28/02/2010

100 jours pour convaincre

coupe.jpgNous voila à 100 jours du mondial de football, ou 102 jours pour être précis, l'évènement sportif le plus radiotélévisé du monde, derrière les Jeux Olympiques d'été, qui fêtera en Afrique du Sud, le 10 juin, au Soccer City Stadium, à l'occasion du match d'ouverture Mexique-Afrique du Sud, ses 70 ans d'existence. 70 ans. Une éternité. Le football des champions du monde uruguayens de 1930 n'est guère comparable à ce que nous entendons aujourd'hui par football. Le professionnalisme est tout d'abord passé par la et les sommes colossales qu'il a amené avec lui. La notoriété évidemment : il me semble utile de rappeler qu'en 1930, les principales équipes européennes, comme l'Allemagne, l'Italie et même l'Angleterre, le berceau du football, s'étaient refusées à participer, arguant que le  déplacement en Uruguay, très couteux, n'avait guère d'intérêt. Inconcevable aujourd'hui ! De plus, quand aujourd'hui le 4-5-1, le 4-4-2 ou le 4-4-3 font l'unanimité, le 2-3-5 des champions du monde uruguayens de 1930 prête à sourire. Que de chemin parcouru par cette compétition, hier mineure, aujourd'hui synonyme de sacre suprême pour tout détenteur du trophée Jules Rimet.

 

Parlons-en justement du trophée Jules Rimet, cette statuette en or, cet ange qui porte en triomphe un globe. Symbole de la compétition, il devra probablement quitter l'Italie, après y avoir séjourné quatre ans, pour une des 32 fédérations nationales de football dont les sélections ont obtenu un ticket pour ce mondial. Plus probablement, il entrera en la possession d'un des favoris car telle est la particularité du mondial : si des équipes jugées modestes peuvent se hisser en demi-finale, nulle n'a réussi à atteindre la finale, et encore moins la victoire. Le cercle fermé de détenteurs du trophée en témoigne : ils ne sont que sept en dix-huit éditions contre 9 en 13 éditions à l'Euro, le championnat d'europe de football. Mais ces favoris, qui sont-ils justement ?

 

 

Dix équipes peuvent prétendre à la victoire finale

Le Brésil et l'Espagne, toutes deux en tête du classement FIFA, semblent au-dessus du lot. Le Brésil de Dunga, premier de la zone Amsud en qualification avec en prime la meilleure attaque et la meilleure défense, a mis en place un 4-4-2 imparable, permettant aux brésiliens de s'offrir en 2009 la coupe des confédérations. Or, la Seleçao a rompu avec le football spectacle dont elle s'était faite la meilleure ambassadrice pour proposer un jeu plus austère et plus terre à terre, à un point tel qu'elle se donne des airs de Mannschaft. L'austérité et le réalisme de Dunga, capitaine en 1994, ont poussé sur le banc les Ronaldo, Ronaldinho, Pato et Adriano. Même Daniel Alves, considéré comme le meilleur arrière droit du globe, a été poussé sur le banc. Ce Brésil la est triste mais il gagne.

 

618-equipe-type-pour-l-espagne.jpgQuand à l'Espagne, elle sort légitimée et décomplexée de sa victoire à l'Euro 2008, elle, la championne du monde des matchs amicaux, toujours placée, jamais gagnante. Cette génération dorée, avec ses 10 victoires en 10 matchs en qualification malgré la concurrence bosniaque et turque, a tous les atouts pour enfin s'adjuger une couronne mondiale. Le 4-4-2 mis en place par Vicente Del Bosque, dans la continuité de Luis Aragones, est basé sur une défense de fer, pièce maîtresse de l'édifice qui a toujours fait défaut à la Roja, avec Iker Casillas aux cages, Sergio Ramos à droite et une charnière Puyol-Piqué made in Barça, sans doute la plus efficace de la planète avec la paire Vidic-Ferdinand de Manchester United. Xavi en meneur de jeu, épaulé par Xabi Alonso grâce à qui le duo Torres-Villa en attaque prend toute sa dimension. Mais cette sélection idyllique  reste confrontée à son passé à aux statistique : sa meilleure performance reste une demi-finale au mondial 1950 et nul n'a réalisé un doublé Euro-Mondial (la France a certes réalisé en 1998-2000 un doublé Mondial-Euro), d'autant plus que  l'Espagne, si elle finit première de son groupe et le Brésil deuxième, devra affronter dès les huitièmes de finale la Seleçao ! C'est sans parler l'excès de confiance, l'absence de modestie, de cette Roja qui voulait en 2006 "envoyer Zidane à la retraite". Si elle passe outre ces éléments, l'Espagne peut rêver marquer l'histoire...si cela n'a pas déjà été fait.

 

L'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie peuvent également prétendre au sacre suprême mais ne jouent pas dans la même cour. Certes l'Angleterre présente une équipe solide et sortie grandie du traumatisme de la non-qualification à l'Euro 2008 et la génération des Cole, Terry, Lampard Gerrard et Rooney semble prête à relever le défi du mondial-sud africain.  L'Allemagne, on le sait, jouera un rôle, elle qui a toujours franchi la phase de poules depuis 1950. Quand à l'Italie, elle ne suscite guère l'enthousiasme depuis le mondial 2006 mais avec Marcello Lippi sur le banc, revenu aux affaires après l'Euro, la Nazionale n'a pas besoin de jouer pour gagner : en 2006, le parcours des italiens en phase finale n'avait d'ailleurs rien eu d'héroïque : une victoire obtenue sur un penalty litigieux en toute fin de match sur l'Australie (1-0), une déculottée 3-0, certes, mais c'était contre l'Ukraine, une victoire à l'usure en prolongation (2-0) contre l'Allemagne et un sacre obtenu aux tirs aux buts à l'issue d'un match ou sans un excellent Buffon et des français à la peine sur coups de pieds arrêtés, ils n'auraient pas eu l'occasion de coudre une quatrième étoile.

 

Enfin la Côté d'Ivoire, la France, le Portugal, l'Argentine et les Pays-Bas feront figure d'outsiders. En clair, 10 équipes, sur les 32 qualifiées, peuvent réellement prétendre au sacre mondial. Deux supers-favoris, l'Espagne et le Brésil, quatre géants européens, l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Allemagne et l'Italie, trois nations en méforme mais capable du meilleur, le Portugal, la France et l'Argentine ainsi que la perle africaine, la Côté d'Ivoire, qui jouera quasiment à domicile.

 

 

Cent jours pour faire émerger un collectif

franceeire.jpgLes Bleus, eux, abordent ce mondial à reculons car depuis la victoire 3-1 sur l'Italie à l'automne 2006, la sélection tricolore alterne le moyen et le médiocre. Le sélectionneur Raymond Domenech est la cible des critiques tant sur ses relations avec les joueurs que sur ses choix tactiques. Après un Euro 2008 catastrophique, les Bleus ont obtenu leur ticket pour l'Afsud dans la douleur, en barrages qui plus est, et ce grâce à un Hugo Lloris au sommet de sa forme et une décision arbitrale litigieuse prononcé par M.Hanson (décidément loin de faire l'unanimité après le récent Porto-Arsenal) qu'il est inutile de commenter tant la France entière s'y est donnée à coeur joie. Le parcours chaotique des bleus, entamé par une défaite (3-1) contre de modestes autrichiens et entaché de performances certes honorables contre la Serbie (1-1) et la Roumanie (1-1) mais où les Bleus auront fait preuve d'un manque de réalisme flagrant et démontré les carences d'un effectif mal huilé.

 

Pourtant sur le papier, la France dispose d'un des meilleurs effectif du monde, mis à part l'Espagne et l'Angleterre : aux cages, Hugo Lloris, réalise une saison exceptionnelle et fait sans nul doute parti des cinq meilleurs portiers du globe (avec Casillas, Buffon, Cech, Cesar voire Reina). Patrice Evra reste le meilleur arrière gauche du monde avec Lahm et William Gallas, bien installé en défense central, n'a pas encore trouvé partenaire à son pied, mais avec Abidal, Squilacci et Escudé en candidat, c'est un problème de riche. En milieu défensif, Jérémy Toulalan ou Lassana Diarra sont en concurrence ou associés et font les beaux jours des Bleus comme du Real Madrid et de l'Olympique Lyonnais. Sur le front offensif, la formation tactique est moins nette : une solution avec trois milieux offensifs (Gourcuff au centre, Henry à droite et Ribéry à gauche) semble avoir les faveurs de Raymond Domenech. A la pointe de l'attaque, la situation est claire, ce sera soit Gignac, soit Anelka soit Benzema. Si cette brochette d'individualités forme un collectif digne de ce nom, nul doute que la France peut espérer aller loin...très loin.

 

 

Mon pronostic

Dans le groupe A, la France semble favorite et je la vois finir première devant le Mexique. L'Afrique du Sud, trop faible, et l'Uruguay qui compte sur un Forlan vieillissant  (à l'inverse de la paire offensive mexicaine Vela-Dos Santos), ne semblent pas avoir les atouts sufisants pour passer en huitièmes. Dans le groupe B, nul doute que l'Argentine obtiendra la première place. La Grèce d'Otto Rehaggel, et son bloc défensif imparable ont l'avantage de défier deux équipes qui ne brillent guère offensivement, la Corée du Sud et le Nigéria, et je parierai donc sur une deuxième place pour les champions d'Europe 2004.

 

imagez.jpgDans le groupe C, l'Angleterre version Capello, sauf accident de parcours, devrait survoler les débats. Les Etats-Unis, finalistes de la coupe des confédérations l'an passé, ont une longueur d'avance sur l'Algérie et la Slovénie, mais que vaut la sélection Yankee sans Davies ? Et peut-on ignorer leur contre-performance, en Gold Cup, à domicile, où les américains ont fini finaliste, battus 5-0 en finale par le Mexique ? Tout dépendra de leur gestion du premier duel contre l'Angleterre... Dans le groupe D, un des plus relevés, l'Allemagne obtiendra son billet sans nul doute. Le Ghana, finaliste de la CAN, dispose d'un effectif complet et d'un banc riche, la CAN 2010 en est la preuve et l'Australie manque peut-être d'expérience. Quand à la Serbie, elle a assuré avec brio sa qualification et a les moyens de se qualifier : elle compte sur son trio magique Vidic-Stankovic-Zigic.

 

Dans le groupe E, je miserai sur une qualification des Hollandais et du Japon, qui arrive plein d'ambition (ils visent une demi-finale, rien que ça) mais peu pris au sérieux : attention l'effet de surprise... Le Danemark et le Cameroun devraient donc rester à quai. Dans le groupe F, l'Italie et le Paraguay ont mes faveurs face aux All Whites néo-zéolandais et aux slovaques, novices en la matière. Enfin le groupe de la mort, le G, verra certainement une Corée du Nord K-O et le Portugal et le Brésil dominer sans forcer une Côté d'Ivoire encore malchanceuse au tirage au sort et qui a peiné à convaincre à la CAN, et qui vit une période de troubles après le licenciement de Vahid Halidozic malgré une génération dorée qui n'a toujours pas éclo. Enfin dans le groupe H, les Suisses et les Espagnols sont clairement supérieurs au Chili et au Honduras.

Publié dans Football | Lien permanent |

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://lejournallectumag.blogspirit.com/trackback/1902173

Écrire un commentaire