14/11/2011

Montebourg, la limite d'âge qui passe mal

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Arnaud Montebourg a proposé à Martine Aubry dans une lettre ouverte de fixer une limite d'âge aux candidats investis par le Parti Socialiste en vue des élections législatives 2012. Fort heureusement, le bureau national a rejeté mardi la proposition du député de Saône-et-Loire.


Je te propose donc de demander au Bureau national de demain, mardi 8 novembre 2011, de fixer l’âge limite à l’investiture à 67 ans révolus. C'est en ces mots que Arnaud Montebourg a appelé la première secrétaire du PS a fixer une limite d'âge dans l'optique des prochaines investitures pour les législatives, allant jusqu'à dresser un listing de 21 députés, jugés non aptes à briguer un nouveau mandat en mai prochain. Parmi eux, Jean-Louis Bianco, Jack Lang ou encore Gérard Bapt.

Si je fais cela, c'est parce que ce qui se dessine actuellement m'inquiète. Une fois de plus, le parti reprend ses mauvaises habitudes justifie Arnaud Montebourg, ajoutant est-il acceptable que des députés socialistes ayant accompli parfois leur 7e ou 8e mandat, élus depuis 1978 ou 1981, atteignant l'âge respectable de 68, 69, 70, 71, 72 ou 73 ans, déclarent vouloir se représenter dans une période où le monde ne vit plus sur les mêmes règles qu'il y a ne serait-ce que 10 ans?

Une proposition discriminante

Le meilleur des avocats aurait sans doute eu été à court d'arguments pour défendre pareille position. Car derrière le cliché de la personne âgée coupée des réalités, la suggestion d'Arnaud Montebourg est profondèment discriminante. Fixer des critères d'admissibilité au suffrage universel en se basant sur l'âge et les caractéristiques physiques des individus est un acte jugé discriminant d'après l'article 225-1 du code pénal qui stipule que constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison (...) de leur apparence physique, (...) de leur état de santé ou (...) de leur âge.

De plus, la loi précise qu'entraver l'exercice normal d'une activité économique quelconque ou  subordonner une offre d'emploi aux critères vus ci-dessus est passible de trois années d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. D'un point de vue strictement légal, la proposition d'Arnaud Montebourg est donc caduque. 

Les jeunes politiciens ont souvent regretté le lent renouvellement des classes politiques et appelés à faire plus de place aux jeunes dans les institutions françaises. La proposition de Maxime Verner pour l'égibilité des députés et du président de la République dès 18 ans, adoptée en 2010, va dans ce sens. La volonté d'assurer aux jeunes une place dans les corps de la République est évidemment louable et toute forme de discrimination contre les jeunes est scandaleuse. Mais il en va de même pour les personnages âgés. Il n'y a ni vieux cons, ni jeunes cons : juste des personnes sensées qui aspirent à défendre et à contribuer à la bonne marche de la République. 

L'éternel cliché démagogue du vieux con

Pour justifier sa proposition, Arnaud Montebourg assure que la limite d'âge qu'il préconise permettra de faire émerger de nouvelles générations et de nouvelles têtes. Mais pourquoi donc aurait-on plus besoin de jeunes que de "vieux" ? Pourquoi passé un certain âge, les individus seraient-ils moins capables de comprendre le monde qui les entoure ? Il n'y a sans doute pas plus bel exemple que l'édition de mardi dernier du Petit Journal où le doyen de l'Académie Goncourt Robert Sabatier (88 ans) a infligé une véritable raclée à Yann Barthès dans une confrontation au bras de fer : une belle leçon pour Arnaud Montebourg.

montebourg,aubry,maxime verner,67 ans,discriminationL'éternel cliché du vieux gâteux sert peut-être l'exposition médiatique du vaincu des primaires mais il est complètement dénué d'intelligence et n'est que la conséquence d'un esprit de généralisation qu'on a plutôt l'habitude de rencontrer dans le discours des extrêmes. D'ailleurs, certains grands hommes n'ont-ils pas écrit les plus belles pages de leur Histoire passé 68 ans ? Montebourg aurait-il voulu empêcher François Mitterrand d'être réelu président, à 71 ans ? Aurait-il voulu renier le droit de De Gaulle de revenir au pouvoir en 1958 pour mettre en place la Vème république, à 68 ans ? Aurait-il banni Jacques Chaban-Delmas de l'Assemblée Nationale, élu au perchoir à 71 ans ? 

Les mêmes recettes que le FN 

La proposition d'Arnaud Montebourg relève donc non seulement de la discrimination et du cliché, mais elle reprend également les vieilles recettes du Front National et de l'aile droite de l'UMP. Le PS a fustigé cinq années durant Nicolas Sarkozy en lui reprochant d'attiser les haines des uns envers les autres, en reprenant la recette lépeniste du "3 millions d'immigrés, 3 millions de chômeurs". Or, la proposition de Montebourg relève du même acabit : mais à défaut d'attiser les haines "ethniques", il nourrit le conflit générationnel. Cette fois ce n'est pas l'immigré qui vole votre emploi, mais la personne âgée.

Quand Montebourg affirme que les plus de 68 ans n'ont plus la capacité d'exercer leur mandat, il sous-entend en effet que ces députés s'aggripent à leur fonction, se maintiennent dans leurs acquis et à ce titre, prennent la place de jeunes politiciens en devenir, innocents et plein de motivation. Montebourg trouve ici un bouc-émissaire idéal, dans un exercice de rhétorique démagogue parfaitement exercé. Le député de Saône et Loire n'a pas à rougir de sa prestation de mimétisme de ceux qui dans les plus extrêmes contrées de la droite, sont pourtant sa cible privilégiée.. 

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