18 juin 2009

Vacances !

Vacances obligent, je ne pourrai assurer une mise à jour régulière du blog jusqu'au 31 Août prochain et je suis en conséquence contraint de stopper sa diffusion durant cette période. Si vous souhaitez être averti de la reprise de la publication, n'hésitez pas à vous inscrire à la newsletter du blog, dans l'onglet "Newsletter" situé dans la colonne droite du blog en-dessous de l'onglet "Ma sélection". Sur ce, je vous souhaite, par avance, une excellente période estivale qui je l'espère, n'entamera pas votre intérêt pour LeNouvelHebdo.

 

Bien Cordialement,

Alex Joubert

lenouvelhebdo@yahoo.fr

14 juin 2009

L'erreur stratégique de Martine Aubry

photo_0302_459_306_25195.jpgUn semestre après son élection controversée à la tête du Parti Socialiste et au lendemain de la déroute cuisante des élections européennes (16% des suffrages, presque deux fois moins que l'UMP), Martine Aubry se doit de tirer les enseignements d'un tel échec, enregistré alors que l'exécutif doit faire face à une défiance et une impopularité croissante. Tout d'abord, la tentative d'unification du parti, alors empêtré dans d'inexorables divisions internes, s'est soldé par un échec cuisant : en priant les différentes personnalités socialistes de limiter leurs interventions médiatiques afin d'afficher une ligne politique claire et unie, Martine Aubry a préféré ignorer les fortes divergences idéologiques qui existent au sein du PS (voir mon article "Le PS plongé dans une crise idéologique") que de solutionner cette problématique. Conséquence directe de cette stratégie alors encensée par les chroniqueurs : l'absence d'engagement des socialistes dans la campagne européenne, que les français ont vivement réprouvé via le bulletin de vote Europe-Ecologie. L'unification des courants au sein du parti se solde donc par un échec criant, et Martine Aubry va être contrainte de les affronter de face.

 

Effectivement, le Parti Socialiste ne pourra assurer sa pérennisation si il ne tranche pas entre la démocratie participative moderne de Mme Royal, (bien souvent assimilée à la social-démocratie européenne) et le socialisme à l'état brut, grand dilemme de ce siècle. Trouver une issue à cette impasse avant les présidentielles de 2012 ne paraît cependant pas concevable : si le PS tangue vers la gauche radicale, son statut de parti de gouvernement prendra un coup, tandis que si il se rapproche de la social-démocratie, le poids de la gauche radicale sur l'échiquier politique s'en verra accru. A fortiori, aucune de ces deux alternatives ne semble en mesure de résorber la crise dans laquelle s'est embourbé le PS.

 

On en revient donc à la troisième stratégie, que Martine Aubry aura en vain tenté d'imposer, celle de l'unification de façcade, responsable de la déroute des socialistes. L'image d'unité, bien que fourvoyée, a incontestablement bénéficié à l'UMP, pourtant elle aussi caractérisée par des multiples divergences au sein-même des organes de la formation. Seule différence avec le Parti Socialiste, le Mouvement Populaire possède un avantage de marque, celui de posséder un leader incontesté et fort d'une légitimité que nul ne conteste. Si il souhaite enfin remporter une élection présidentielle, en 2012, ce qui constituerait une première depuis 24 ans, le Parti Socialiste n'a plus qu'espérer l'arrivée du messie...ou se replonger dans d'interminables luttes internes en quête d'un(e) leader...

13 juin 2009

Europe-Ecologie remet au goût du jour la question environnementale

deda4696-539f-11de-a619-9bd384adb8b6.jpg

Au-delà de la surprise électorale qu'a constitué l'imprévisible et étonnante troisième position des listes Europe-Ecologie, c'est un tournant politique et sociétal non négligeable qu'amorce la performance des listes menées par Daniel Cohn-Bendit. Tout d'abord, elle intervient au moment où la culture verte et l'implication des français dans la lutte contre le réchauffement climatique et la pollution avaient tendance à régresser dans l'hexagone. Les mesures de bonus-malus sur l'automobile mais également les projets de taxes environnementales avaient entravés l'adhésion des français aux discours environnementaux. 43% des français estimaient ainsi que le réchauffement climatique n'est pas aussi grave qu'on le pense tandis que 2/3 des sondés attribuaient au gouvernement une utilisation perverse des questions environnementales pour lever plus d'impôts. Les 16% des suffrages réunis par les listes Europe-Ecologie vont donc remettre les questions environnementales au coeur du débat et ainsi aiguiser la conscience verte en déclin des français.

 

En outre, la percée de l'écologie politique va inexorablement conduire le gouvernement à accélérer les réformes environnementales. Ainsi, le projet de taxe pour le climat est d'ores et déjà dans le collimateur du président de la république, qui espère un soutien accru des français sur cette mesure au lendemain de la victoire des écologistes. La mise en place de cette taxe, que Jean-Louis Borloo désigne par le terme contribution climat énergie consiste à imposer la consommation d'énergies fossiles des contribuables. Sa promulgation, qui ne devrait intervenir qu'à l'horizon 2011-2012, soulève encore quelques interrogations, telle que l'identité de l'imposé, le consommateur ou le producteur, la première éventualité ayant pour vertu de sensibiliser au plus près les français.

 

Cependant, les associations de consommateurs ont d'ores et déjà vivement protesté à l'égard de la contribution climat énergie, prétextant qu'elle agirait aux dépends des ménages à bas revenus, souvent peu à mêmes de moderniser leurs installations énergétiques. Face à ce risque, l'idée de chèque vert, afin d'épauler les bas revenus pourrait faire son bout de chemin, portée par les mouvements écologistes et un groupe non négligeable de sénateurs UMP.

 

L'instauration de cette contribution énergie climat s'inscrit dans la ligne du champ d'actions accru du gouvernement sur le thème de l'environnement, priorité numéro 2 de l'éxécutif avait assuré Nicolas Sarkozy. Nous devons prendre des décisions pour que les énergies renouvelables soient aussi importantes que celles qui ont été prises par de Gaulle dans les années soixante en faveur du nucléaire avait d'ailleurs affirmé le président de la république au lendemain des échéances européennes, dans le cadre d'une visite dans les locaux de l'Institut National de l'Energie Solaire (INES). Sa probable prochaine intervention radiotélévisée, afin de tracer la route de la deuxième moitié de quinquennat, devrait d'ailleurs être l'occasion pour le président de la république d'acter ce virage vert.

 

Politiquement parlant, cette nouvelle orientation pourrait profiter en tous points à Nicolas Sarkozy ! Elle confirmerait effectivement son caractère d'ouverture, un avantage qui pourrait faire la différence en vue des échéances présidentielles de 2012. Comme ce fut le cas pour François Mitterrand (1988) et Jacques Chirac (2002), l'image de rassembleur au-dela des divisions partisanes et idéologiques est un avantage de taille lorsqu'un candidat brigue sa réelection à la Présidence de la République. En se faisant l'apôtre du développement durable (il en aura l'occasion en décembre lors de la conférence de Copenhague chargée de donner suite au protocole de Kyoto) Nicolas Sarkozy pourrait consolider les bases de sa candidature...

08 juin 2009

Le collège unique, plaie ouverte de notre système éducatif

eleves-college.jpgA l'heure où fréquemment, des études témoignent de la faiblesse du niveau scolaire des collégiens français vis à vis de leurs homologues européens, la contestation à l'égard de la réforme Haby, qui a instauré le collège unique en 1975, trouve une certaine légitimité. Cette réforme, de tout temps source de polémique, avait pour objectif d'assurer pour tous les élèves un même bagage de connaissances dans les mêmes disciplines. Fini les classes de niveaux, bonjour les classes hétérogènes ! Pis, le collège unique a sur le dos la responsabilité non seulement de l'uniformisation des connaissances scolaires des collégiens mais également de notre société toute entière. Uniformiser les programmes et donc les connaissances n'est jamais souhaitable dans une société, en quête de diversité et de multiculturalisme.


Le système d'options ou d'emploi du temps à la carte avec un nombre très restreint de matières obligatoires, qui a prouvé son efficacité aux Etats-Unis d'Amérique, assure un très large choix de disciplines potentiellement enseignées qui correspondent aux goûts de chacun. A l'âge de 13-14 si ce n'est 11-12 ans, les préférences d'un élève pour telle ou telle thématique sont d'ores et déjà tranchées. Une vocation peut d'ailleurs s'être ouverte chez un élève (poterie, danse, sport, journalisme, cuisine, jardinage etc...) qui, plus tôt ses connaissances progresseront dans son domaine de prédilection, plus ses compétences dans son métier seront riches, et ne sera pas ainsi contraint de ratrapper le retard accumulé au collège par un travail soutenu et acharné en école supérieure ou en apprentissage.


Autre aspect néfaste du collège unique, l'hétérogénéité des classes, présentée par les défenseurs du collège unique comme "mixité des niveaux". Cette mixité ne profite à personne. Ni aux bons élèves, handicapés par des camarades de classe présentant de grosses lacunes et qui nécessitent une plus longue explication des notions étudiées en cours; ni aux mauvais élèves qui ne suivent pas la cadence imposée par les élèves disposant de plus facilité.


Pis, l'hétérogénéité des classes crée une insupportable inégalité entre les classes populaires et supérieures : dans l'impossibilité de sélectionner son établissement en raison de la carte scolaire, les bons élèves issus des classes aisés se rendent au collège privé, tandis que les bons élèves dont les moyens ne permettent pas l'inscription à un établissement privé, stagnent au sein de collèges public dont le niveau est incompatible avec l'épanouissement et la progression sereine d'un élève possédant certaines capacités.

A droite toute !

Européennes.jpgLes élections en vue du renouvellement du Parlement Européen, qui se sont achevées hier après avoir débutées jeudi au Pays Bas, ont à nouveau consacré un taux d'abstention particulièrement élevé au vu d'autres échéances nationales (59,4%, ce qui constitue une légère hausse par rapport aux échéances de 2004) et mises en lumière l'absence de scrutin supranational et de campagne aux thèmes et enjeux communs. Ainsi, quand la campagne italienne s'est centrée autour des affaires extra-conjugales de Silvio Berlusconi, les Autrichiens ont témoigné d'un eurosceptisme croissant, tandis que 85% des Polonais déclarent bénéficier de l'entrée de leur pays dans l'UE ! En France, la Majorité Présidentielle du Mouvement Populaire, du Nouveau Centre et de la Gauche Moderne est arriveé largement  en tête du scrutin (28%), une première pour un parti au pouvoir depuis 1979, masquant ainsi la relative médiocrité du score obtenu par le bloc droite, minoritaire sur la scène politique (47%). A gauche, ces élections européennes ont sonné comme un véritable 21 avril bis [M.Peillon] pour des socialistes qui doivent se contenter d'un faible total de 14 sièges, en net recul par rapport aux échéances 2004. Résultats.

 

Le Parlement Européen à droite toute, les socialistes s'affaissent

49 sièges d'eurodéputés n'ayant pas été attribués en raison de la modification du fonctionnement électoral, c'est un Parlement Européen à 736 députés qui siègera d'orénavant à Strasbourg et à Bruxelles. Le groupe de droite, le PPE, a consolidé la majorité qu'il détenait, puisqu'il représente avec 267 députés 36% des eurodéputés, un pourcentage identique à celui de la législature précédente. Un succès d'autant plus marquant que le PPE a du faire face à la défection des conservateurs britanniques et tchèques, opposés à l'europhilie affichée du groupe. La première formation de l'hémicycle a incontestablement bénificié des très bons résultats obtenus par ses formations affiliées dans les pays où les gouvernements sociaux-démocrates ont assuré une mauvaise gestion de crise, mais également dans des pays où l'opposition de gauche s'était empêtrée dans des divisions internes partisanes ou idéologiques.

 

Les socialistes et sociaux-démocrates du PSE sont eux en net recul, (21% du parlement européen, contre 6 de plus auparavant) mais maintiennent leur avance sur les libéraux-démocrates de l'ADLE, handicapés d'une perte minime de 20 députés soit 1% de l'hémicycle.

 

Cette troisième place risque cependant d'être fortement remise en cause par l'influence grandissante de l'extrême droite ou plutôt des eurosceptiques, actuellement fortement divisés puisque scindés en deux, voir trois groupes parlementaires. Si l'Europe des Nations et Indépendance Démocratie ont tous deux régressé (-1,5%), ces deux groupes eurosceptiques seront probablement rejoints par les contingents conservateurs tchèques et britanniques, arrivés en tête dans leurs pays respectifs, et qui, sous l'impulsion du britannique James Cameron, ambitionnent de fonder un groupe conservateur européen. La fusion de ces trois groupes eurosceptiques pourrait alors s'imposer comme une hypothèse envisageable pour un courant qui deviendrait alors la troisième force de l'échiquier politique européen.

 

En France, une abstention record prévisible

afp-photo-192983.jpgEn France, le taux d'abstention s'est élevé à 60,2%, soit trois points de plus qu'il y a quatre ans, et deux de plus que la moyenne européenne. Cette très faible mobilisation des électeurs n'est que le reflet d'une campagne qui n'est pas parvenue à attirer l'attention des français comme ce fut le cas lors des élections présidentielles il y a deux ans.

 

 La faute à un manque de pédagogie certain quand au fonctionnement même de l'UE, souvent mal compris par les électeurs qui se réfugient en conséquence de cause dans l'abstention. En outre, l'absence d'alternative à la majorité présidentielle a découragé une tranche non négligeable de l'électorat d'aller se rendre aux bureaux de vote.

 

La victoire de l'UMP et d'Europe Ecologie offre un nouveau souffle à M.Sarkozy

Si les instituts de sondages s'étaient accordés sur la première place de l'UMP, nul n'avait osé hypothéqué une telle avance pour la Majorité Présidentielle. Tout d'abord, l'écart avec le Parti Socialiste s'est creusé à plus de 11,4%, une performance significative de la véritable main mise qu'a opéré la majorité présidentielle sur les 8 circonscriptions électorales, où elle est toujours arrivée en tête.

 

Une aubaine pour Nicolas Sarkozy, en quête d'un nouveau souffle en vue de la poursuite des grandes réformes de deuxième moitié de quinquennat. Cela nous donne plus de responsabilités pour poursuivre les réformes a ainsi assuré le président de la république hier après-midi dans le cadre d'une réunion ministérielle exceptionelle. Afin de poursuivre l'élan des élections européennes, Nicolas Sarkozy devrait prochainement procéder à un remaniement important, afin d'assurrer la succession de Rachida Dati, partie au parlement européen. Les pressentis pour succèder à l'ancienne directrice de campagne de Nicolas Sarkozy  : Xavier Darcos et Eric Woerth. En outre, l'excellent score obtenu par Europe-Ecologie (voir ci-dessous) contraint le gouvernement a accentuer sa politique environnementale, dans la continuité par ailleurs de sa logique d'ouverture.  

 

Succès innatendu de l'écologie politique

deda4696-539f-11de-a619-9bd384adb8b6.jpgL'énorme surprise de ce scrutin a résidé dans la surprenante percée de l'écologie-politique, tout proche des 20% si l'on additionne le score d'Europe Ecologie (16,28%) et celui de l'Alliance Ecologiste Indépendante  (3,63%), semant le trouble dans le traditionnel rapport des forces à gauche. A deux dixièmes de pourcent du Parti Socialiste, les listes d'Europe-Ecologie ont frôlé l'exploit, bien que leur troisième position n'enlèvent rien au succès et à la pertinence de leurs performances. Restons surtout, surtout unis a martelé le directeur de campagne d'Europe-Ecologie, fort de ce succès qui paraissait loin d'être évident à l'orée de la campagne. L'alliance entre l'européiste convaincu, favorable à l'écononomie de marché qu'est Daniel Cohn-Bendit et le militant radical soutien du NON au réferundum 2005 José Bové apparaissait comme superficielle et peu crédible au début de la campagne, lorsque le JDD titrait "la campagne de trop" pour Dany le Rouge Vert. Au final, le grand rassemblement entre associatifs, personnalités millitantes et trublions de l'écologie politique a formé un cocktail détonnant. L'objectif, désormais, n'est autre que de pérenniser cette alliance gagnante au niveau national...

 

07 juin 2009

Elections européennes : la journée électorale en direct


04 juin 2009

L'éternel ennemi d'El comandante

fidel-castro-2-2_1176758069.jpgFidel Castro franchira-t-il le cap de la deuxième décennie du XXIème siècle ? Rien n'est moins sur tant le Lider Maximo multiplie les signes de santé inquiétants depuis sa crise intestinale, intervenue à l'été 2006. Grandement affaibli par l'opération qu'avait nécessité cette altération, Fidel Castro avait été contraint de transmettre les rennes du pouvoir il y a un an et demi, à son cadet Raul. Quand je suis tombé gravement malade la nuit du 26 et à l'aube du 27 juillet, j'ai pensé que ce serait la fin avait affirmé Fidel Castro un an après sa crise intestinale, au cours d'une longue série d'entretiens, censés témoigner de la ferveur intacte du révolutionnaire. Effectivement, l'aggravation de son état de santé n'a pas altéré la virulence de son discours à l'égard des Etats-Unis : il n'avait ainsi pas manqué de décocher une nouvelle pique aux services de renseignements américains, affirmant qu'ils vérifient n'importe quelle personne qui se présente à l'entrée de ma porte. Depuis sa prise de pouvoir en 1959, Fidel Castro n'a cessé d'attiser l'attention des Etats-Unis d'Amérique, un fait d'arme dont ne peut que s'enorgueillir le chef d'état d'une île de moins d'onze millions d'habitants. Le feuilleton US-Castro n'aura cessé d'animer la politique internationale du siècle dernier, avec la crise des missiles comme point d'orgue d'une relation conflictuelle ayant traversé les décennies. A l'heure de l'apaisement, retour sur un demi-siècle de tensions US-Castro...

 

 

Le jeune Fidel Castro, sous le charme des états-unis d'Amérique

Le Cuba dans lequel Fidel Castro a évolué tout au long de sa jeunesse est entièrement dépendant des Etats-Unis : la capitale, La Havane, où il évoluera à partir de l'âge de 13 ans, au collège de Belém puis à l'université d'avocat, est une terre propice au jeu et au défoulement pour les classes supérieures américaines, de façon que La Havane de 1940-50 est à juste titre mise en relation avec l'actuel Las Vegas. Maisons closes et casions florissent tandis que la dépendance de Cuba vis à vis des Etats-Unis prend une ampleur à la limite de la décense : 4/5 de la production sucrière est exportée à destination des USA, la proportion est identique s'agissant des produits importés en provenance des Etats-Unis. Quand aux firmes américaines, elles contrôlent l'immense majorité des services publics cubains et sont en charge de la gestion de la totalité de l'exploitation de brut.

 

matthews_castro_in_NewYork_1960.jpgFidel Castro a fréquemment décrit la lente évolution de sa conscience politique vers le marxisme-léninisme, et, plus précoce, vers l'anti-impérialisme. Il avoue ainsi sans retenue qu'Ernesto Guevara avait acquis nettement plus rapidement que lui une culture révolutionnaire. Cette lente maturation idéologique explique la fascination qu'éprouve le jeune Fidel Castro vis à vis des Etats-Unis. A 10 ans, il félicite dans une lettre le président Franklin Roosevelt pour sa réelection, en le priant, en vain, de lui adresser un billet d'un dollar, dont il rêve de connaître la physionomie. Par la suite, c'est à New York qu'il entreprend son premier voyage de noce, financé par sa belle-famille bourgeoise : le futur barbudo est sous le charme de la cité new-yorkaise.

 

Face aux menaces implicites d'assassinat, formulées par le dictateur alors au pouvoir Batista, Fidel Castro fuit au Mexique en 1955. C'est ici qu'il rencontre Ernesto Guevara, avec qui, associé à l'actuel chef d'état cubain Raul Castro, ils formentent le projet de guérilla qui les hissera au pouvoir en 1959. Faute de moyens, les futur guérilleros se hatent de partir en quête de financements. Influencé par l'image de prospérité régnant aux USA qu'il a entretenu tout au long de sa jeunesse, Fidel Castro achète à crédit un billet d'avion à destination des Etats-Unis. Il arpente trois mois durant le voisin nord-américain, en vue de collecter des fonds. Son charme, associé à un charisme certain, lui permettent de rassembler près de 9000 dollars. Quatre ans plus tard, Fidel Castro et ses guérilleros renversent le régime dictatorial de Batista... La fascination de Castro pour les Etats-Unis subsiste-t-elle encore ?

 

 

Tentatives infructueuses de cohabitation

fidelcastro01.jpgEn 1959, au terme de plus de trois années de guérillas, les barbudos parviennent enfin à se hisser au sommet de l'état cubain, portés par la ferveur populaire. La position de Fidel Castro vis à vis des Etats-Unis, bien qu'affirmant être fortement opposé au modèle social américain, est celle d'une cohabitation pacifique  si ce n'est coopérative. Le développement de Cuba est impossible si l'entente avec les Etats-Unis n'est pas assurée affirme Fidel Castro au lendemain de sa victoire,  ajoutant que la couleur de sa révolution ne sera ni bleue ni rouge mais vert olive, en référence aux couleurs des uniformes guérrileros. En outre il entreprend un voyage diplomatique aux Etats-Unis, en 1959, durant lequel son discours suivi par 30 000 personnes témoigne d'une popularité certaine : au lendemain de l'arrivée de Castro au pouvoir, Cuba semble engagé dans une cohabitation pacifique avec les Etats-Unis.

 

Les Etats-Unis se montrent cependant très réticents à l'idée d'une pérennisation de Fidel Castro à la tête de Cuba : à quelques jours de la victoire des guérilleros, ils tentent d'organiser des élections présidentielles, qui, dépourvues de légitimité ne sont pas prises en compte par le peuple. Avant même toute prise de contact avec Fidel Castro, la CIA envisage un assassinat du guérillero. Par la suite, les premières mesures du gouvernement castristes, et tout particulièrement la réforme agraire, qui contraint les propriétaires terrains à renoncer à leurs exploitations au-dela de 405 hectares, mettent en péril les grands monopoles américains, au grand dam de l'administration Kennedy.

 

C'est en 1960 que le divorce intervient : face au refus évident des Etats-Unis de coopérer avec Fidel Castro et la nouvelle donne qu'il propose de faire émerger, Cuba se réfugie dans les bras de l'URSS. Un accord quiquennal est signé entre les deux parties, l'URSS se doit d'acheter 5 millions de tonnes de sucre à Cuba tandis que l'île doit désormais importer son acier et ses machines-outils en provenance d'URSS. Les Etats-Unis tombent des nues d'autant plus que s'ajoute à cela une provocation insupportable de Fidel Castro, qui, en voyage à New York dans le cadre d'une réunion de l'ONU, élit domicile dans un hôtel du Harlem...réservé aux personnes de couleur noire !

 

 

Guerre militaire, guerre économique et guerre verbale

fidel-castro.jpgLa maturation idéologique de Fidel Castro s'achève probablement aux alentours de 1961 : à la révolution vert olive se subsiste la révolution marxiste-léniniste, comme en atteste à la télévision, en décembre 1961, Fidel Castro lui-même. Je le reconnais avec fierté et conviction, je suis marxiste léniniste et je le resterai jusqu'au dernier jour de ma vie affirme alors le chef d'état cubain. Castro n'a alors qu'un seul objectif certes quelque peu utopique en tête : humilier et surtout devancer le système capitaliste américain. Première réussite : le débarquement de la baie des cochons, opéré par la CIA en dépit de la réticence exprimée par John Kennedy, se solde par un échec cuisant pour les Etats-Unis : munis de 7 avions, non seulement les officiers cubains l'emportent mais ils font près de 1200 prisonniers !

 

Un an plus tard, éclate la crise des missiles. Des cargots en provenance d'Union Soviétique se dirigent dès juillet 1962, à destination de Cuba, transportant des fusées atomiques. Dupés, les Etats-Unis croyent à des armes défensives. Une mission photo menée par le commandant Heyser permet en octobre 1962 de prendre conscience de l'installation de fusées atomiques à Cuba, dirigées en direction des Etats-Unis.

 

Eclate alors une crise tripartite entre l'URSS, Cuba et les Etats-Unis. Au terme d'une dizaine de jours de négociation au bord de la guerre nucléaire, une voie de résolution semble se dégager. Castro jauge alors le moment opportun pour abattre un avion US, sous prétexte que ce dernier violait l'espace aérien cubain. Tous les efforts de conciliation semblent alors vains mais les USA comme l'URSS passent outre l'incident. Le conflit se règle entre deux des trois béligérants, Castro étant mis à l'écart. Ce dernier, fou de rage, se montre vivement opposé à l'accord trouvé. Castro estime les contreparties accordées à Cuba en l'échange du retrait des missiles trop faibles, et, il n'est pas parvenu à son objectif : déclencher une guerre mondiale, capable d'anéantir les Etats-Unis. Dans une lettre adréssée au président d'Union Soviétique Kroutchev, il fait clairement part au dirigeant russe de ce souhait.

 

Au lendemain de cette crise diplomatique historique, Cuba est soumis à un contraignant blocus économique des Etats-Unis, ce qui accroit sa dépendance à l'URSS. La volonté de Fidel Castro et d'Ernesto Guevara est de bâtir la société de l'homme nouveau, employé par l'état dans des coopératives, avec l'égalité salariale absolue, en supprimant les incitations matérielles. Cette société communiste s'oppose en tous points avec l'ennemi américain : Castro conserve son objectif quelque peu utopique en tête de devancer les Etats-Unis en instaurant une société marxiste-léniniste à Cuba.

 

Les premiers échecs se font grandement sentir : la suppresion des incitations matérielles et un travail non intéréssé conduisent à un absentéisme de l'ordre de 20%, un taux qui grimpe jusqu'à 50% dans la région de l'Oriente ! Notre illusion a été de croire que notre société pouvait d'un seul coup se transformer en une communauté où se chacun se comporterait de manière irréprochable sur le plan éthique et moral concède Fidel Castro face à cet échec cuisant et restaure dès 1969 un certain nombre d'incitations matérielles : la machine cubaine repart de plus belle, sans que le régime n'en fasse acte, au risque d'avouer implictement que le système capitaliste est nettement plus productif que le système communsite.

 

Toujours dans le même objectif que de devancer à terme les Etats-Unis d'Amérique en instaurant une société pérenne et enviée, Fidel Castro souhaite s'imposer comme un acteur majeur sur la scène internationale, et engage les troupes cubaines en Angola. Les Etats-Unis font preuve de leur opposition à cette aide militaire, ce qui irrite au plus haut point Fidel Castro : de quelle base morale dispose un pays qui a ses troupes sur tous les continents pour justifier sa position sur les troupes cubaines en Angola ?

 

La conciliation impossible

Le rêve de Fidel Castro s'éteint avec la chute de l'Union Soviétique. L'économie cubaine était basée sur un système semblable au troc, avec le bloc communiste et tout particulièrement l'URSS. Pourtant, Fidel Castro accentue sa politique communiste et refuse la conciliation avec les Etats-Unis, qui serait interprêtée selon le Lider Maximo comme l'abdication du système communiste face au capitalisme, tout cela, en dépit d'une récession de l'ordre de 30% en 1992 et une chute du pouvoir d'achat des cubains de plus de 70% entre 1991 et 1994. Bref, la conciliation entre les USA et Cuba n'interviendra pas tant que Fidel Castro ne s'en ira point sous d'autres cieux...

LIRE LES PRECEDENTS ARTICLES