07/01/2009

Causes, enjeux et déclencheurs du conflit de Gaza

diapo_3.jpg L'opération "Plomb Durci" lancée par l'armée aérienne israélienne le 27 décembre dernier a donné suite à une opération militaire terrestre sur le bande de Gaza le 3 décembre. Considérée comme la plus violente depuis la guerre des six jours, cette opération aurait causé la mort de quelques 635 personnes pour 2800 blessés. Les objectifs d'une telle embuscade, réalisée en dépit du traumatisme encore vivace de l'échec de la guerre du Liban en 2006 témoignent du désir d'Israël d'affaiblir considérablement le Hamas. Reste que les enjeux et les causes de ce conflit sont difficilement perceptibles, tant ils répondent à des évènements nécessitant des connaissances historiques solides. Décryptage d'une lutte qui risque probablement de bousculer le paysage politique et géopolitique de la région...



Retour sur la bande de Gaza
Des connaissances nulles voires incomplètes au sujet de ce territoire du sud-ouest d'Israël nuisent à la compréhension du conflit. La zone est en majorité constituée de populations arabes, et dès la proclamation de l'indépendance d'Israël en 1948, l'Egypte envahit la bande de Gaza. Malgré des tentatives de réappropriation de la zone par Israël, dont la plus aboutie reste celle de 1956, l'état hébreu doit attendre la guerre des six jours en 1967 pour reprendre possession de la bande. Ce conflit éclair, qui opposa Israël à une coalition arabe constituée de la Syrie, l'Irak, la Jordanie et l'Égypte permit à Israël de multiplier par 3 sa superficie. Sont alors conquis la bande de Gaza, la péninsule du Sinaï, la Cisjordanie ainsi que Jérusalem-Est, qui reste sous une forte influence démographique arabe.


Reste que deux de ces territoires, la Cisjordanie et la bande de Gaza sont dissociés d'Israël en 2005, suite à une décision émanant du premier ministre Ariel Sharon , qui délègue ainsi le pouvoir à l'Autorité Palestinienne. Les colons juifs qui s'étaient installés sont donc évacués et relogés. Mais le départ d'Israël n'a en aucun cas apaisé les tensions puisque les Palestiniens ont plongé dans une lutte interne, faisant suite à la victoire du mouvement terroriste du Hamas dans le cadre des élections législatives de 2006. Le Fatah, parti du président Mahmoud Abbas propose alors l'instauration d'un gouvernement d'union nationale, proposition qui subira l'échec des négociations entre les deux parties. Le Hamas opère alors un coup d'état en juin 2007 dans la bande de Gaza, où l'Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas est évincée. Depuis cette date, la bande est soumise à un blocus d'Israël, conditionnant ainsi l'arrivée de vivres, médicaments, d'électricité et surtout, d'eau.



Affaiblir les capacités militaires du Hamas
hamas1.jpgLa volonté d'affaiblir militairement le Hamas, et ainsi provoquer une rémission des roquettes tirées sur les villes aux alentours de la bande de Gaza ont notamment poussé Israël à mener l'opération "Plomb Durci". Notre objectif est de renvoyer la bande de Gaza des décennies en arrière en termes de capacité militaire, en faisant le maximum de victimes chez l'ennemi et le minimum au sein des forces armées israéliennes avait concédé le 28 décembre dernier le général Yoav Galant. Une amélioration significative des capacités militaires du Hamas ont en effet été observées, la portée des tirs de roquette s'étant élargi à plusieurs kilomètres supplémentaires, les villes d'Ashdod (2ème port du pays) et de Beershev ayant été victimes de tirs de roquette pour la première fois. Si les capacités technologiques du Hamas étaient amenés à progresser, il ne fait pas de doute que la capitale économique d'Israël, Tel Aviv, pourrait entrer à terme, dans le champ de vision du mouvement islamiste.


Ce désir d'affaiblir les capacités militaires du Hamas s'est fait d'autant plus pressant que le nombre de roquettes lancées en direction de la ville de Sderot (distance à la bande de gaza : 1cm) ne cessaient de se faire plus nombreuses depuis le blocus mené par Israël sur la bande de Gaza. En l'espace de 23 ans, quelques 6 311 roquettes auraient atterris aux alentours de la cité. Plus récemment, les roquettes artisanales Qassam sont désormais privilégiées lors des tirs visant Israël, en particulier Sderot.


Bien que leurs trajectoires soient impossibles à définir, les roquettes Qassam auraient blessés plus de 1000 personnes et tués 14 israéliens, cela depuis mars 2002 où la première Qassam parvint enfin à atteindre le sol israélien. Utilisées par le Hamas pour la première fois en octobre 2001, leur bon fonctionnement ne fut assuré que quelques mois après. En effet, faute d'assurer leur maniement, les agents du Hamas ne parvenait à atteindre Israël, et les Qassam atterrissaient bien souvent en beau milieu de la bande de Gaza. Cette évolution des capacités et des performances du Hamas peut s'appliquer sur un plan plus global, et justifie ainsi la crainte d'Israël de voir un jour le Hamas atteindre la ville de Tel Aviv. Une des motivations phares d'Israël dans l'opération "Plomb Durci" résulte ainsi du désir d'affaiblir de façon significative les capacités militaires du Hamas, et ainsi retarder ses progressions technologiques.

 


Discréditer et affaiblir politiquement le Hamas
Alors que le Hamas avait atteint l'apogée de sa popularité en 2006, lors d'élections législatives libres qui l'avait vu rafler 56% des sièges du parlement palestinien, aucune échéance électorale permettant de confirmer cet élan n'a eu lieu. Un an après cette victoire, Mahmoud Abbas, qui constatait la stérilité des négociations, avait d'ailleurs proposé l'organisation de nouvelles élections, le Hamas avait alors refusé, et s'emparait par la force de la bande de Gaza. Reste que depuis cette date, la popularité du Hamas auprès des populations palestiniennes s'est vraisemblablement dégradé, tant la situation humanitaire à Gaza a pris des aspects dramatiques.


Les sanctions internationales et le blocus d'Israël ont en effet plongé la bande de Gaza dans une spirale économique et sociale dépressive, rendant ainsi 65% de la population dépendante des aides de l'ONU. L'eau et l'électricité sont par ailleurs conditionnées, les gazaouis étant fréquemment sujet à des coupures de courant. Ces "black-out" n'épargnent pas non plus les hopitaux, qui subissent déjà une pénurie de médicaments. En médicaments, un tiers des produits essentiels manquent. Antibiotiques, sérums, anesthésiants, antalgiques, etc estime Marie Rajablat, responsable Médecin du Monde en Palestine.


La dégradation des conditions de vie à Gaza réduit ainsi fortement l'influence du Hamas parmi les populations. Et alors que de par l'opération "Plomb Durci", Israël souhaitait en finir avec le Hamas, en bombardant ses infrastructures et en tentant de liquider ses cadres, les Palestiniens ont affiché un silence de marbre, sans apporter de soutien au mouvement islamiste. Pis, alors que le chef du Hamas Kaled Mechaal, exilé en Syrie, déclarait que nous appelons à une Intifada contre l'ennemi, aucunes opérations suicides et autres bombings n'ont eu lieu.


Reste que le Hamas, souvent mis en difficulté est toujours parvenu à renaître de ses cendres, en utilisant une victimisation continue. La victoire de 2006 avait en effet suivi un assassinat fortement préjudiciable pour le Hamas, puisque celui de son chef historique, Abdel Aziz al-Rantissi. Ce dernier, avait un an plus tôt, déclaré que le temps prouvera que la politique d'assassinat ne détruira pas le Hamas. Les dirigeants du Hamas veulent être des martyrs et n'ont pas peur de la mort.


La stratégie de martyrisation opérée par le Hamas avait jusque la fonctionné. Désormais, rien n'est moins sur tant la victoire du Hamas en 2006 a été supplanté par une crise économique, politique et humanitaire majeure. Les palestiniens passeront-ils au dessous des échecs du Hamas en lui faisant à nouveau confiance, privilégiant dans son choix de vote la haine envers Israël et son "plomb durci" ?



Enjeux électoraux
A.JPGLes élections législatives avancées du 10 février prochain seront très probablement influencées par la tournure que prendra "plomb durci". Déjà, la hiérarchie présentée par les sondages avant le conflit a été profondément bousculée, au profit des deux candidats sortants, Ehud Barak et Tzipi Livni. Cette dernière, qui n'était pas parvenue à remplir ses fonctions de formatrice du gouvernement, comptait quelques 6 points de pourcentage de retard sur le conservateur Benyamin Netanyahou. Désormais, les deux concurrents font jeu égal. Quand au ministre de la défense, Ehud Barak, il se place désormais comme un sérieux concurrent, lui qui accusait un retard supérieur à 20% sur B.Netanyahou.

Les raisons de ce tel bouleversement sont bien entendu liés à "plomb durci", qui a donné à Ehud Barak et Tzipi Livni une certaine légitimité, au profit de B.Netanyahou. Ce dernier, qui réclamait de longue date une telle opération est le grand perdant du conflit, qui a entamé son statut de favori et perdu son monopole de la fermeté. A l'inverse, le ministre de la défense Ehud Barak, critiqué pour son laxisme et ses erreurs du passé (retrait du Liban Sud, non- modernisation des équipements militaires) a réalisé un véritable coup de maître. Effectivement, en évoquant dans la presse la tenue le dimanche d'une réunion durant laquelle serait envisagée une opération à Gaza, l'ancien premier ministre avait totalement exclue le début des opérations le samedi. Un coup médiatique parfaitement ficelé qui lui permet désormais d'envisager sérieusement un nouvelle élection au poste de premier ministre. Cela dépendra bien entendu, de la tournure que prendra le conflit à Gaza...



Conclusion
Les enjeux du conflit sont donc , premièrement, de faire cesser les tirs de roquette sur les localités israéliennes, en particulier sur la cité de Sderot où quelques 6311 roquettes ont été tirées en l'espace de 23 ans, soit une moyenne de 274 par année. Par ailleurs, Israël cherche à affaiblir militairement le Hamas, afin de contenir ses progressions techniques, qui lui ont permis récemment, d'augmenter la portée de leurs roquettes. Sur un plan purement électoraliste, le ministre de la Défense Ehud Barak, qui a impulsé l'opération a gagné une certaine crédibilité, lui permettant de revenir dans la course pour les élections législatives de février. Enfin, les appels du Hamas à une troisième Intifada n'ont pas trouvés échos, laissant envisager un tassement de la popularité du mouvement islamiste.

Commentaires

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Écrit par : mondo casinos | 12/06/2011

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