croissant, tandis que 85% des Polonais déclarent bénéficier de l'entrée de leur pays dans l'UE ! En France, la Majorité Présidentielle du Mouvement Populaire, du Nouveau Centre et de la Gauche Moderne est arriveé largement en tête du scrutin (28%), une première pour un parti au pouvoir depuis 1979, masquant ainsi la relative médiocrité du score obtenu par le bloc droite, minoritaire sur la scène politique (47%). A gauche, ces élections européennes ont sonné comme un véritable 21 avril bis [M.Peillon] pour des socialistes qui doivent se contenter d'un faible total de 14 sièges, en net recul par rapport aux échéances 2004. Résultats.
Le Parlement Européen à droite toute, les socialistes s'affaissent
49 sièges d'eurodéputés n'ayant pas été attribués en raison de la modification du fonctionnement électoral, c'est un Parlement Européen à 736 députés qui siègera d'orénavant à Strasbourg et à Bruxelles. Le groupe de droite, le PPE, a consolidé la majorité qu'il détenait, puisqu'il représente avec 267 députés 36% des eurodéputés, un pourcentage identique à celui de la législature précédente. Un succès d'autant plus marquant que le PPE a du faire face à la défection des conservateurs britanniques et tchèques, opposés à l'europhilie affichée du groupe. La première formation de l'hémicycle a incontestablement bénificié des très bons résultats obtenus par ses formations affiliées dans les pays où les gouvernements sociaux-démocrates ont assuré une mauvaise gestion de crise, mais également dans des pays où l'opposition de gauche s'était empêtrée dans des divisions internes partisanes ou idéologiques.
Les socialistes et sociaux-démocrates du PSE sont eux en net recul, (21% du parlement européen, contre 6 de plus auparavant) mais maintiennent leur avance sur les libéraux-démocrates de l'ADLE, handicapés d'une perte minime de 20 députés soit 1% de l'hémicycle.
Cette troisième place risque cependant d'être fortement remise en cause par l'influence grandissante de l'extrême droite ou plutôt des eurosceptiques, actuellement fortement divisés puisque scindés en deux, voir trois groupes parlementaires. Si l'Europe des Nations et Indépendance Démocratie ont tous deux régressé (-1,5%), ces deux groupes eurosceptiques seront probablement rejoints par les contingents conservateurs tchèques et britanniques, arrivés en tête dans leurs pays respectifs, et qui, sous l'impulsion du britannique James Cameron, ambitionnent de fonder un groupe conservateur européen. La fusion de ces trois groupes eurosceptiques pourrait alors s'imposer comme une hypothèse envisageable pour un courant qui deviendrait alors la troisième force de l'échiquier politique européen.
En France, une abstention record prévisible
En France, le taux d'abstention s'est élevé à 60,2%, soit trois points de plus qu'il y a quatre ans, et deux de plus que la moyenne européenne. Cette très faible mobilisation des électeurs n'est que le reflet d'une campagne qui n'est pas parvenue à attirer l'attention des français comme ce fut le cas lors des élections présidentielles il y a deux ans.
La faute à un manque de pédagogie certain quand au fonctionnement même de l'UE, souvent mal compris par les électeurs qui se réfugient en conséquence de cause dans l'abstention. En outre, l'absence d'alternative à la majorité présidentielle a découragé une tranche non négligeable de l'électorat d'aller se rendre aux bureaux de vote.
La victoire de l'UMP et d'Europe Ecologie offre un nouveau souffle à M.Sarkozy
Si les instituts de sondages s'étaient accordés sur la première place de l'UMP, nul n'avait osé hypothéqué une telle avance pour la Majorité Présidentielle. Tout d'abord, l'écart avec le Parti Socialiste s'est creusé à plus de 11,4%, une performance significative de la véritable main mise qu'a opéré la majorité présidentielle sur les 8 circonscriptions électorales, où elle est toujours arrivée en tête.
Une aubaine pour Nicolas Sarkozy, en quête d'un nouveau souffle en vue de la poursuite des grandes réformes de deuxième moitié de quinquennat. Cela nous donne plus de responsabilités pour poursuivre les réformes a ainsi assuré le président de la république hier après-midi dans le cadre d'une réunion ministérielle exceptionelle. Afin de poursuivre l'élan des élections européennes, Nicolas Sarkozy devrait prochainement procéder à un remaniement important, afin d'assurrer la succession de Rachida Dati, partie au parlement européen. Les pressentis pour succèder à l'ancienne directrice de campagne de Nicolas Sarkozy : Xavier Darcos et Eric Woerth. En outre, l'excellent score obtenu par Europe-Ecologie (voir ci-dessous) contraint le gouvernement a accentuer sa politique environnementale, dans la continuité par ailleurs de sa logique d'ouverture.
Succès innatendu de l'écologie politique
L'énorme surprise de ce scrutin a résidé dans la surprenante percée de l'écologie-politique, tout proche des 20% si l'on additionne le score d'Europe Ecologie (16,28%) et celui de l'Alliance Ecologiste Indépendante (3,63%), semant le trouble dans le traditionnel rapport des forces à gauche. A deux dixièmes de pourcent du Parti Socialiste, les listes d'Europe-Ecologie ont frôlé l'exploit, bien que leur troisième position n'enlèvent rien au succès et à la pertinence de leurs performances. Restons surtout, surtout unis a martelé le directeur de campagne d'Europe-Ecologie, fort de ce succès qui paraissait loin d'être évident à l'orée de la campagne. L'alliance entre l'européiste convaincu, favorable à l'écononomie de marché qu'est Daniel Cohn-Bendit et le militant radical soutien du NON au réferundum 2005 José Bové apparaissait comme superficielle et peu crédible au début de la campagne, lorsque le JDD titrait "la campagne de trop" pour Dany le Rouge Vert. Au final, le grand rassemblement entre associatifs, personnalités millitantes et trublions de l'écologie politique a formé un cocktail détonnant. L'objectif, désormais, n'est autre que de pérenniser cette alliance gagnante au niveau national...
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07 juin 2009
Elections européennes : la journée électorale en direct
08:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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04 juin 2009
L'éternel ennemi d'El comandante
Fidel Castro franchira-t-il le cap de la deuxième décennie du XXIème siècle ? Rien n'est moins sur tant le Lider Maximo multiplie les signes de santé inquiétants depuis sa crise intestinale, intervenue à l'été 2006. Grandement affaibli par l'opération qu'avait nécessité cette altération, Fidel Castro avait été contraint de transmettre les rennes du pouvoir il y a un an et demi, à son cadet Raul. Quand je suis tombé gravement malade la nuit du 26 et à l'aube du 27 juillet, j'ai pensé que ce serait la fin avait affirmé Fidel Castro un an après sa crise intestinale, au cours d'une longue série d'entretiens, censés témoigner de la ferveur intacte du révolutionnaire. Effectivement, l'aggravation de son état de santé n'a pas altéré la virulence de son discours à l'égard des Etats-Unis : il n'avait ainsi pas manqué de décocher une nouvelle pique aux services de renseignements américains, affirmant qu'ils vérifient n'importe quelle personne qui se présente à l'entrée de ma porte. Depuis sa prise de pouvoir en 1959, Fidel Castro n'a cessé d'attiser l'attention des Etats-Unis d'Amérique, un fait d'arme dont ne peut que s'enorgueillir le chef d'état d'une île de moins d'onze millions d'habitants. Le feuilleton US-Castro n'aura cessé d'animer la politique internationale du siècle dernier, avec la crise des missiles comme point d'orgue d'une relation conflictuelle ayant traversé les décennies. A l'heure de l'apaisement, retour sur un demi-siècle de tensions US-Castro...
Le jeune Fidel Castro, sous le charme des états-unis d'Amérique
Le Cuba dans lequel Fidel Castro a évolué tout au long de sa jeunesse est entièrement dépendant des Etats-Unis : la capitale, La Havane, où il évoluera à partir de l'âge de 13 ans, au collège de Belém puis à l'université d'avocat, est une terre propice au jeu et au défoulement pour les classes supérieures américaines, de façon que La Havane de 1940-50 est à juste titre mise en relation avec l'actuel Las Vegas. Maisons closes et casions florissent tandis que la dépendance de Cuba vis à vis des Etats-Unis prend une ampleur à la limite de la décense : 4/5 de la production sucrière est exportée à destination des USA, la proportion est identique s'agissant des produits importés en provenance des Etats-Unis. Quand aux firmes américaines, elles contrôlent l'immense majorité des services publics cubains et sont en charge de la gestion de la totalité de l'exploitation de brut.
Fidel Castro a fréquemment décrit la lente évolution de sa conscience politique vers le marxisme-léninisme, et, plus précoce, vers l'anti-impérialisme. Il avoue ainsi sans retenue qu'Ernesto Guevara avait acquis nettement plus rapidement que lui une culture révolutionnaire. Cette lente maturation idéologique explique la fascination qu'éprouve le jeune Fidel Castro vis à vis des Etats-Unis. A 10 ans, il félicite dans une lettre le président Franklin Roosevelt pour sa réelection, en le priant, en vain, de lui adresser un billet d'un dollar, dont il rêve de connaître la physionomie. Par la suite, c'est à New York qu'il entreprend son premier voyage de noce, financé par sa belle-famille bourgeoise : le futur barbudo est sous le charme de la cité new-yorkaise.
Face aux menaces implicites d'assassinat, formulées par le dictateur alors au pouvoir Batista, Fidel Castro fuit au Mexique en 1955. C'est ici qu'il rencontre Ernesto Guevara, avec qui, associé à l'actuel chef d'état cubain Raul Castro, ils formentent le projet de guérilla qui les hissera au pouvoir en 1959. Faute de moyens, les futur guérilleros se hatent de partir en quête de financements. Influencé par l'image de prospérité régnant aux USA qu'il a entretenu tout au long de sa jeunesse, Fidel Castro achète à crédit un billet d'avion à destination des Etats-Unis. Il arpente trois mois durant le voisin nord-américain, en vue de collecter des fonds. Son charme, associé à un charisme certain, lui permettent de rassembler près de 9000 dollars. Quatre ans plus tard, Fidel Castro et ses guérilleros renversent le régime dictatorial de Batista... La fascination de Castro pour les Etats-Unis subsiste-t-elle encore ?
Tentatives infructueuses de cohabitation
En 1959, au terme de plus de trois années de guérillas, les barbudos parviennent enfin à se hisser au sommet de l'état cubain, portés par la ferveur populaire. La position de Fidel Castro vis à vis des Etats-Unis, bien qu'affirmant être fortement opposé au modèle social américain, est celle d'une cohabitation pacifique si ce n'est coopérative. Le développement de Cuba est impossible si l'entente avec les Etats-Unis n'est pas assurée affirme Fidel Castro au lendemain de sa victoire, ajoutant que la couleur de sa révolution ne sera ni bleue ni rouge mais vert olive, en référence aux couleurs des uniformes guérrileros. En outre il entreprend un voyage diplomatique aux Etats-Unis, en 1959, durant lequel son discours suivi par 30 000 personnes témoigne d'une popularité certaine : au lendemain de l'arrivée de Castro au pouvoir, Cuba semble engagé dans une cohabitation pacifique avec les Etats-Unis.
Les Etats-Unis se montrent cependant très réticents à l'idée d'une pérennisation de Fidel Castro à la tête de Cuba : à quelques jours de la victoire des guérilleros, ils tentent d'organiser des élections présidentielles, qui, dépourvues de légitimité ne sont pas prises en compte par le peuple. Avant même toute prise de contact avec Fidel Castro, la CIA envisage un assassinat du guérillero. Par la suite, les premières mesures du gouvernement castristes, et tout particulièrement la réforme agraire, qui contraint les propriétaires terrains à renoncer à leurs exploitations au-dela de 405 hectares, mettent en péril les grands monopoles américains, au grand dam de l'administration Kennedy.
C'est en 1960 que le divorce intervient : face au refus évident des Etats-Unis de coopérer avec Fidel Castro et la nouvelle donne qu'il propose de faire émerger, Cuba se réfugie dans les bras de l'URSS. Un accord quiquennal est signé entre les deux parties, l'URSS se doit d'acheter 5 millions de tonnes de sucre à Cuba tandis que l'île doit désormais importer son acier et ses machines-outils en provenance d'URSS. Les Etats-Unis tombent des nues d'autant plus que s'ajoute à cela une provocation insupportable de Fidel Castro, qui, en voyage à New York dans le cadre d'une réunion de l'ONU, élit domicile dans un hôtel du Harlem...réservé aux personnes de couleur noire !
Guerre militaire, guerre économique et guerre verbale
La maturation idéologique de Fidel Castro s'achève probablement aux alentours de 1961 : à la révolution vert olive se subsiste la révolution marxiste-léniniste, comme en atteste à la télévision, en décembre 1961, Fidel Castro lui-même. Je le reconnais avec fierté et conviction, je suis marxiste léniniste et je le resterai jusqu'au dernier jour de ma vie affirme alors le chef d'état cubain. Castro n'a alors qu'un seul objectif certes quelque peu utopique en tête : humilier et surtout devancer le système capitaliste américain. Première réussite : le débarquement de la baie des cochons, opéré par la CIA en dépit de la réticence exprimée par John Kennedy, se solde par un échec cuisant pour les Etats-Unis : munis de 7 avions, non seulement les officiers cubains l'emportent mais ils font près de 1200 prisonniers !
Un an plus tard, éclate la crise des missiles. Des cargots en provenance d'Union Soviétique se dirigent dès juillet 1962, à destination de Cuba, transportant des fusées atomiques. Dupés, les Etats-Unis croyent à des armes défensives. Une mission photo menée par le commandant Heyser permet en octobre 1962 de prendre conscience de l'installation de fusées atomiques à Cuba, dirigées en direction des Etats-Unis.
Eclate alors une crise tripartite entre l'URSS, Cuba et les Etats-Unis. Au terme d'une dizaine de jours de négociation au bord de la guerre nucléaire, une voie de résolution semble se dégager. Castro jauge alors le moment opportun pour abattre un avion US, sous prétexte que ce dernier violait l'espace aérien cubain. Tous les efforts de conciliation semblent alors vains mais les USA comme l'URSS passent outre l'incident. Le conflit se règle entre deux des trois béligérants, Castro étant mis à l'écart. Ce dernier, fou de rage, se montre vivement opposé à l'accord trouvé. Castro estime les contreparties accordées à Cuba en l'échange du retrait des missiles trop faibles, et, il n'est pas parvenu à son objectif : déclencher une guerre mondiale, capable d'anéantir les Etats-Unis. Dans une lettre adréssée au président d'Union Soviétique Kroutchev, il fait clairement part au dirigeant russe de ce souhait.
Au lendemain de cette crise diplomatique historique, Cuba est soumis à un contraignant blocus économique des Etats-Unis, ce qui accroit sa dépendance à l'URSS. La volonté de Fidel Castro et d'Ernesto Guevara est de bâtir la société de l'homme nouveau, employé par l'état dans des coopératives, avec l'égalité salariale absolue, en supprimant les incitations matérielles. Cette société communiste s'oppose en tous points avec l'ennemi américain : Castro conserve son objectif quelque peu utopique en tête de devancer les Etats-Unis en instaurant une société marxiste-léniniste à Cuba.
Les premiers échecs se font grandement sentir : la suppresion des incitations matérielles et un travail non intéréssé conduisent à un absentéisme de l'ordre de 20%, un taux qui grimpe jusqu'à 50% dans la région de l'Oriente ! Notre illusion a été de croire que notre société pouvait d'un seul coup se transformer en une communauté où se chacun se comporterait de manière irréprochable sur le plan éthique et moral concède Fidel Castro face à cet échec cuisant et restaure dès 1969 un certain nombre d'incitations matérielles : la machine cubaine repart de plus belle, sans que le régime n'en fasse acte, au risque d'avouer implictement que le système capitaliste est nettement plus productif que le système communsite.
Toujours dans le même objectif que de devancer à terme les Etats-Unis d'Amérique en instaurant une société pérenne et enviée, Fidel Castro souhaite s'imposer comme un acteur majeur sur la scène internationale, et engage les troupes cubaines en Angola. Les Etats-Unis font preuve de leur opposition à cette aide militaire, ce qui irrite au plus haut point Fidel Castro : de quelle base morale dispose un pays qui a ses troupes sur tous les continents pour justifier sa position sur les troupes cubaines en Angola ?
La conciliation impossible
Le rêve de Fidel Castro s'éteint avec la chute de l'Union Soviétique. L'économie cubaine était basée sur un système semblable au troc, avec le bloc communiste et tout particulièrement l'URSS. Pourtant, Fidel Castro accentue sa politique communiste et refuse la conciliation avec les Etats-Unis, qui serait interprêtée selon le Lider Maximo comme l'abdication du système communiste face au capitalisme, tout cela, en dépit d'une récession de l'ordre de 30% en 1992 et une chute du pouvoir d'achat des cubains de plus de 70% entre 1991 et 1994. Bref, la conciliation entre les USA et Cuba n'interviendra pas tant que Fidel Castro ne s'en ira point sous d'autres cieux...
19:15 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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