26 mars 2009

La motion de censure contre le gouvernement tchèque adoptée

14-01-09-cp-topolanek-10_11.jpgAlors qu'il assurait la présidence de l'union européenne, le premier ministre tchèque Mirek Topolánek a été contraint à la démission, en raison d'une motion de censure adoptée à 101 voix sur 200, par la chambre des députés tchèque. Je prends acte de ce vote et j'agirai conformément à la Constitution s'est il contenté d'affirmer, payant les frais de l'instabilité de sa majorité. Issu du parti majoritaire, la formation libérale ODS (Parti Civique Démocrate) qui compte 81 députés, Mirek Topolánek a ainsi payé de sa tête les différents conflits politiques qui sont récemment survenus, et qui se sont soldés par le départ de 4 députés de la majorité, votant au cas par cas les mesures gouvernementales, suspendues au bon vouloir de ces 4 dissidents. Par ailleurs, M.Topolanek a subi le contrecoup des accusations qui lui attribuaient d'avoir exercé des pressions sur une procureure, dans le cadre d'une affaire mettant en cause un député de la majorité. Sa supposée mauvaise gestion de la crise économique, conjuguée aux perspectives sombres pour le secteur industriel (35% du PIB) avaient mis en péril sa majorité atrophiée.

Cette cinquième motion de censure contre le gouvernement de M.Topolanek, la première qui est adoptée, offre trois solutions au très populaire président de la république Vaclav Klaus, fondateur de l'ODS, mais en conflit avec son premier ministre : soit il nomme un nouveau chef de gouvernement, soit il conserve Mirek Topolanek dans ses fonctions jusqu'à la fin de la présidence tchèque de l'UE mais cela au risque de freiner considérablement l'activité législative, soit il convoque des échéances législatives anticipées. Mirek Topolanek a d'ores et déjà prévu de présenter sa démission aujourd'hui même, tout en sachant que Vaclav Klaus pourrait le reconduire. Le président du parti d'opposition social-démocrate, le CSSD, Jiří Paroubek, s'est quand à lui montré favorable à ce que M.Topolanek poursuive sa tache jusqu'au mois de juin, excluant tout gouvernement de coalition.

Les relations entre les deux hommes forts de l'état tchèque ne se sont jamais distinguées pour leur chaleur et leur complicité, Mirek Topolanek faisant d'ailleurs preuve d'un certain opportunisme, afin de se distinguer de son rival. Son discours pro-européen, qui jure clairement avec les virulentes critiques de Vaclav Klaus contre le supranationalisme européen, ne constitue pas une position historique. Le premier ministre a effectivement adopté moults discours, qu'il a adapté en fonction de la situation politique.

24 mars 2009

Européennes : la gauche radicale devancera-t-elle le PS ?

besancenotmélenchonbuffet.jpgC'est un des principaux enseignements du sondage Ifop sur les intentions de vote aux élections européennes du 6 et 7 juin prochain, la percée de la gauche radicale, qui bénéficie de la décridibilisation du Parti Socialiste, des perspectives sombres de l'économie mondiale, ainsi que des répercussions sociales de la crise. Le NPA, le Front de Gauche (PCF et PG), les Verts et Lutte Ouvrière rassemblent ainsi à eux quatre, 23% des intentions de vote, soit un score identique que celui du Parti Socialiste. Ce dernier accuserait 3% de retard sur l'UMP (26%), et, fait marquant, voit son score chuter de plus de 5% par rapport aux échéances européennes de 2004. Un affaiblissement marquant au vu de la position dans laquelle le Parti Socialiste aborde ces élections européennes, celui d'une formation en opposition à un exécutif aussi impopulaire que ne l'était le tandem Chirac-Raffarin à la même époque (43,5% d'opinions favorables pour Fillon et Sarkozy contre 44,5% pour Raffarin et Chirac). La crise économique et ses conséquences sociales ont pourtant crée une forte vague de mécontentement dans l'opinion, 75% des français approuvent ainsi la mobilisation du 19 mars face à l'action du gouvernement, selon un sondage BVA-Les Echos.

En 2004, les listes socialistes avaient réuni 28,9% des suffrages; le climat politique et social n'était pourtant pas différent d'aujourd'hui (taux de chômage de 9,2% contre 8% aujourd'hui), si ce n'est que les perspectives économiques étaient moins sombres, et l'exécutif tout aussi impopulaire en raison de nombreuses réformes avortées. A l'heure actuelle, l'ensemble des conditions semblent donc requises pour assurer au Parti Socialiste une performance égale, si ce n'est meilleure, que les 28% obtenus en 2004. Comment donc expliquer ces sondages défavorables, qui le place derrière le parti de la majorité ? Le score élevé qu'obtiendrait une gauche radicale réunie (23%; contre 15,9% en 2004) explique pour beaucoup ce désarroi, par ailleurs influencé par une décridibilisation du Parti Socialiste. Martine Aubry n'a pas réussi jusqu'à maintenant a panser les plaies du Congrès de Reims, et les guerres internes, remises au goût de jour à l'heure de l'élaboration des listes européennes, se sont hâtées de dégouter une branche de l'électorat socialiste du PS.

La confiance vis à vis du premier parti de France en termes d'élus s'érode ainsi de jour en jour. 76% des français estiment qu'il n'a pas de réponses face à la crise, et 39% pensent qu'il a des dirigeants de qualité selon un sondage IFOP-JDD. Les querelles intestines qui nuisent à sa crédibilité sont pour beaucoup dans cette défiance de l'opinion vis à vis du PS. La crise idéologique dans laquelle il est plongé constitue un autre élément défavorable en ces temps de crise, où les propos discordants des différents chefs de file ne permettre pas d'imposer une ligne claire. La cohabitation entre sociaux-démocrates et socialistes convaincus s'avère relever du surréalisme. C'est pourtant la situation dans laquelle le PS est embourbée, scindé en deux branches bien distinctes. L'une souhaite accomplir un virage vers la social démocratie jugé inéluctable au vu de la politique menée par les derniers gouvernements socialistes, l'autre souhaite que le PS s'ancre dans les fondamentaux d'antan (voir mon article sur la crise idéologique du PS).

manifestation_paris_2_8855b.jpgFace à la crise, le PS a perdu en légitimité, et voit ainsi la gauche radicale lui contester son autorité à gauche de l'échiquier politique. La radicalisation des mouvements contestataires et le dégoût vis à vis des patrons voyous, la "racaille du XVIème", deux phénomènes amplifiés par la crise sont exprimées avec plus de vigueur par la gauche radicale. La redistribution des richesses, l'interdiction des licenciements en cas de bénéfices sont des propositions qui ne peuvent être qu' appréciées alors que les fermetures d'usines se succèdent. La suppression de 655 postes par le groupe Total, dont les bénéfices ont excédé les 14 milliards d'euros l'an passé, se sont hâtées de mettre l'huile sur le feu. Et la gauche radicale, qui a fustigé des années durant le capitalisme sans règles ni morales s'en est retrouvé légitime.

Si les cinq formations de la gauche radicale pourraient devancer le Parti Socialiste, leur union reste inenvisageable. La proposition adressée à Olivier Besancenot de rejoindre un "front de gauche" n'a pas séduit le facteur trotskiste, qui préfère s'assurer son aura médiatique en faisant cavalier seul. La gauche radicale pourrait cependant s'inspirer de l'union de la famille écologiste, qui, au lendemain de la claque des présidentielles 2007 aborde ces échéances européennes dans une configuration inédite. Qui aurait pu croire que José Bové, Daniel Cohen-Bendit et Nicolas Hulot s'engageraient sous une bannière commune ? Les querelles de personnes ont été reléguées au second plan, et la question d'une candidature commune aux élections présidentielles 2012 est d'ores et déjà évoquée, les Verts pourraient alors céder la place à Nicolas Hulot. Un premier pas vers l'union de la gauche ?

22 mars 2009

Un reportage m'a été consacré sur Public Senat


Un reportage m'a été consacré, diffusé dans le cadre de l'émission Parlons Blog sur la chaîne Public Sénat le jeudi 19 mars, vous pourrez le retrouver mardi prochain à 18h45. Un grand merci à Caroline Deschamps et à son collaborateur.

16 mars 2009

La réintégration de la France dans le commandement militaire de l'OTAN en quatre questions

OTAN.jpgNicolas Sarkozy a officialisé mercredi, dans le cadre d'une intervention à l'école militaire de Paris, la réintégration de la France dans le commandement militaire de l'OTAN, 43 ans après son retrait, initié par Charles de Gaulle. Vivement contestée, dans les rangs de l'opposition comme au sein de la majorité (Dominique de Villepin en première ligne), cette décision sera effective le 3 mars prochain, lors du 60ème anniversaire de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord qui se déroulera à Strasbourg et à Kehl, sur la frontière franco-allemande. La réintégration de la France dans le commandement militaire de l'OTAN, amorcée par l'action de Jacques Chirac et de François Mitterrand, s'apparente-t-elle à un changement de cap majeur dans l'histoire diplomatique de la France où a une simple formalité sans conséquences majeures ? Éléments de réponses.

Comment fonctionne l'OTAN ?
L'OTAN, Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, fut fondée en 1949 par les États-Unis, le Canada, la France, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas, l’Islande, le Danemark, le Luxembourg, le Portugal , le Royaume-Uni et la Norvège. La première mission de cette organisation, qui regroupait les alliés du bloc occidental, fut d'assurer le sécurité de l'"ouest" face à l'URSS, et d'agir en parallèle de l'ONU, dont la mission était entravée par les multiples vetos émis par les soviétiques, dès que les Etats-Unis se montraient favorables à un texte.

Les décisions politiques sont prises à l'unanimité par le Conseil de l'Atlantique Nord, composé de représentants des 26 états membres, et qui constitue l'organe de décision majeur de l'organisation. Le Conseil de l'Atlantique Nord se réunit plus d'une fois par semaine, où les états membres sont représentés par des ambassadeurs permanents. Une session bi-annuelle en présence des ministres de la défense des 26 états membres est convoquée, tandis que les chefs d'état sont présents lors de conseils extraordinaires.

Le commandement militaire de l'OTAN est l'organe stratégique de l'organisation, qui gère l'aspect purement militaire, c'est lui qui définit la stratégie des troupes sur le terrain. Jusqu'en 2003, l'Europe et l'Amérique du Nord assuraient la gestion de leurs commandements militaires respectifs, et cela avant qu'un commandement militaire unique n'ait été mis en place la même année. Le commandement militaire de l'OTAN comporte trois branches majeures : la première, le comité militaire, est la matière grise de l'OTAN, elle se charge ainsi de communiquer aux commandements ses recommandations politiques et militaires. La deuxième, le commandement allié opérations, est chargée de veiller au bon déroulement des opérations. Enfin, la troisième, le commandement allié transformation a pour mission d'assurer le développement des capacités militaires des 26 états membres, et d'assurer la modernisation de leurs systèmes de défense.

Quel est le rôle de la France dans l'OTAN ?
actu-politique-De-Gaulle-De-Gaulle_articlephoto.jpgPays fondateur de l'OTAN, la France est un membre historique du conseil de l'Atlantique Nord. Elle a cependant quitté le commandement militaire en 1966, sous l'impulsion du général de Gaulle. Ce dernier souhaitait ainsi que la France recouvre l'entier exercice de sa souveraineté, actuellement entravée par la présence permanente d'éléments militaires alliés. On recensait effectivement à l'époque plus de 29 bases américaines (sous l'égide de l'OTAN) sur le territoire français, soit une communauté de 100 000 personnes. Le départ de ces derniers a entraîné une baisse conséquente de l'activité économique dans les villes où étaient installées les bases de l'OTAN (Tours, Laon, Orléans, La Rochelle etc...), plus de 18 000 emplois avaient effectivement été supprimés pour des raisons directement liées au départ des troupes.

En 1966, lorsque le Général de Gaulle fit part à son homologue américain Lyndon Johnson, de sa volonté de quitter le commandement militaire de l'OTAN, cette décision fut interprétée comme un premier pas vers une sortie définitive de l'organisation. La décision du Général en 1966 avait effectivement d'ores et déjà été balisée et préparée, la marine française ayant quitté l'égide de l'OTAN en 1964 et le stockage d'armes atomiques américaines sous le sol français ayant été suspendu en 1962. L'ensemble des observateurs nationaux s'accordaient donc à penser que le Général de Gaulle officialisait la sortie de la France de l'OTAN petits pas à petits pas.

Mais contrairement au souhait implicite qu'avait émis le général de Gaulle, la France n'affirmera pas son indépendance vis à vis à l'OTAN, bien au contraire puisque c'est un rapprochement qu'opéreront les successeurs de Charles de Gaulle. François Mitterrand avait ainsi engagé, et cela pour la première fois depuis 1966, des troupes françaises sous l'égide de l'OTAN lors d'une opération de maintien de la paix en Bosnie, entamant ainsi des négociations en vue d'un retour dans le commandement militaire de l'organisation. L'ancien chef d'état major Jacques Lanxade confit la semaine dernière au quotidien Le Figaro que Mitterrand a accepté, bien malgré lui, de se rapprocher du commandement intégré, parce qu'on ne pouvait pas engager nos forces dans le cadre de l'Alliance sans être impliqués dans la planification.

Jacques Chirac lui, ira plus loin en vue d'une réintégration dans le commandement militaire. Il participe en effet à l'ensemble des opérations de l'OTAN, exceptée celle en Irak, engageant ainsi 1774 soldats français au Kosovo et 2780 en Afghanistan. L'ancien président de la république aura énormément œuvré en faveur de la réintégration de la France dans l'OTAN, estimant que la construction de la défense européenne passerait inévitablement par le retour de la France dans le commandement militaire de l'OTAN. Il entame ainsi des négociations durant plus de deuxans, entre 1995 et 1997, qui butent cependant sur le refus américain d'accorder à un français un commandement régional.

Aujourd'hui, la France est un acteur clé de l'organisation. Elle est la quatrième force militaire en termes de soldats déployés sous l'égide de l'OTAN et contribue à 7,3% du budget de l'organisation, ce qui fait d'elle le cinquième contributeur financier de l'organisation (derrière l'Italie - 7,67%, le Royaume-Uni - 11%, l'Allemagne - 19,2% et les Etats-Unis - 25,9%)

Quels sont les arguments de Nicolas Sarkozy ?
b81eca92-0e60-11de-972c-e9c3e95d7c9f.jpg Le rapprochement avec l'Otan conforte notre indépendance nationale estime Nicolas Sarkozy, qui juge malsain d'engager la vie de nos soldats sur le terrain sans que la France ne soit en mesure d'influer sur les décisions stratégiques de l'OTAN. Le président de la république a par ailleurs estimé que la France doit co-diriger plutôt que subir, en assurant que ceux qui prétendent que notre indépendance serait en question trompent les Français.

Le député UMP Axel Poniatowski a lui aussi rappelé que l'indépendance de l'armée française restait intacte, démentant les critiques qui dénoncent un alignement sur les Etats-Unis, rappelant que l'Allemagne en Irak et la Grèce au Kosovo, bien qu'étant membres de l'OTAN n'avaient pas pris part à ces opérations. Le député Pierre Lelouche a lui estimé que cela fait vingt ans que la France se rapproche de manière rampantede l'OTAN et que de ce fait, le président a raison de mettre fin à un tabou et une hypocrisie. D'autres voix se sont élevées pour saluer cette décision, qui permettrait à la France d'influer sur les décisions stratégiques de l'organisation. Le commandement allié opération pourrait par ailleurs être assuré par un français.

Tout comme Jacques Chirac en son temps, Nicolas Sarkozy estime que le développement du projet d'une défense européenne passe inévitablement par une réintégration de la France dans le commandement militaire de l'OTAN. Le président de la république française estime ainsi revenir à la situation de 2003, avec deux commandements militaires (un nord-américain et un européen). Enfin, la notion d'alignement sur les Etats-Unis est entièrement écartée par le gouvernement, qui rappelle que le situation géopolitique a profondément évolué depuis 1990, et que certains anciens satellites de l'URSS ont d'ores et déjà rejoints l'OTAN.

Qui s'oppose à cette réintégration ?
La majorité de la classe politique française a émis de vives critiques à l'égard de la réintégration de la France dans le commandement militaire de l'OTAN, avec en première ligne le Parti Socialiste, dont la première secrétaire Martine Aubry a estimé que rien aujourd'hui ne justifie de rentrer dans le commandement militaire de l'Otan. Il n'y a pas d'urgence ni de raison fondamentale, si ce n'est un atlantisme qui devient une idéologie. L'opposition du PS à la réintégration de la France dans le commandement militaire de l'OTAN conserve une part d'insolite, tant l'opposition menée par François Mitterrand et l'ensemble de la classe socialiste contre la décision du général de Gaulle avait été virulente. Mitterrand avait alors fustigé. à la tribune de l'Assemblée Nationale la volonté d'isolement fondée sur l'idée que le nationalisme est la vérité de notre temps..

Au centre, François Bayrou a rappelé que pendant des décennies, nous avions construit marque d'indépendance. Nous étions des alliés fiables et fidèles mais nous avions cette part de liberté. Aujourd'hui, en 2009, je considère que nous allons nous priver d'une (..) des seules cartes que nous avions dans notre jeu pour être autre chose qu'alignés à l'intérieur d'un ensemble occidental dont on a vu les bêtises qu'il pouvait faire. Même au sein de la majorité présidentielle certaines réserves ont été émises, les anciens premiers ministres Alain Juppé et Dominique de Villepin ont tout deux rendus publics leurs désaccords, le premier a estimé que je ne suis pas sur que cela soit le bon moment tandis que le deuxième a déclaré que nous avons besoin d'expression forte et indépendante sur la scène internationale. La France est médiatrice entre l'Est et l'Ouest, médiatrice entre le Nord et le Sud, donc défendons cette voix originale.

14 mars 2009

L'Edito d'Alex Joubert N°6

11 mars 2009

Ensemble, tout est-il devenu possible ?

20071212180513_5 affiche.jpg Le 6 Mai 2007, Nicolas Sarkozy était élu président de la république française, à la faveur de 53% des suffrages exprimés. Aujourd'hui, 42% des français assurent avoir confiance en Nicolas Sarkozy pour résoudre les problèmes auxquels notre pays est confronté, contre 53% de français qui ne font pas confiance au chef de l'état. Cette côte de confiance sensiblement défavorable au président de la république doit cependant être replacée dans son contexte, celui d'une crise économique sans précédent dont les dégâts ne sont qu'à leur commencement. La campagne présidentielle de 2007, porteuse d'espoir après le premier et dernier quinquennat de Jacques Chirac, durant lequel le laxisme de ce dernier fut souvent décrié, a été marqué par une participation historique, tout du moins nettement supérieure aux précédentes échéances de 2002 et de 1995. L'opinion avait alors exprimé sa volonté de changement.

La présence au second tour de deux personnalités, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, vierges de toute participation à une élection présidentielle, symbolisait le désir de voir émerger une classe politique renouvelée, ayant enfin franchi le cap du XXIème siècle. Porteur d'espoir, Nicolas Sarkozy n'a, pour une majorité de français, pas su relever les espérances placées en lui. Mais sa faible côte de popularité n'en est pas moins influencée par son comportement, méprisé par l'opinion, plus qu'à sa capacité à tenir ses promesses. Je me suis procuré la profession de foi de celui qui n'était alors que candidat à la présidence de la république, pour ainsi tenter de faire le point sur l'avancée des réformes et des promesses, et cela, tout en prenant compte du facteur crise.

Le plein emploi en 2012 n'est plus concevable
Je veux réhabiliter le travail. Le travail est la condition de la liberté et de la dignité. Tout doit être fait pour donner du travail à ceux qui n'en ont pas. Je souhaite que nous atteignions le plein-emploi en moins de cinq ans, je pense notamment aux femmes. Objectif réussi ? Loin de la puisque le taux de chômage, malgré une baisse historique à 7,8% au quatrième trimestre 2007, est revenu à 8,2% de la population active, soit un chiffre similaire à celui de mai 2007, date de l'élection de Nicolas Sarkozy. La crise économique va inexorablement conduire à une forte hausse du taux de chômage, les prévisions les plus pessimistes tablant sur 9,8% de chômeurs en 2009, 10% en 2010, voir 12% aux horizons 2011-2012. Le plein emploi devra donc probablement attendre...

Alors que Nicolas Sarkozy promettait d'établir l'égalité salariale d'ici 2010, la situation professionnelle des femmes n'a que très peu évolué depuis son élection, elles touchent ainsi en moyenne 86,5% du salaire d'un homme (contre 86,2% lors de l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy), une avancée peu significative mais qui est nettement plus conséquente que lors de la législature 2002-2007, où ce pourcentage n'a augmenté que de 0,5 point en cinq ans. Quand au taux d'activité des femmes, il n'a augmenté que très légèrement (+0,5%) sur la période 2007-2008, d'autant plus que la crise économique touchera très probablement les femmes avec plus de vigueur que les hommes. Les femmes sont davantage concernées par le temps partiel et les contrats précaires, elles vont donc être tout particulièrement atteintes par les fins de contrats et leur non-renouvellement estiment ainsi les économistes Françoise Milewski et Hélène Périvier. Seul motif d'espérance pour les femmes, dès 2010, les entreprises non respectueuses de la parité se verront infliger des sanctions financières.

Le succès de la défiscalisation des heures supplémentaires
Les heures supplémentaires seront toutes rémunérées au moins 25% de plus et exonérées de toutes charges sociales et fiscales, afin qu'en travaillant plus vous puissiez gagner vraiment plus. Mesure phare de la loi TEPA, ou "paquet fiscal", la défiscalisation des heures supplémentaires a constitué une réussite non négligeable pour le gouvernement. Elles ont en effet augmenté de plus de 40% au premier trimestre 2008 (par rapport au premier trimestre 2007) et de 6% au deuxième trimestre. Malheureusement, si le volume d'heures supplémentaires a nettement augmenté comme l'attestent ces chiffres, les entreprises qui y ont recouru sont en régression : effectivement, la défiscalisation des heures sup' ne profite pas réellement aux employeurs, qui n'économisent que 0,5€ par heure supplémentaire. A l'inverse, les salariés ont été les principaux bénéficiaires de la défiscalisation, leurs heures supplémentaires n'étant plus comptabilisées dans l'impôt sur le revenu.

Concernant le pouvoir d'achat, auquel Nicolas Sarkozy tenait tant, il est encore trop tôt pour établir un constat de la politique du chef de l'état : seuls les chiffres de l'année 2007 ont été rendus publics, et qui attestent d'une évolution de 5,42% du revenu disponible brut des ménages, tandis que le taux d'inflation s'était limité à 1,5%. A titre de comparaison, l'évolution du revenu disponible brut des ménages n'avait pas excédé les 4,7% en 2006 et les 3% en 2005. Autre promesse tenue par Nicolas Sarkozy, celle de ne pas augmenter les impôts. Eric Woerth, le ministre du budget, avait récemment exclu cette éventualité, estimant que si on augmente les impôts, c'est la crise qu'on approfondit.

Nicolas Sarkozy brille sur la scène internationale
J'ai proposé à nos partenaires de sortir de la crise européenne par un traité simplifié, limité aux questions institutionnelles, afin de pouvoir rapidement fonctionner à nouveau. La France pèsera sur la scène internationale et assumera pleinement ses responsabilités dans le respect de son indépendance, de ses alliances et des droits de l'homme. Nicolas Sarkozy a fait de l'international un des axes de sa politique, intervenant à maintes reprises et impulsant de nombreuses décisions, telles que la signature du traité de Lisbonne ou la tenue du G20 économique mondial. L'action du chef de l'étât sur la scène internationale, lors des conflits en Géorgie et à Gaza où il aura tenté d'assurer le rôle de médiateur, lui a d'ailleurs valu d'être nominé pour obtenir le prix Nobel de la Paix 2009.

La présidence française de l'Union Européenne aura elle aussi constitué un succès, dont le mérite fut d'afficher une unité retrouvée au sein de l'UE. La tenue du G20 mondial, impulsée par Nicolas Sarkozy, aura permis de masquer le manque de coordination entre les multiples plan de relance nationaux. Le succès de la présidence française a d'ailleurs été reconnu par tous, y compris par les socialistes. Ce serait abusif de trouver votre présidence parfaite mais malhonnête de la trouver ratée avait affirmé le député européen Bernard Poignant lors d'une séance à Strasbourg en présence de Nicolas Sarkozy. Marielle de Sarnez a elle reconnu que la présidence avait été à la hauteur des enjeux, tandis que le socialiste Martin Schulz avait fait lui un bilan positif de la présidence française.

Seule tache noire dans le beau parcours de Nicolas Sarkozy sur la scène internationale, sa capacité de passer au-dessus des droits de l'homme, une pratique qu'il vilipendait dans sa profession de foi. On l'a ainsi vu accueillir en grandes pompes dans le cadre d'un séjour commercial le dictateur Lybien Kadhafi, durant lequel le président français omis d'évoquer le cruel manque de libertés publiques en Lybie, les félicitations adressées à l'état russe pour la bonne organisation des élections présidentielles qui se sont tenues dans le respect des principes démocratiques, alors que tout contre-pouvoir est asphyxié par le Kremlin, qu'il s'agisse de l'opposition ou des médias indépendants.
Dans le cas de la Chine, avec laquelle Nicolas Sarkozy aura maintes fois négligé l'aspect des droits de l'homme qu'il s'est contenté d'évoquer, la priorité aux potentiels contrats s'est révélé être un échec. Le fait de s'être personnellement engagé dans la signature de contrats lors de visites internationales s'est avéré néfaste, Nicolas Sarkozy s'étant retrouvé pris à son propre piège. Effectivement, lors du froid diplomatique qui éclata entre la Chine et la France, la première réaction de l'état chinois fut de rompre certaines relations commerciales avec des firmes françaises.

04 mars 2009

Mon édito vidéo N°5 cité sur Lyon Capitale

Mon cinquième éditorial vidéo consacré à un article du magazine Lyon Capitale a été inséré dans l'article en question , sur le site internet du magazine. Merci à eux.

03 mars 2009

Le lithium est-il le pétrole du futur ?

bolivia_lithium_0116.jpg Si la presse internationale s'extasie régulièrement devant le cours du baril de pétrole qui s'est envolé de plus de 180% en cinq ans, celui du lithium a littéralement décollé : +857% sur la même période. Le prix de la tonne de lithium est ainsi passé de 350 dollars en 2003 à plus de 3000 aujourd'hui, témoignant d'un engouement international pour ce métal à la texture molle, présenté par certains comme le pétrole du futur.

Le lithium est effectivement utilisé pour concevoir les batteries lithium-ion, très légères, peu volumineuses, et dont la capacité de conduite d'électricité permet d'être utilisée dans le cadre d'automobiles électriques. Actuellement, les batteries lithium-ion ne sont utilisées que pour des appareils électroniques tels que portables et ordinateurs : la croissance des batteries lithium-ion a d'ailleurs pris des proportions vertigineuses ces dernières années : +50% de batteries lithium-ion dans les téléphones portables, +23% dans les ordinateurs portables. Les raisons de cet engouement ? La légèreté du lithium, un argument de poids face aux batteries nickel-métal hydrure, pourtant présentées il y a encore une vingtaine d'années comme batteries du futur.

Le lithium bolivien au coeur des convoitises
Si les batteries lithium-ion alimenteront plus tard nos automobiles, la Bolivie deviendra certainement le Moyen-Orient des prochaines décennies, un eldorado énergétique qui suscite beaucoup d'espoir au sein de ce pays de quelques 10 millions d'habitants. En effet, alors que 65% de la population vit sous le seuil de pauvreté et que l'indice de développement humain ne dépasse guère les 0,6 point, la Bolivie concentre sur son territoire plus de 70% des réserves mondiales de lithium, qui à défaut d'être aujourd'hui exploitées, suscitent nombre de convoitises.

bolloré morales.jpgLe groupe français Bolloré a d'ores déjà fait part de son intérêt pour le lithium bolivien, nécessaire à la commercialisation de sa "blue car", au même titre que les firmes japonaises Mitsubichi et Sumitomo. Depuis quelques temps, nous avons une proposition de la France, et il y a des experts dans le domaine du lithium pour construire des voitures avec des batteries au lithium avait affirmé le président bolivien Evo Morales, avant de se rendre en France pour entamer des négociations avec Vincent Bolloré. Les Etats-Unis lorgnent eux aussi depuis un certain nombre d'années sur le lithium de Bolivie, la société américaine Lithco avait d'ailleurs en 1990 commencé un travail d'extraction, avant que le nationaliste Gonzalo Sánchez de Lozada ne vienne l'empêcher.

Exploitation du lithium bolivien : un dilemme écologique
Mais le lithium bolivien présente une faille de poids, susceptible de ralentir la date de lancement de son exploitation. L'essentiel des réserves se trouvent en effet dans les bas-fonds du désert salé de Uyuni, vestiges d'un ancien lac d'eau de mer, merveille naturelle (voir photo) dont la destruction serait une conséquence inévitable de l'exploitation du lithium qu'il recèle.

Plusieurs associations environnementales se sont déjà dressées contre l'exploitation du désert d'Uyuni, ainsi que le secteur touristique local. Mais face à l'espoir de milliers de déshérites que véhicule l'exploitation du lithium et le travail qu'elle apportera aux populations locales, il sera difficile de parvenir à préserver cet édifice naturel somptueux. Aujourd'hui, rien ne certifie que le lithium d'Uyuni ne sera un jour exploité. Or, comme le souligne un économiste bolivien, si nous n’entrons pas dans la course maintenant, le marché trouvera d’autres solutions pour les besoins mondiaux de stockage de l’énergie.

Le lithium est-il une alternative au pétrole ?
extraction_lithium_46_5057b.jpgLe lithium abonde-t-il en quantité suffisante sur la planète pour palier l'épuisement des nappes de pétrole ? Les experts ne cessent de se contredire sur la question, mettant en doute la capacité du lithium à alimenter les batteries lithium-ion pour l'ensemble du secteur automobile mondial les prochaines décennies.

En effet, tandis que le gouvernement américain évalue les réserves mondiales de lithium exploitables à 11 millions de tonnes, un cabinet scientifique français a quand lui émis le chiffre de 234.000 tonnes, ce qui, en prenant compte du lithium utilisé dans les mobiles et portables, ne permettrait de consacrer que 31.000 tonnes aux futures voitures électriques, soit moins de 1,5 millions d'automobiles. Mais si l'on se base sur les estimations américaines, les réserves de lithium seraient amplement nécessaires à la fabrication d'automobiles pour plus d'un siècle. Difficile donc, de promouvoir le lithium au titre de pétrole du futur si aucune garantie n'est apportée quand aux réserves disponibles...

Dans les conditions actuelles, affirmer avec certitude que l'ensemble de nos automobiles fonctionneront dans les prochaines décennies avec des batteries lithium-ion relève de la supposition. L'hypothèse la plus crédible se trouve dans le développement des voitures fonctionnant aux bio-carburants, tandis que la voiture électrique lithium-ion ne sera que minoritaire dans le parc automobile mondial. Quand à la Bolivie, le statut de moyen-orient du XXIème qu'elle compte obtenir nécessite que l'exploitation du lithium qu'elle possède soit entreprise prochainement, au risque de voir des technologies plus modernes émerger. Nissan a d'ores et déjà annoncé travailler sur un modèle de batteries dont l'autonomie, de 500 kilomètres, serait trois fois plus puissante que les lithium-ion...

Cet article à été repris sur Yahoo!.

01 mars 2009

L'Edito d'Alex Joubert N°5

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