20 janvier 2009
Gaz : accord précaire entre la Russie et l'Ukraine
Le premier ministre russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainienne Ioulia Timochenko ont signé hier après-midi des accords gaziers mettant fin à une crise qui avait éclaté il y a un peu moins d'un mois. Les deux parties ont ainsi trouvé un accord sur les deux différents qui les opposaient, à savoir le prix du mètre cube de gaz pour l'année 2009 et le payement des dettes de Naftogaz, la compagnie gazière ukrainienne. Les pourparlers n'ont pas été faciles a commenté en conférence de presse Ioulia Timochenko, pour qui ces accords constituent un sérieux handicap en vue des élections présidentielles l'année prochaine. Les tarifs préférentiels dont bénéficiaient auparavant l'Ukraine du fait de leur présence dans la CEI ont en effet été fortement remis en question, et seront alignés à ceux du reste de l'Europe dès l'an prochain. Gazprom a cependant accordé à l'Ukraine une remise de 20% pour l'année 2009, ce qui porte le prix des 1000 mètres cube de gaz à 369$ contre 179,5$ auparavant, soit une inflation des tarifs gaziers de l'ordre de 50%.
En contrepartie, Kiev s'est engagé à rouvrir ses vannes à destination de l'Europe, aussitôt que les livraisons russes seront envoyées dans les gazoducs ukrainiens a assuré Ioulia Timochenko. L'Union Européenne n'en reste pas moins méfiante et a pressé ses observateurs de poursuivre leurs travaux, tant que la reprise des livraisons n'était pas effective. Ces soupçons ne sont en rien futiles puisque un accord permettant la reprise des livraisons vers l'europe avait déjà été signé, avant que l'Ukraine ne revienne dessus et ne décide à nouveau de fermer les vannes.
Cet accord russo-ukrainien n'en reste pas moins précaire puisque ne fournissant pas de résolution durable aux tensions entre les deux voisins. Les tarifs 2009 qu'a imposé Moscou à Kiev va fortement perturber le système gazier ukrainien, qui imposait aux industriels privés des tarifs largement au-dessus du marché (296$ contre 179,5$), afin de fournir aux particuliers, du gaz à tarif réduit et inférieur à ceux du marché (117$ contre 179,5$). Le gouvernement Ioulia Timochenko risque donc d'être contrainte à une brutale augmentation du prix du gaz des particuliers. La perspective des élections présidentielles pourrait cependant amener le gouvernement à subventionner de lui-même une stabilisation des tarifs gaziers, une solution néfaste sur le plan économique mais adroitement mené sur le plan politique.
L'illustration de la dépendance européenne
Pour l'Europe, cette nouvelle crise gazière a ramené à l'ordre du jour la nécessité de diversifier ses fournisseurs afin de réduire sa dépendance vis à vis de la Russie, et ainsi éviter d'être victime des tensions russo-ukrainiennes. La dépendance du vieux continent vis à vis de la Russie (25% de la consommation gazière européenne) est d'autant plus néfaste que la nationalisation de Gazprom entre 2004 et 2006 en fait un potentiel moyen de dissuasion politique pour le Kremlin. Reste que la politique énergétique des 27 reste trop hétérogène pour aboutir sur un projet concret, d'autant plus que l'alternative présumée sécurisée "Nabucco", ce gazoduc reliant la Géorgie, l'Iran et l'Azebaïdjan à l'Allemagne (en passant par la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, l'Autriche, la République Tchèque) a été sérieusement mis en cause l'été dernier, en raison de l'offensive militaire russe en Géorgie.
Les Russes, n'entendant pas laisser à l'Europe les moyens de la contourner pour s'approvisionner en gaz s'est lancé dans le projet de construction de deux gazoducs, North Stream et Soutg Stream, qui contournent tous deux les pays de transit susceptibles de perturber les conditions de circulation du gaz, et qui relieraient respectivement l'Italie et l'Allemagne, en passant par les balkans. L'ancien premier ministre allemand Gerhard Schröder a largement impulsé le projet de North Stream, mettant ainsi à mal l'existence de Nabucco. Idem pour Romano Prodi et Silvio Berlusconi, qui semblent privilégier South Stream à Nabucco. Quand à la firme française Gaz de France, qui s'est vu refuser une participation dans Nabucco par les Turques, elle pourrait elle aussi investir prochainement dans South Stream, faisant ainsi perdurer le monopole russe sur le gaz.
21:29 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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