09/04/2011
Sarkozy vire à bâbord
Nicolas Sarkozy a profité d'un déplacement à Issoire dans le Puy-de-Dôme pour engager les hostilités de la campagne présidentielle, et tenter de combler le fossé qui le sépare de son adversaire socialiste. Convié à participer à une table ronde chez le fabricant Alcan EP, le président sortant a tenu à signifier sa volonté de mettre en place un système qui fait qu'au moment où on augmente ce qu'on donne aux actionnaires les salariés en aient une partie aussi. La valeur d'une entreprise, c'est (...) son tour de main, c'est la qualité des salariés, des ouvriers des cadres (...) s'ils sont heureux, s'ils sont considérés, respectés, s'ils sentent que quand ça va mieux, eux aussi en profitent, c'est tout bénéfice a ajouté le président de la république, se découvrant une fibre sociale qu'on ne lui connaissait pas.
Cette petite phrase, la première d'une longue campagne qui s'engage, n'est pas anodine. Elle traduit en effet un changement de cap chez le président Sarkozy. Tout au long de son mandat, ce dernier a en effet élaboré une stratégie d'union de la droite (d'où le comité de liaison de la majorité présidentielle), dans l'optique de créer une dynamique de premier tour et ainsi aborder favorablement le deuxième tour.
Mais afin de rassembler la droite dans son intégralité, le président s'est laissé embarquer dans une reconquête de l'électorat frontiste, usant à tout bout de champ de la rhétorique de l'immigration et de l'identité nationale. Cette stratégie a conduit à la montée en puissance du FN et à la déliquescence de l'UMP, en voie de scission entre une branche populiste et son aile chrétienne-démocrate, centriste. La frontière entre UDF et RPR reste malgré tout hétérogène, presque dix ans après la création de l'UMP.
Les sondages alarmistes et la côté de popularité en chute libre de l'exécutif ont convaincu Nicolas Sarkozy de changer de cap. Après une décennie de gouvernement de droite et seize ans de présidence UMP, il existe un désir profond d'alternance. Si il veut être réelu, Sarkozy devra donc jouer sur la carte sociale. L'émancipation du centre, incarnée par le départ de Jean-Louis Borloo de l'UMP, l'ont également alarmé sur la dangerosité de mener une campagne à droite.Ce sera d'autant plus nécessaire que Jean-Louis Borloo et Dominique de Villepin comptent bien occuper l'espace politique centriste, que Sarkozy a déjà commencé à délaisser en chassant sur les terres frontistes. En se recentrant sur sa gauche, Sarkozy envoie un signal fort sur une campagne qu'il entend bien mener sur les plates bandes de son ancien ministre de l'écologie. Ce qui est certain, c'est que Sarkozy vire à bâbord...
Publié dans Politique Nationale | Lien permanent | Tags : sarkozy, issoire, salaires, gauche, ps, projet, borloo |
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