14 janvier 2009
Quand s'arrêtera la crise démographique russe ?
Après deux décennies de baisse successive de sa population, la Russie semble s'engager lentement sur la voie de la stabilisation démographique, qui constituait une des priorités de Vladimir Poutine. La chute de l'U.R.S.S a en effet provoqué une importante crise démographique, causée par un taux de natalité particulièrement faible (1,092%) et un taux de mortalité (1,604%) comparable à ceux enregistrés dans des pays en voie de développement. Pour nombre d'experts, cette tendance serait amenée à se confirmer, de façon que la population russe pourrait atteindre en 2050 les quelques 77 millions d'habitants, soit une baisse de la population de l'ordre de 47% depuis 1992. La régression de l'espérance de vie, engendrée par les troubles politiques et économiques des années 1990 n'est pas étrangère à ce déclin démographique. La différence qui subsiste entre hommes et femmes est tout aussi frappante, puisqu'alors qu'un russe décède en moyenne à l'âge de 59 ans, une russe atteint en moyenne les 72 ans. Cet écart entre les deux sexes n'a fait qu'amplifier lors de l'adaptation dans les années 90 à l'économie marché et la régression du niveau de vie des populations, puisqu'alors que l'espérance de vie féminine ne régressait que très légèrement, celle des hommes chutait de 4 ans !
Booster la natalité
Conscient de la menace à long terme que représentait cette crise, Vladimir Poutine a engagé depuis sa prise de pouvoir les réformes nécessaires à la stabilisation démographique, qui, conjuguées à une nette amélioration de la situation économique du pays ont permis de limiter la casse (cf. graphique ci-dessus). Tout d'abord, les différentes administrations sous Vladimir Poutine ont développé les campagnes d'incitation à la procréation et revalorisées les allocations familiales de maternité. Ainsi, en juillet dernier, Vladimir Poutine avait annoncé une importante revalorisation de la prime mensuelle reversée lors de la naissance d'un premier enfant (accordée 18 mois durant), qui, de 16€/mois auparavant était relevée à 35€/mois. Cette mesure avait été suivi de la création d'une allocation pour un deuxième enfant, d'un montant de 71€ mensuels et couplée avec le reversement d'un compte bancaire d'investissement de quelques 6000€. L'administration russe ne lésine ainsi pas sur les moyens pour rétablir une croissance démographique positive, en s'attaquant à tout facteur susceptible de mettre à mal une des priorités de Vladimir Poutine.
L'alcool, fléau pour l'espérance de vie
La pente descendante dans laquelle s'était engagée l'espérance de vie au lendemain de la désarticulation de l'URSS semble s'être inversée depuis 2004 (cf. évolution de l'espérance de vie) mais reste très éloignée des taux enregistrés sous la période soviétique. Pour expliquer cette dégradation subite de l'espérance de vie, les experts avancent les chiffres alarmants de la consommation d'alcool, qui serait la cause de 30% des décès des hommes. Ainsi, la Russie compte 1 homme alcoolique sur 3 et 1 femme sur 7, un chiffre qui n'a cessé de croître depuis l'avènement des années 1990, de façon que la consommation d'alcool a grimpé de 30% en moins de 20 ans ! L'augmentation des prix de l'"alcool traditionnel" n'ont fait qu'empirer la situation, avec l'apparition sur le marché noir d'alcools artisanaux à la composition douteuse comme mortelle. La présidence de Boris Eltsine a par ailleurs annihilé l'ensemble des avancées enregistrées sous son prédécesseur Mikhail Gorbatchev, avec la perte de contrôle de l'état sur le marché de l'alcool et la suspension des principaux freins à la consommation d'alcool.
Un climat économique sous tension
Aucune des campagnes menées par l'administration Russe depuis Mikhail Gorbatchev n'ont permis de résorber la consommation d'alccol, témoignant de l'ancrage profond de cette maladie dans la société russe. Récemment, la fondation Obchtchestvennoïé mnienié tentait via une enquête d'opinion de grande ampleur de repérer les causes de l'alcoolisme. Il est ressorti de ce sondage que 32% des sondés impliquaient le désespoir,le stress et autres problèmes sociaux dans la consommation excessive d'alcool. D'un point de vue général, les problèmes d'ordres sociaux sont d'ailleurs une des, si ce n'est la, principale raison de la crise démographique russe. Le faible taux de fécondité (1,39 enfants par femme) peut ainsi être amputé au climat économique sous tension, qui n'incite pas à la procréation.
En effet, les taux de croissance particulièrement élevés enregistrés en Russie depuis le commencement du troisième millénaire n'ont pas rehaussé de manière conséquente le niveau de vie des 140 millions de russes, la croissance du PIB ne profitant qu'à une minorité citadine, regroupée dans les métropoles de Moscou et St-Pétersbourg ou à proximité d'importants gisements gaziers ou pétroliers. Ce problème récurrent déjà présent mais dissimulé sous la période de l'URSS devra être amoindri dans les prochaines années, élément indispensable du rebond démographique tant attendu.
La banalisation de l'avortement
L'avortement massif est une autre problématique, d'autant plus qu'elle est incontestablement lié à la crise démographique russe. Pour 100 naissances annuelles, la Russie recense en effet 105 avortements ! La banalisation d'une telle pratique, considérée parmi les populations comme un simple moyen de contraception, au même titre que le préservatif suscite l'inquiétude parmi les classes dirigeantes, qui ont entrepris un certain nombre d'action ces dernières années. La Douma s'est ainsi prononcée en faveur d'une réduction de la date limite de l'avortement, qui de 22 semaines après la conception de l'enfant avait été réévalué à 12 semaines après la conception, une modification de la loie en vigueur qui avait été suivi par l'interdiction de la publicité en faveur de l'avortement. Les conditions nécessaires à la pratique d'un avortement sont aussi régulièrement modifiées, et deviennent nettement plus exigeantes. Mais en dépit d'une volonté politique certaine, l'administration russe peine à modifier l'image de l'avortement, tant cette pratique a été légalisée très tôt, et donc désormais considérée comme naturelle.
Conclusion
La crise démographique dans laquelle s'est engagée la Russie au lendemain de la période incertaine que représentait la chute de l'U.R.S.S semble s'être quelque peu ralentie grâce à l'action de Vladimir Poutine qui pour encourager la natalité s'est résolu à une nette revalorisation des primes de maternité. La faible espérance de vie des hommes quand à elle, semble se stabiliser, mais ne sera vraisemblablement pas soumis à une forte hausse, du fait de l'ancrage profond de l'alcool dans la société russe, à l'origine de 30% des décès masculins. Par ailleurs, le climat économique sous tension, et la paupérisation de la population n'encouragent pas à la procréation. Enfin, un rebond démographique ne pourra avoir lieu sans une déconsidération de l'avortement, pratique devenue banale.
Cet article à été repris par Yahoo! à l'adresse suivante : http://fr.news.yahoo.com/13/20090115/tot-quand-s-arretera-la-crise-demographi-89f340e.html
17:58 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : actualités, crise, démographie, russie, poutine, alcool |
|
del.icio.us
|
Digg |
Facebook


Commentaires
La crise démographique a commencé avant la chute de l'URSS, que ce soit la forte baisse de la natalité entre 85 et 89 ou la baisse de l'espérance de vie à partir des années 70, avec un sursaut quand Gorbatchev a lutté contre la consommation d'alcool
voir ici et le commentaire de J M Le Bot
http://verel.typepad.fr/verel/2008/03/dmographie-russ.html
Ecrit par : verel | 08 février 2009
merci pour le lien
Ecrit par : Alex Joubert | 08 février 2009
Peut-on encore s'inquiéter de la chute de la démographie du pays, alors qu'on atteint des records de population sur le plan mondial ?
A moins d'avoir des relens nationaliste, chaque pays doit de regarder au delà de ses frontières ... Il en va de l'avenir de la planète, non ?
Ecrit par : Philippe | 28 mars 2009
Philippe,
vous basez votre commentaire sur une théorie fausse, selon laquelle les explosions démographiques ne cessent tant que l'homme ne fait rien pour les entraver. Or, l'histoire a montré que d'importantes diminutions du taux de mortalité sont toujours suivi d'une baisse de la natalité... Par ailleurs, la théorie de Robert Malthus selon laquelle le monde est inévitablement conduit vers une crise de subsistances due à une explosion démographique est fausse, l'homme s'adaptant aux ressources. Le monde n'a pas à se soucier de la surpopulation.
Ecrit par : Alex Joubert | 29 mars 2009
Si je reprends votre première assertion, il ne faut pas s'en faire car la fécondité baisse ...
Ce qui me fait bondir c'est "boster la natalité". Si le monde se regule de lui-même alors laissons-le faire !
Ecrit par : Philippe | 03 avril 2009
Si un jour tu vas en Russie, à Moscou ou Saint Pet', tu verras, c'est impressionnant, dans les rues, il n'y a pas de vieux, parfois quelques vieilles...
Continues ton blog est super, sans doute un peu trop serieux pour un gars de ton age, mais bon, nul n'est parfait. :)
Biz
Ecrit par : corto74 | 23 mai 2009
Ecrire un commentaire